Présence des femmes aux responsabilités: Elles sont encore sous-représentées

Nadia Pellefigue

La représentation des femmes au sein de Conseil d’Administration de grandes entreprises reste minime. Pourtant, depuis janvier 2011, la législation française prévoit l’instauration progressive de quotas pour aller vers la féminisation des instances dirigeantes. Nadia Pellefigue, vice-présidente au Conseil Régional, en charge des finances et de l’égalité femmes-hommes revient sur la situation en Midi-Pyrénées et sur les moyens dont disposent les pouvoirs publics pour garantir une représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des CA.

La représentation des femmes au sein de Conseil d’Administration de grandes entreprises reste minime. Pourtant la législation française impose une féminisation. Comment expliquez-vous ce manque de présence féminine ?

En matière d’égalité entre les femmes et les hommes et l’action publique, il existe deux grands leviers : la loi et… le volontarisme politique pour faire prendre conscience à tous de l’avantage que nous pourrions tirer à avoir une société où femmes et hommes vivent sur un pied d’égalité. Aujourd’hui les outils juridiques existent, on parle ainsi d’égalité formelle, mais force est de constater que nous n’avons pas encore atteint ce que nous appelons l’égalité réelle pour différentes raisons : interdire les discriminations ne supprime pas les stéréotypes fortement ancrées dans les esprits des hommes comme des femmes dès le plus jeune âge. Les pouvoirs publics ont donc un rôle d’éducation à l’égalité que ce soit à l’école, dans les entreprises ou au sein même de l’Etat ou des collectivités qui se doivent d’être exemplaires. La Région a ainsi lancé un appel à projet « Lycée – Égalité – Midi-Pyrénées » destiné à soutenir les projets innovants promouvant l’égalité à destination des jeunes et nous sommes signataires de la Charte européenne pour l’égalité femme-homme dans la vie locale à laquelle nous avons adossé un plan de 21 actions. Quand la loi n’est pas appliquée, les sanctions prévues ne le sont pas toujours non plus. De fait, pour les entreprises qui n’en ont pas la volonté, l’effet est peu dissuasif. Les pouvoirs publics, et l’Etat en l’occurrence, doivent rendre effective l’application de la loi.

Est-ce aujourd’hui plus facile pour une femme d’intégrer un Conseil d’Administration ?

La loi de 2011 prévoit l’instauration progressive de quota pour aller vers la féminisation des instances dirigeantes des entreprises. Elle ne concerne que les organes de contrôle (les conseils d’administration et les conseils de surveillance) des entreprises publiques ou cotées en bourse. Entre 2006 et 2009, on notait une légère amélioration de la place des femmes passant de 8 à 10,5% dans les CA des entreprises du CAC 40. Nous sommes aujourd’hui à plus de 20%. Mais ces ratios faiblissent au sein des entreprises du SBF80 pour se situer autour de 15% de femmes.

Qu’en est-il en Midi-Pyrénées ? Les femmes sont-elles bien représentées dans les entreprises régionales ?

Si on observe la représentation des femmes dans les CA, les entreprises de Midi-Pyrénées étaient très mal classées en 2007 affichant le plus faible taux de France au sein des CA des dix premières sociétés de chaque région avec un taux de 1,4% pour une moyenne nationale de 8,9%. Et pourtant, la moyenne des femmes diplômées en Midi-Pyrénées est supérieure à la moyenne nationale. A noter néanmoins que nationalement les femmes sont moins représentées dans les filières industrielles et agroalimentaires très présentes en région. Enfin, ce taux était supérieur quand on incluait les comités de directions pour atteindre 6,8% soit 15e sur 21 régions. Et 30% des entreprises créées en 2006 l’ont été par des femmes en Midi-Pyrénées selon SINE (Système d’Information sur les Nouvelles Entreprises, ndlr). Nous avons donc plus de dirigeantes d’entreprises que d’administratrices !

