Projet de loi Duflot « Une déresponsabilisation des acteurs »

L’Assemblée Nationale vient de voter le projet de loi Duflot sur le logement en première lecture. Les principales mesures qui en découlent, à savoir la garantie universelle des loyers et l’encadrement de ces derniers, sont déjà source de contestations, notamment celles des professionnels de l’immobilier. Janine Redon, présidente de l’Union des syndicats de l’immobilier Midi-Pyrénées explique ses réticences.

 

Janine Redon, afin d’appréhender au mieux l’impact de ce projet de loi, pourriez-vous dresser un état des lieux du marché locatif privé en Midi-Pyrénées ?

Les T3 restent les logements les plus recherchés, il n’en reste plus beaucoup à la location. Ils sont essentiellement prisés pour de la colocation ou par de jeunes ménages arrivant dans la région. Nous travaillons désormais sur de petites surfaces à savoir les T1 et les T2, le plus souvent loués par des étudiants. En tous les cas, très peu de logements restent vides ou s’ils le restent, c’est dans la perspective de travaux.

 

En termes de loyers, où se situe la ville de Toulouse et son agglomération par rapport aux tendances nationales ?

Les loyers sur Toulouse ne sont pas excessivement chers, mais ils n’ont pas baissé depuis longtemps, je dirais même qu’ils ont stagné sur Toulouse intra-muros, de même qu’à Colomiers, Balma et Muret. Sur les premières couronnes, des communes ont vu leur loyer augmenter légèrement, comme à Plaisance-du-Touch, en raison de la proximité de Blagnac et du pôle aérospatial. A Ramonville, où l’effet « métro » a été considérable, de nombreuses constructions ont été réalisées et de ce fait, les loyers se sont régulés. Mais la hausse des loyers (0.1%), lorsqu’il y en a, reste inférieure à l’inflation qui est de 1%. En revanche, nous observons un nouveau phénomène : nous sommes obligés de renégocier à la baisse certains loyers de petits appartements qui restent plus difficiles à louer, les colocations faisant fureur. Les propriétaires se retrouvent forcés de revoir leurs exigences s’ils veulent louer leur logement.

 

« Les syndicats n’ont pas été consultés »

 

Ces loyers justement pourront être encadrés comme le prévoit le projet de loi Duflot, mais la professionnelle de l’immobilier que vous êtes, ne semble pas satisfaite par cette mesure…

Paris n’est pas la France ! Si dans la Capitale, certains logements sont loués à des prix excessifs, ce n’est pas le cas dans notre région. Ainsi, cette mesure ne va rien changer du tout. Ici, les loyers ont déjà été bloqués l’année dernière et nous sommes même obligés de les négocier à la baisse. Théoriquement, cette mesure prévoit que la préfecture détermine un loyer médian au-delà duquel les propriétaires ne pourront pas augmenter de plus de 20%. A l’inverse, s’ils se rendent compte qu’ils louent leur logement en-dessous, ils pourront les réévaluer jusqu’à 30%. Pour résumer, je pense, personnellement, que les loyers se situent dans leur juste prix et je ne vois pas l’utilité d’une telle mesure.

 

De même, la loi Duflot évoque la mise en place d’un fonds de garantie universelle. Quel est votre sentiment premier à cette annonce ?

Le propriétaire et le locataire vont payer tous deux 1% du loyer qui constituera ce fonds destinés à protéger le premier des impayés et laisser au second le temps de se reloger. Mais par cette garantie, le locataire sait que le loyer est assuré donc pourquoi s’embêterait-il à le payer ? Cette mesure risque de déresponsabiliser l’occupant. De plus, nous pouvons considérer qu’il s’agit d’une taxe supplémentaire pour le propriétaire, ce qui pénalise encore l’investissement locatif. Mais à l’heure actuelle, le but n’est pas de décourager cet investissement car si le parc privé se démotive, cela ne résoudra pas le problème du manque de logements. Pour finir, je suis navrée que Madame Duflot n’ait reçu les syndicats que pour les informer de ces nouvelles mesures mais en aucun cas pour une concertation. Tous les dirigeants des syndicats immobiliers se sont trouvés pris à la gorge !

 

Vers une suppression des frais d’agence ?

Janine Redon

 

En ce qui vous concerne plus directement, cette loi imposerait la transparence des honoraires des professionnels. Cela vous dérange-t-il ?

Toutes nos locations ou transactions s’effectuent déjà dans la plus grande transparence. Seulement, il est vrai que la profession a été dégradée par des agents immobiliers sans scrupules, qui eux doivent être contraints à plus de règlementation, c’est vrai ! Mais ils ne représentent pas la majorité des professionnels. Ceux-là ne sont généralement pas adhérents d’un syndicat.

 

Ce projet de loi peut-il faire du tort aux professionnels de l’immobilier ?

Nous prenons un grand virage ! Le gouvernement évoque la possibilité de supprimer les honoraires de location, mais comment alors, allons-nous effectuer le travail ? Louer un logement ne se résume pas à une étape mais il s’agit du terme d’un long processus : les nombreuses visites qu’il faut assurer, les dossiers qu’il faut monter, les baux à élaborer, les états des lieux à effectuer… tout cela représente du travail, financé par les frais d’agences. Si l’on perd ce revenu, certains groupes immobiliers qui ne travaillent que sur le secteur de la location et de la transaction vont être forcés de licencier des salariés car les recettes assurant les postes des agents ne seront plus garanties. Si cette mesure est votée, les agences pourront perdre jusqu’à un tiers de leur revenu.

 

Trouvez-vous quand même des mesures positives dans ce projet de loi ?

Evidemment ! La plus importante d’entre elles, reste l’obligation de formation pour les professionnels car beaucoup ne le font pas d’eux-mêmes. Pourtant, dans notre métier en constante évolution cela paraît indispensable. De même, cela permettra également de faire une sélection naturelle et d’écarter les agents immobiliers qui ne respectent pas le devoir de transparence et l’éthique de la profession. Notre profession est un réel métier que je défends avec mon cœur, et qui doit être prise au sérieux !

Propos recueillis par Séverine Sarrat

Repère : En Midi-Pyrénées, 67 professionnels de l’immobilier (syndics de copropriété, agents immobiliers, gérants d’immeubles, marchands de biens et experts immobiliers) y adhèrent. A eux seuls, ils gèrent 98 000 lots en copropriété et 52 000 en gestion locative, soit plus de la moitié de la région.



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