Révolte !

Plus que la position difficile de Rachida Dati en proie à une contestation de plus en plus vive de la classe judiciaire regroupée pour l’occasion dans un front uni Magistrats-Avocats-Avoués-Personnel pénitentiaire et suscitant des interrogations sur un avenir politique entre les mains du Chef de l’État ; plus que la disparition de Sœur Emmanuelle déclenchant la même surmédiatisation que l’abbé Pierre en y ajoutant la surprise très commentée de la publication de ses “Mémoires posthumes” ; plus que l’opération du dos de Johnny et la sortie de son nouvel album “Ça ne finira jamais” ; plus que les chances de Ségolène qui semblent plus grandes qu’il y a quelques mois pour l’emporter et être “sucrée” à Reims au poste de premier secrétaire ; plus aussi que l’affaire D.S.K. dont on attend les conséquences quant à la conservation ou non de la direction du FMI au moment même où Nicolas Sarkozy semble reconnu par les médias comme le “superman” dans cette refondation du capitalisme contemporain, c’est la crise, toujours la crise, encore la crise – avec ses conséquences sur le moral des Français et sur l’activité économique – qui fait la une continue des médias et constitue la préoccupation pour ne pas dire l’angoisse des Français qui s’interrogent sur l’origine des fonds mis à la disposition des banques, sur la lenteur de celles-ci dans la redistribution de crédits aux entreprises et de crédits aux particuliers.
Le retour du politique

«25 000 milliards de dollars évanouis» titrait récemment Le Monde. Voilà le chiffre effarant représentant ce qu’ont perdu les grandes places financières (presque la moitié de leur capitalisation) depuis le début de l’année 2008 (soit près de deux fois le PIB des États-Unis ; et la métamorphose tellurique du paysage boursier – la Bourse de Reykjavik a perdu 94 % de sa valeur ; Moscou 70 % tout comme Bucarest). Octobre, mais décidément maudit pour les marchés boursiers, après 1929, 1987 et 1989 : 2008. Et de relire J.K. Galbraith faute de pouvoir inventer l’avenir : «Peut-être l’automne a-t-il une influence psychologique particulière sur l’humeur des milieux financiers : l’hiver approche». Il approche et rien ne semble enrayer la chute des Bourses, ni la mise en œuvre de gigantesques plans de sauvetage bancaires, ni l’annonce de plans de relance économique massif, ni les appels au calme lancés par les dirigeants politiques et monétaires.
Et Sarkozy, toujours plus Bonaparte sur un front de plus en plus pathétique, de souligner que «le fait majeur qui émerge de cette crise, c’est le retour du politique. L’idéologie de la dictature des marchés et de l’impuissance publique est morte avec la crise financière».

Nicolas Sarkozy a-t-il les moyens de sa gouvernance ?

«Préparez l’avenir» continuent à nous lancer avec quelque audace (ou inconscience) quelques revues comme L’Expansion Management Review alors que les fermetures d’usine s’accélèrent, la récession s’installe, la confiance a du mal à se réinstaller (au contraire c’est la défiance et la méfiance qui déconstruisent une “société de confiance”), que le siècle est au court terme et que «l’effacement de l’avenir» cher Pierre-André Taguieff est là dans nos esprits de gouvernés et même de gouvernants devant parer au plus pressé.
Restent ces questions illustrant par leur absence de réponse la fin du temps des scénarii prévisionnels, la fin des avenirs possibles et désirés, la pauvreté voire l’impossibilité anticipationnelle : Quel sera l’avenir des investissements réalisés par la puissance publique ? La priorité ne sera-t-elle pas d’abord accordée aux secteurs industriels menacés (la carte de la France industrielle en crise est déjà aujourd’hui impressionnante) ? Nicolas Sarkozy a-t-il les moyens de sa gouvernance courageuse mais soumise à des contraintes qui le dépassent ?
Un Président lucide qui affirme : «Nous risquons d’être confrontés partout à la révolte des classes populaires et des classes moyennes qui rejetteront une mondialisation qu’elles ne vivent plus comme une promesse mais comme une menace». «Révolte», Monsieur le Président, vous avez dit «Révolte» !

Stéphane Baumont


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