La réalité ne doit pas être masquée

Dans quelle mesure la Région prend-elle le dossier de la parité en entreprise en main ?

A la mesure de son volontarisme qui nous vaut la qualification de « territoire d’excellence » par le Ministère des droits des femmes, puisque les régions n’ont pas en tant que collectivités territoriales d’obligations en la matière. En quelques années, les Régions sont montées en puissance dans le pilotage du développement économique. Dans le contexte de crise que nous connaissons tous, le Conseil régional oriente fortement son action en direction des entreprises. Dans ce même contexte de crise, les femmes sont durement touchées. Nous voulons donc conjuguer efforts en direction des entreprises et progrès pour la situation des femmes au sein des entreprises. Nous intervenons selon trois modalités : l’accompagnement pour la recherche de bonnes pratiques, la valorisation de la démarche égalitaire engagée, la récompense financière pour soutenir ces actions.

En 2013, nous fêterons les 10 ans du Prix de l’Egalité professionnelle qui a récompensé plus de quarante entreprises régionales exemplaires mettant en œuvre en leur sein des mécanismes de corrections des inégalités. Lors de la dernière édition, nous avons mis l’accent sur les TPE et PME dont le rôle est majeur sur le plan économique. La Région appuyée par un cabinet d’étude leur a proposé de les accompagner pour valoriser les dispositifs mis en place en matière de promotion des femmes, pour une meilleure articulation vie professionnelle/vie privée… C’est aussi pour nous l’opportunité de fournir des outils concrets avec le « Guide des bonnes pratiques de l’égalité professionnelle » diffusés massivement auprès des entreprises de notre région et téléchargeable dans les pages Égalité du site du Conseil régional.

En tant que Vice-présidente en charge des finances et de l’égalité femme-homme, quel est votre rôle ?

Je suis en charge depuis 2010 de l’Egalité femme-homme en Midi-Pyrénées et ai souhaité impulser à ce titre de nouvelles actions menées par la Région (adoption d’un nouveau plan d’action, information sur la contraception, formation des professionnels du secteur sanitaire…). J’ai également l’honneur de présider le Comité consultatif régional à l’Egalité qui permet la concertation des acteurs de l’égalité dans notre région (syndicats salariés, patronaux, associations, chambres consulaires, élu-e-s…). Lorsque je suis devenue Vice-présidente en 2012 et que le Président m’a donné la charge des Finances (le budget annuel de la Région est de 1,4 milliard), Martin Malvy qui avait déjà innové en 1998 en créant une délégation dédiée à l’égalité dès son arrivée à la tête de la Région, a souhaité que je conserve ma délégation et donc ce double affichage inédit en France. C’est politiquement important de démontrer ainsi que les femmes en responsabilités ne sont pas forcément cantonnées aux affaires sociales ou à l’éducation.

Plus généralement, en considérant les postes à responsabilité, comme celui que vous occupez, les femmes sont-elles bien représentées en Midi-Pyrénées ?

Une « bonne » représentation consisterait à une fidèle représentation de ce qui compose la population de Midi-Pyrénées soit 51,3% des 2,8 millions d’habitant-e-s. Je ne pense guère vous surprendre en vous disant que ce n’est pas le cas que ce soit dans le domaine professionnel, sportif, politique ou même associatif. En Midi-Pyrénées, comme ailleurs, des femmes dont je suis, accède aux postes à responsabilités, mais quelques réussites ne doivent pas masquer ce qu’est encore le fait majoritaire : plus de 73% des députés sont des hommes, les femmes gagnent en moyenne 27% de moins que les hommes et sont plus touchées par le chômage et la précarité. Un progrès réel se fait jour et il faut veiller à ce que la porte reste grande ouverte pour les suivantes. La mise en place de réseaux est à ce titre important.

