Remise à plat du système fiscal: Régis Lagrifoul met en garde sur le malaise actuel

Le secrétaire départemental de « Solidaires – Finances Publiques » était l’invité dimanche dernier du « Grand Plateau » Journal Toulousain – Radio Kol Aviv. L’occasion pour lui de défendre son administration et de faire partager un vécu inquiétant. L’exaspération de l’usager gagne du terrain. Il a répondu aux questions de Gérald Benarrous, Marc Sztulman, Thomas Simonian et de notre chroniqueur éco Patrick Aubin.

Jean-Luc Mélenchon vient de déclarer que nous étions dans une situation similaire à 1788, et notamment du point de vue des impôts. Il faisait référence à l’exaspération des citoyens et de l’administration fiscale. Ressentez-vous cette exaspération ?

En effet, on parle beaucoup en ce moment de l’actualité fiscale et du consentement à l’impôt ; c’est une vraie problématique dans notre pays. La référence à 1788 rappelle qu’une révolution s’est déclenchée avec pour débat : Qu’est-ce qui est juste et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Sur le terrain, nous sommes en première ligne pour constater des incompréhensions sur les mesures fiscales, et surtout de véritables difficultés pour beaucoup de citoyens à payer les taxes et impôts qui leur sont demandés. Il y a de vrais problèmes de paiement pour une grande partie de la population. La tension est donc réelle.

Mais y a-t-il un climat insurrectionnel comme en 1788 ?

Les incompréhensions gagnent toutes les couches de la population, y compris chez les plus âgés. Beaucoup de Français ne comprennent pas ce qui se passe ! On entend un vrai ras-le-bol, et certains mélangent un peu tout en pointant telle ou telle catégorie de la population, soit les assistés, soit les étrangers.

Cela veut-il dire que vous observez une montée du racisme à travers le prisme de la fiscalité ?

J’ai récemment fait le tour des résidences fiscales du département, et si l’on prend l’exemple de Colomiers, nous avions découvert des autocollants du Bloc Identitaire (groupuscule d’extrême-droite, ndlr) sur toute la façade. On entend également des collègues nous dire que le message raciste se développe oralement quand ils accueillent des usagers. Je ne souhaite donc pas généraliser mais cette agressivité est de plus en plus présente.

Depuis le début de son mandat, François Hollande est largement contesté, et notamment sur sa politique fiscale. Son premier ministre Jean-Marc Ayrault vient d’annoncer une remise à plat de notre modèle fiscal… Votre avis ?

On a été surpris de cette annonce gouvernementale car dans l’année qui vient de s’écouler, nous avions entendu nos deux ministres successifs expliquer que la réforme fiscale était terminée. En tant qu’organisation syndicale, nous nous sommes toujours positionnés sur l’utilité et le sens de nos missions… C’est donc bien pour cela que sur la nécessité de réformer le système d’imposition en France et en Europe, nous disons « banco » ! L’objectif est beau mais profitons-en pour regarder la réalité d’un système déséquilibré, avec des cadeaux pour certains et des difficultés pour d’autres.

Doit-on s’attaquer à la distorsion existante entre la petite imposition pour les grands groupes et la grande imposition pour les petites structures ?

Nous devons en effet tout mettre à plat sans tabous. Il faut notamment faire un audit sur les mécanismes de crédits d’impôts qui sont nombreux dans notre pays, sans les remettre en cause avec un apriori idéologique. Il faut vérifier leurs utilités, leurs objectifs et leurs mises en œuvre.

Dans quel état de santé est votre administration ?

Nous sommes au cœur des bonnes idées et du volontarisme politique, mais cependant nous sommes l’administration qui a subi le plus de suppressions d’emplois dans toute la fonction publique en proportion de ses effectifs. Les libéraux qui veulent moins d’Etat, peuvent être satisfaits de ce qui a été fait.

Avez-vous confiance dans notre système qui reste très étatique et sur le fonctionnement de votre administration ?

Notre administration a su particulièrement se moderniser en travaillant sur le lien avec l’usager. Elle est même reconnue dans l’opinion pour cela. On a une vraie place et une utilité dans le pays.

Comment comparez-vous en tant que syndicaliste la fiscalité d’un Etat libéral et celle d’un Etat jacobin ?

L’Etat français n’est pas aussi jacobin qu’on peut le caricaturer. D’ailleurs la décentralisation a amené de nouvelles problématiques d’oppositions entre territoires. Pour un département comme la Haute-Garonne, la ressource fiscale est un enjeu… Toutes les agglomérations ou communautés de communes se demandent qui a des entreprises sur son territoire et dans sa zone d’activité. C’est donc pour cette raison qu’un territoire comme celui du Comminges est en difficulté. Ceci est renforcé par le fait que les dotations de l’Etat aux collectivités locales sont en baisse. Quel que soit le système, mon but est de contribuer à donner du sens à l’impôt.



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