Prix du Manager Public de l’année; Une démarche innovante à Toulouse

Marciel Alexandre
Marciel Alexandre

Pour sa démarche qui vise à rapprocher les milieux académiques du monde entrepreneurial en prêtant la ville pour zone test des projets d’innovation, Alexandre Marciel, adjoint au maire de Toulouse, a été finaliste du Prix du Manager de l’année 2011. Il revient sur cette aventure qui lui vaut d’être reconnu nationalement et internationalement.

Pouvez-vous nous en dire plus quant à ce prix du Manager Public ?

Ce prix est organisé conjointement entre la Direction Générale de la Modernisation de l’Etat et Bearing Point qui est un cabinet international de conseil. Ce sont eux qui m’ont contacté pour participer à ce concours. Je ne me suis pas présenté en tant que manager public au sens d’une supervision car je considère, qu’à titre politique, je n’ai pas à assurer ce genre de tâche, l’administration s’occupe très bien de la gestion de l’activité de nos services. J’ai été repéré sur la démarche suivante : «La ville de Toulouse s’est établie depuis 2008 en entremetteuse de l’innovation urbaine, afin de faire des laboratoires et des PME de l’agglomération toulousaine, les inventeurs de la ville de demain». C’est pour cette mention que nous avons été finalistes du prix. Nous avons tissé un lien entre les milieux académique et entrepreneurial partant du principe que l’innovation ne peut pas exister si elle ne correspond pas à des besoins avérés. Ainsi la collectivité joue un double rôle sur le terrain de l’expérimentation, elle prête de l’espace public pour tester les projets des entreprises et prête les compétences des services de la ville.

 Vous dites avoir été contacté par Bearing Point…

Ce sont de véritables chasseurs de têtes. Ils nous ont repérés par le biais des prix que nous avions eus précédemment aux niveaux national et international. Nous avons obtenu notamment le Parkopolis d’or pour des projets sur le stationnement ainsi qu’un prix des systèmes embarqués. Nous avons également obtenu des prix de la Commission Européenne sur les Energies, le prix Acteurs Publics et le Territoria d’or pour le principe de ce que j’appelle la «domotique urbaine», la réaction de la ville en fonction des besoins des citoyens. Le fait que j’ai intégré à toutes ces démarches, un volet écologique, a aussi été reconnu.

  La reconnaissance du travail

 Sur 80 projets présentés, vous avez été finaliste. Quel a été votre parcours pour en arriver là ?

J’ai participé à des sélections qui nous ont faits passer de 200 candidats à 80, puis j’ai défendu ma démarche à l’oral face à un jury qui a décidé mon passage en finale, face à quatre autres projets. La présence d’un jury disposant de compétences comme le président du syndicat national des collectivités territoriales, le directeur des RH de la SNCF, le directeur général de l’enseignement scolaire… m’a motivé pour maintenir ma candidature.

 Pouvez-vous expliquer ce que représentent pour vous ces finales du Prix du Manager Public de l’année ?

Cela représentait surtout la reconnaissance du travail des différents partenaires de cette démarche, le fait de reconnaître que l’on peut travailler de cette manière. Mon objectif premier était la reconnaissance de cette démarche qui consiste à aller au-delà de l’innovation qui se trouve dans les laboratoires, de passer du «in vitro» au «in vivo». C’est à ce moment-là que la collectivité se doit de faire office de passerelle entre les mondes académique et entrepreneurial qui ne se rencontrent pas toujours sur le plan opérationnel. Nous cherchons auprès des laboratoires et des entreprises, des réponses aux besoins identifiés sur les domaines de la voirie, de la propreté et de l’éclairage.

 Vous avez été nominé dans la catégorie «Collectivités territoriales» mais quel projet y avez-vous présenté ?