En tant que femme occupant un poste à responsabilité, quel regard portez-vous sur vos homologues masculins…

Très bienveillant ! Je ne m’attache pas à porter un regard sur mes collègues qu’ils soient homme ou femme en fonction de leur genre (le genre étant défini comme le sexe social).

La société n’est pas préparée

Avez-vous rencontré des obstacles dans votre carrière professionnelle, à cause de votre statut de femme ?

Sur le plan professionnel, on ne peut sans doute pas à mon âge parler de « carrière » et je n’ai pas à proprement parler rencontré d’obstacle lié au fait que je sois une femme puisqu’à la suite de mes études (Histoire puis master de sciences politiques), j’ai été recrutée avant même d’avoir fini la préparation à l’ENA dans laquelle je m’étais engagée. Je pense néanmoins que mon parcours n’est pas tout à fait commun et que dans l’accès à l’emploi comme dans le déroulement de carrière, les obstacles faits aux femmes sont réels. Dans l’accès aux responsabilités électives, les choses sont ambivalentes : d’une part, nous devons toujours démontrer nos compétences, d’autre part, les exigences de parité offrent davantage d’opportunités… ce qui est, c’est un comble, reproché aux femmes ! Mais je dis souvent que lorsque les femmes pourront également être médiocres dans la gestion de leurs dossiers, alors la parité sera effective. Il ne faudrait jamais oublier qu’un électeur sur deux est une femme et même souvent davantage car les femmes remplissent plus leur devoir citoyen que les hommes. En ayant la parité comme exigence, on ne fait pas de « cadeau » aux femmes politiques, on respecte tout simplement ce qui compose la nation : les hommes et les femmes.

Pensez-vous que les femmes sont suffisamment préparées à prendre des postes à responsabilité ? C’est peut-être là un facteur explicatif du manque de représentativité ?

C’est la société qui n’est pas préparée et ne permet pas aux femmes de l’être autant que les hommes pour au moins trois raisons : les femmes pensent souvent, à tort, que leur capacité de travail et leurs compétences leur permettront d’être repérée et d’évoluer dans leur carrière. En réalité, seront promus ceux qui solliciteront une évolution et pas forcément celles et ceux dont les compétences indéniables ne sont pas explicitement revendiquées. Deuxièmement, l’organisation du travail et notamment les horaires de réunion souvent tardifs ne favorisent pas la présence des femmes. Non pas qu’elles soient davantage casanières que les hommes mais comme elles assument encore à 80% les tâches ménagères et s’occupent encore très majoritairement des enfants, tout en ne possédant pas le don d’ubiquité, elles ne peuvent assister à l’ensemble des activités qui permettent souvent la promotion. Et puis la maternité constitue aujourd’hui encore un frein majeur au déroulement de carrière. Cela est d’autant plus injuste qu’il est utile de rappeler que les congés maternité ne représentent que seize semaines sur 1800 semaines de travail sur une vie professionnelle de 40 ans.

Que diriez-vous à des entrepreneurs pour les convaincre de confier des responsabilités aux femmes ?

Qu’ils ont tout à y gagner ! L’égal accès des femmes et des hommes aux postes à responsabilité constitue un atout pour l’entreprise. Il augmente le vivier de compétences et le choix des possibles en matière de repérage des hauts potentiels, il diversifie le top management. Par ailleurs, les attentes de la société changent et l’opinion publique est de plus en plus sensible à l’égalité qui devient alors facteur d’image positive pour l’entreprise exemplaire. En période de crise, il est aussi opportun de développer l’innovation et indéniablement l’égalité entre femmes et hommes est facteur d’innovation sociale. Enfin, de ne pas oublier que là encore, un client sur deux est une cliente !

Propos recueillis par Séverine Sarrat 

Repères : Nadia Pellefigue, a été nommée, en octobre 2012, vice-présidente du Conseil Régional, en charge des finances et de l’égalité femmes-hommes après avoir été assistante parlementaire de l’eurodéputée Françoise Castex et secrétaire adjointe du PS31.

 



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.