Robert Castagnac: Sanofi doit s’expliquer

Malgré qu’il ait été nommé premier commissaire au redressement productif, Robert Castagnac n’en est pas à son coup d’essai pour tenter de redresser l’économie locale. Présent dans l’équipe du secrétariat général pour les affaires régionales à la préfecture en charge des sujets de développement industriel et de mutations économiques en 2004, et commissaire à la ré-industrialisation en Midi-Pyrénées, l’homme prend désormais en main les dossiers sensibles du moment, tels Sanofi.

 

Robert Castagnac, vous êtes le nouveau et le premier commissaire au redressement productif en Midi-Pyrénées, dans quel état d’esprit avez-vous pris vos fonctions ?

Il faut beaucoup de volontarisme pour prendre ces fonctions car le sujet est à la fois important et compliqué puisque chaque entreprise en difficulté est un cas particulier. J’étais intéressé par cette mission et lorsque le ministère et le préfet de région me l’ont proposée, je l’ai acceptée. J’ai officiellement pris mon poste le 6 juillet dernier mais j’avais, jusqu’ici déjà travaillé à l’amélioration du tissu économique régional.

En quoi exactement votre mission consiste-t-elle ?

Le Gouvernement a considéré que la défense de notre outil industriel, des emplois et des entreprises, était une priorité et a mis en place, via le ministère du redressement productif, un dispositif régional dont je suis l’animateur. Je me penche sur les entreprises qui ont des difficultés ou qui pourraient en avoir pour éviter de voir l’outil industriel se dégrader et les emplois disparaître.

Notre mission consiste à analyser la manière dont les entreprises ont atteint un point critique et si nous pouvons trouver des solutions. Nous travaillons le plus en amont possible, ce qui signifie que nous devons développer une relation de confiance avec l’entreprise qui n’avoue pas spontanément qu’elle est en difficulté. J’avais déjà cette relation de par mes fonctions précédentes et je connaissais le sujet parfaitement. Je dois être en relation constante avec les entreprises mais je ne suis pas seul, toute une équipe m’accompagne.

 

Les préoccupations locales

 

Vous travaillez en collaboration avec la DIRRECTE, le Pôle Emploi, la DRFIP et le Conseil Régional, comment s’organise vos actions ?

Nous nous réunissons toutes les semaines pour faire un tour d’horizon très complet des situations des entreprises locales. Nous nous appuyons sur des informations que nous relaient nos collègues des départements, ou des partenaires de niveau national et organisons notre action. En général, quand les entreprises viennent à notre rencontre, c’est que, déjà, elles se trouvent en grande difficulté. Mais nous bénéficions également d’un système de veille qui nous permet de détecter précocement les problèmes. Ensuite, il s’agit de trouver des solutions avec les chefs d’entreprises de manière objective. Bien sûr, nous nous intéressons aux entreprises importantes en terme d’emploi mais aussi à celles qui ont un enjeu particulier sur le territoire, qui sont stratégiques sur une filière industrielle, comme l’aide à la personne, le BTP ou encore l’ameublement dans certains départements.

 

Cet été, nous avons assisté à la fermeture de Virgin et aux difficultés de Freescale, Sanofi et de la Pyrénéenne, de quelle façon êtes-vous intervenu dans ces dossiers ?

En ce qui concerne la Pyrénéenne, nous avons été en relation avec l’entreprise durant toutes les procédures, même quand elle est passée en redressement judiciaire. Nous avons cherché des solutions en organisant des tables-rondes à la préfecture pour les sous-traitants, mais malheureusement nous n’avons pu éviter le passage à la liquidation. Nous continuons à être présents auprès des salariés, via Pôle Emploi, pour discuter avec ceux qui souhaiteraient la création d’une SCOP et reclasser les autres.

Pour Freescale, nous avions l’espoir d’une reprise industrielle mais nous sommes arrivés à la constatation qu’il n’y aurait pas de perspectives favorables pour cette entreprise. Après cette amère conclusion, l’arrêt de la production a engendré des suppressions d’emplois, sur lesquelles nous travaillons, notamment auprès des séniors et des personnes handicapées. Quant au site sur lequel restent 500 personnes, il faut le réhabiliter, chose sur laquelle nous nous penchons avec les collectivités territoriales. Nous allons lancer avec le Grand Toulouse, une étude de faisabilité pour que les vingt hectares soient réaménagés, soit en plusieurs lots, soit en un seul, puis le ou les proposer à des investisseurs industriels.

 

Le cas Sanofi

 

Plus précisément, concernant Sanofi, où en est le dossier ?

Nous sommes ici dans une étape de stratégies. Les dirigeants de Sanofi ont présenté leur programme aux grands élus et nous ont expliqué que, dans leur stratégie mondiale, ils souhaitaient un certain repositionnement de leur priorité. Quand nous lisons en creux, Toulouse ne fait pas partie de ce plan national, ce qui nous a faits réagir. Pour l’instant, il n’est pas question de plan social ou de restructuration, cependant, nous les avons mis en garde et leur avons fait comprendre que nous n’étions pas dupes.

 

Pourtant, «en lisant en creux», comme vous dites, si Toulouse ne fait pas partie des priorités de Sanofi, il semble clair que c’est vers des plans sociaux que se dirige l’entreprise ?

Cela, c’est à eux de nous le dire ! Ils doivent discuter avec les représentants du personnel, ils doivent communiquer au sein même de leur entreprise et, en parallèle, avec l’ensemble des acteurs publics. De notre côté, nous avons expliqué à Sanofi que les laboratoires avaient leur place dans notre écosystème qui recèlent de compétences, de qualités et que l’entreprise peut y trouver des partenariats et ainsi se développer. Nous ne pourrons avoir de débats quant aux éventuels licenciements tant que les dirigeants de Sanofi ne nous auront pas clairement expliqué ce qu’ils comptent faire et nous cherchons à le savoir. Mais la suite des événements pourrait être de niveau national si les choses ne vont pas dans le bon sens.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat

 

Repère : Robert Castagnac, 57 ans.

Ingénieur agronome, diplômé de l’institut national agronomique Paris-Grignon (INAPG).



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