Quelle démocratie pour demain ?

À la veille des élections européennes dont seuls les sondages d’intention de vote nous rappellent la prochaine échéance au 7 juin ; en pleine crise économique et sociale marquée par l’angoisse des chômeurs et des demandeurs d’emploi, par les séquestrations médiatiquement légitimées bien que juridiquement condamnables ; dans l’impatience d’un remaniement ministériel où les “éléphants” de la classe politique (Alain Juppé et Philippe Seguin) pourraient signer leur retour dans des ministères régaliens et influencer le quinquennat sarkozyste, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la bonne santé de la démocratie affublée de nouveaux prédicats : contre-démocratie, hiver de la démocratie et post-démocratie.

 
Et pourtant 46 % de la population mondiale vit dans un pays “libre” en 2008 contre 25 % il y a une quinzaine d’années ; le nombre des démocraties a été multiplié par 4, passant de 20 en 1946 à 89 en 2008 sur 193 États. Arithmétique accompagnée de la diffusion des cinq critères de la démocratie (souveraineté du peuple, séparation des pouvoirs, égalité devant la loi, garantie des libertés fondamentales, alternance du pouvoir) illustrant la manière dont les penseurs du Politique ont contribué à la construction de la démocratie : par la culture, les facteurs socio-économiques, le respect des droits de l’homme et l’instauration de valeurs libérales.
Aujourd’hui face à un monde de plus en plus incertain, à un libéralisme bien écorné et fragilisé par la crise, à une gouvernance contestée quelle que soit l’histoire du pays, les valeurs de la démocratie semblent marquer un temps d’arrêt :
Forme la plus aboutie d’organisation sociale pour Fukuyama, régime politique des sociétés humaines pour Jean Baechler, la démocratie traverse et vit selon P. Rosanvallon une «crise de confiance» qui la pousse à trouver de nouvelles formes de légitimité (d’impartialité – autorités indépendantes de régulation – de réflexivité – rôle des cours constitutionnelles – et de proximité – nouvel art de gouverner pour répondre aux attentes sociales).
On préférera suivre Marcel Gauchet soulignant la crise de croissance plutôt que le pessimisme de Guy Hermet, parlant «d’hiver de la démocratie», quitte à accompagner Emmanuel Todd considérant que la démocratie moderne a creusé un sillon égalitaire assez profond pour laisser des traces pérennes et indélébiles.
L’apocalypse n’est donc pas pour demain même si s’accumulent les signes d’une crise entre un modèle chinois de dictature délibérative où semblent se conforter libéralisme économique et autoritarisme politique et modèle américain alliant libéralisme économique et démocratisation sur fond de droit de l’hommisme flamboyant ! Alors reste le fameux souffle républicain pour faire mieux respirer une nouvelle démocratie. Liberté, Égalité, Fraternité «les trois marches du perron suprême» disait Victor Hugo. «Comment», écrit Régis Debray, «au royaume morcelé du “moi-je” retrouver le sens et la force du “nous”, un “nous” durable faisant toujours référence à une sacralité, séculière ou révélée».
Restent encore les commodités auxquelles nous invitait Cl. Levi-Strauss dans “Tristes tropiques” : «aucune société n’est foncièrement bonne ; mais aucune n’est absolument mauvaise ; toutes offrent certains avantages à leurs membres, compte tenu d’une iniquité dont l’importance paraît approximativement constante.»

Stéphane Baumont,
Constitutionnaliste


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