Reprise de l’entreprise Spanghero: Un nouveau départ

Entachée par l’affaire dite de la viande de cheval, l’entreprise Spanghero, passée en liquidation judiciaire, n’avait pu se relever d’un tel scandale. Mais son fondateur, Laurent Spanghero, ému par le sort réservé à ce qui fut jadis le fleuron de la famille Spanghero, a décidé de déposer un dossier de reprise, aujourd’hui accepté par le Tribunal de commerce de Carcassonne. Le nouveau propriétaire revient sur ses intentions, ses projets et sur l’avenir de l’entreprise.

 

 

Laurent Spanghero, quelle a été votre première réaction lorsque le Tribunal de commerce de Carcassonne a annoncé qu’il retenait votre offre de reprise de l’entreprise Spanghero ?

Il s’agit-là d’une sage décision ! Le contraire m’aurait surpris. En réalité, j’ai toujours été serein, je savais pertinemment que nous avions la meilleure proposition, la plus construite et la plus solide. J’ai donc racheté mon ancienne société. Mais le seul point positif que je parviens à isoler est la non-reprise du passif de la société, les dettes contractées ne nous concernent donc pas. Cette démarche du rachat d’une entreprise par son fondateur reste très particulière d’autant que, lorsque nous l’avons cédée en 2009, nous l’avons fait pour un euro symbolique dans l’espoir de sauver les emplois. Me voir la racheter aujourd’hui est donc plutôt original.

 

Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous aujourd’hui ?

Je reste quand même préoccupé car la tâche est immense. La société que j’avais érigée a été dégradée et le chantier pour la reconstruire est énorme. Lorsque j’ai eu connaissance de l’affaire qui nous concerne et que j’ai compris que l’entreprise était en péril, j’ai pensé que la première des choses à faire pour la sauver était d’éviter qu’elle ferme. Mais les fautes commises sont inexcusables et le traumatisme est terrible car les conséquences dépassent largement la seule société Spanghero, puisque tous les produits issus de l’agroalimentaire en ont pâti. Même l’affaire de la vache folle n’a pas eu un tel retentissement.

 

Quelle sera votre stratégie pour la nouvelle entreprise Spanghero ?

Aujourd’hui, les consommateurs souhaitent retrouver une confiance absolue dans les produits qu’ils consomment. Ainsi, les produits régionaux, de proximité, devraient retrouver une deuxième jeunesse, contrairement aux produits importés, provenant de contrées lointaines. Ce sera notre priorité : développer les produits locaux comme le véritable cassoulet de Castelnaudary et bien d’autres. Des produits qui, pour moi, gagnent à être plus connus et contribuent à redonner confiance aux consommateurs.

 

Des clients à reconquérir

 

Mettre en pratique vos intentions nécessite d’abord de disposer de clients. En reste-t-il chez Spanghero ?

Il ne reste malheureusement que des clients potentiels, mais c’est avec ceux-là que nous souhaitons travailler. Certains ont changé de distributeur lors de cette affaire mais ils sont susceptibles de revenir. A nous de leur proposer des produits de qualité, et rapidement, tout cela à des prix attractifs car les clients qui ont dû s’adresser à de nouveaux fournisseurs auront tout de même du mal à les abandonner brutalement.

 

Plus que la reprise de l’entreprise que vous avez créée, vous souhaitez son développement. De quelle manière ?

Je pense que cette entreprise peut rebondir à partir de l’existant, c’est-à-dire le cœur de métier de la société, les viandes et produits transformés type saucisse et steak haché, tout en développant des produits innovants. Mais il faut repartir de zéro, chose que je n’aurai jamais imaginée.

 

Et le développement de votre entreprise n’est pas votre seul objectif puisque vous évoquez la possibilité de créer un incubateur agroalimentaire ?

Effectivement, dans un même temps, nous sommes en train d’acquérir l’entreprise Castel Trade (actuellement en liquidation, ndlr), située à 400 mètres de l’usine Spanghero, dans laquelle nous développerons un centre de recherche des innovations des produits agroalimentaires. Nous sommes encore dans l’attente de la décision du tribunal de commerce quant à notre proposition de reprise.

 

90 emplois sauvegardés

 

En ce qui concerne les salariés, vous vous êtes engagés à sauver 90 postes sur les 230 existants…

Effectivement, je vais garder 90 salariés mais j’espère que l’avenir me donnera raison car il s’agit-là d’une hypothèque sur le futur. Ceci dans l’hypothèse où Spanghero parviendrait à se relever de cette histoire, où les clients nous referaient confiance, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Pour les autres, l’ancien propriétaire a prévu une centaine de reclassements, mais ils se trouvent loin de Castelnaudary. Je ne sais pas si les anciens employés seront prêts à déménager à 300 kilomètres de là.

 

Actuellement, l’établissement est toujours fermé et les salariés s’interrogent sur leur nouvel employeur…

L’usine est close depuis vendredi dernier, jour du jugement, mais tout cela est parfaitement normal. La réouverture dépend essentiellement des commandes et cela ne va pas arriver en un jour. Je ne suis là que depuis moins de 48 heures et je ne peux pas faire de miracle. Pour cela, il faut se tourner vers Lourdes !

 

Pour cela, il faudra redorer l’image de Spanghero, comment comptez-vous vous y prendre ?

Tout d’abord, momentanément, nous allons abandonner le nom de « Spanghero » pour arborer celui de « Les saveurs occitanes ». Par la suite, seulement, nous verrons si nous pouvons réutiliser l’appellation d’origine. Cette possibilité n’est pas à exclure mais il faudra laisser couler de l’eau sous les ponts. Mon nom et celui de ma famille a été sali et cela de manière injuste puisque les Spanghero n’avaient plus rien à voir avec l’entreprise lorsque l’affaire a éclaté. Mon nom a été donné en pâture.

 

Vous vous engagez donc dans un projet inattendu, un défi surprenant…

Tout à fait, mais sans laisser de côté mes projets initiaux comme celui de développer des protéines végétales. Je vais maintenant essayer de mener les deux de front, même si je dois reconnaître que la majorité de mon temps sera consacrée à l’usine Spanghero. Et ce dossier est tellement lourd qu’une journée de 12 heures n’y suffit pas.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat

A 74 ans, Laurent Spanghero vient de reprendre l’entreprise éponyme qu’il avait lui-même créée en 1970 avant de la céder, pour 1€ symbolique, à la coopérative Lur Berri. A ses côtés, dans le projet de reprise, un promoteur immobilier de Narbonne Jacques Blanc et la société de capital-risque Investeam.



2 COMMENTAIRES SUR Reprise de l’entreprise Spanghero: Un nouveau départ

  1. Adani dit :

    Les Spanghero sont des gens d’honneur, bravo Laurent et que les vents favorables t’accompagnent dans cette courageuse démarche.
    JP.ADANI

  2. BRIFFAUD GILLES dit :

    Rebondir , travailler + , innover …………..Quel exemple d’entrepreneur infatiguable .
    Bravo Laurent pour l’exemple et le courage sans limite …d’âge .

    G.BRIFFAUD

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