J’ai soutenu douze projets au total (voir encadré) qui ont été menés selon cette démarche de lien entre les laboratoires et les entreprises. Ce n’est pas tant les projets qui ont intéressé le jury de ce prix de Manager Public mais bien la démarche partenariale et opérationnelle qui consiste à créer une «économie de la connaissance». Au-delà d’expérimenter, cette démarche a permis la création de cinq ou six PME et une trentaine d’emplois, tout cela en partant d’une feuille vierge. J’ai convaincu des laboratoires et des entreprises de nous suivre et nous nous sommes lancés dans une démarche de rupture technologique, d’usage ou de services.

La sensitive Lamp
La sensitive Lamp

Je continuerai à jouer le jeu

 Que pensez-vous qu’il aura manqué à votre projet pour gagner ce prix de Manager Public ?

Je pense que nous étions hors cadre parce que les gens qui concourraient, représentaient plutôt des directions générales de la fonction publique. Ils étaient réellement dans un rôle de manager public au sens où ils manageaient administrativement des équipes. La preuve, le vainqueur, Philippe Yvin a gagné pour son action en faveur de la professionnalisation des fonctions de pilotage innovantes au sein du Conseil Général. Personnellement, ils m’ont sélectionné car je me situais dans une démarche qu’ils n’avaient jamais vue : mettre les services de la collectivité, les mondes académique et entrepreneurial dans une même démarche, celle d’inventer la ville de demain.

 Dans quel état d’esprit êtes-vous rentré à Toulouse ?

Cette démarche que j’avais engagée il y a trois ans, de manière empirique, qui faisait rire les gens au départ, a été engagée au niveau de l’Etat, de grandes collectivités comme la ville de Paris et de grandes villes du monde entier. Cela signifie que mon idée n’était pas si farfelue. Je continuerai donc à jouer le jeu, à offrir un terrain d’expérimentation, à lier le monde des entreprises et celui des laboratoires et à donner de nouvelles réponses qui ne sont pas apportées par les grands groupes.

 Propos recueillis

par Séverine Sarrat


Les 12 projets bénéficiant de la démarche d’Alexandre Marciel

Domaine de la propreté :

- Projet «anti-taches» mené par le laboratoire LMDC et la société LR Vision : Des lasures à propriétés anti-taches pour limiter l’incrustation des salissures sur les trottoirs.

- Projet «Degom’» mené par le laboratoire LCA et la société Dalta : un produit vert pour dégommer les taches de chewing-gum incrustées dans les trottoirs.

- Projet «Caniclean» mené par le laboratoire LCA et la société Agro Nutrition : un produit vert pour favoriser le réflexe canin de déjection dans les espaces dédiés.

-          Projet «Zapette» mené par SQLI : des assistants numériques communiquants pour faire remonter les problèmes de rue par les agents municipaux.

-          Projet «Indo City» mené par le laboratoire de ENSEEIHT et la société SLE : une signalétique de rue au format d’une plaque de rue communicante pour informer en temps réel sur les services de la ville (propreté, travaux…)

Domaine de l’éclairage :

- Projet «Sensitive Lamp» mené par le laboratoire Laplace et les entreprises Eclatec, Weef… : des lampadaires de rue à led avec détection de présence et veille continue (70% d’économie).

- Projet «Bordures Solaires» mené par le laboratoire Laplace et la société Redtown : des bordures de rue solaires pour baliser lumineusement les zones à risque.

- Projet «Trotelec» mené par le laboratoire de l’ENSEEIHT et la société Viha Concept : des dalles podo-électriques qui transforment l’énergie mécanique des passants en énergie électrique.

Domaine de la voirie :

- Projet «Liant vert» mené par le laboratoire LCA et la société Colas : un liant végétal à base de papier recyclé transformé en équivalent hydrocarbure bitumineux.

- Projet «Statio Lib» mené par le laboratoire du CNES et la société Lyberta : des capteurs au sol pour guider en temps réel les automobilistes vers les places de stationnement libres.

- Projet «Hibernatus» mené par le laboratoire LAAS et la société Mystic : des capteurs de verglas intégrés dans les couches de roulement alimentés électriquement par simple interrogation à distance.

-  Projet «Captogel» mené par le laboratoire IMRCP et la société IMRCP : un concentrateur naturel des polluants issus des eaux de ruissellement.



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