Période de récession: Eviter une décennie perdue

C’est désormais officiel, la France est entrée en récession. Affichant un recul de la consommation de 0,1%, du pouvoir d’achat de 0,9%, de l’investissement de 0,8% et des exportations de 0,5%, tous les indicateurs économiques sont dans le rouge et, à en croire les experts, un retour à la normale n’est pas prêt de se dessiner. Pour Sylvain Chabé-Ferret, chercheur en économie à l’Ecole d’économie de Toulouse (TSE) et spécialiste de l’évaluation des politiques publiques, le bout du tunnel est encore loin.

 

Sylvain Chabé-Ferret, pour bien comprendre la situation économique dans laquelle se trouve la France, qu’est-ce que la récession exactement ?

D’un point de vue très strict, il s’agit de deux trimestres successifs durant lesquels le PIB diminue. Telle est la définition la plus communément utilisée en Europe, car elle peut varier selon les pays, notamment aux Etats-Unis où elle s’avère plus complexe puisque les Américains prennent en compte beaucoup plus d’indicateurs. Depuis 2009 et le début de la crise mondiale, la croissance restait très faible voire négative mais jamais plus d’un trimestre. Aujourd’hui, c’est différent. La France avait mieux résisté que d’autres économies même si ce choc a bien sûr touché de nombreux travailleurs mais notre pays s’en est remis lentement comme les autres nations d’Europe… du moins jusqu’en 2011. Ce qu’il faut retenir, c’est l’atonie dans laquelle se trouve la France depuis le début de l’année 2011. C’est à ce moment-là que la récession a réellement pris forme et la catatonie inexorable nous force à penser que nous entrons peut-être dans une récession en « W », c’est-à-dire une double récession.

 

Qu’est-ce que ce phénomène signifie et qu’augure-t-il ?

Nous avons en réalité subi un premier choc, une première chute du PIB en 2008-2009 mais l’économie s’est redressée en 2010 avant que le Produit Intérieur Brut  ne redescende. C’est à ce jour ce qui reste le plus préoccupant dans l’économie française. Les experts sont peu optimistes car on ne sait pas si cette rechute sera durable, en revanche l’atonie économie est, elle, sérieusement préoccupante. Au début de l’année 2013, au vu des premiers indicateurs du dernier trimestre 2012, je m’interrogeais quant à cette récession en « W » et j’étais inquiet. Les chiffres du premier trimestre 2013 ont confirmé mes craintes. Et même si je ne suis pas encore certain que nous nous dirigions vers le second creux du « W », ce n’est pas du tout réjouissant.

 

Première conséquence : le chômage

 

Quelle est alors la différence avec le premier creux de 2009 ?

On observe une très forte réduction de la demande privée et publique dans les pays européens périphériques comme l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Grèce… et ces nations sont des partenaires commerciaux importants de la France. Par exemple, dans l’industrie automobile, les principaux clients des marques hexagonales restent les pays limitrophes. De même, la France échange énormément avec le reste de l’Europe et c’est la chute de la demande de l’Union, elle-même dans le rouge, qui nous fait très mal. La différence est là : l’entité dans laquelle se trouve notre pays, à savoir l’Europe, subit une austérité encore plus forte que la France.

 

Concrètement, comment se traduit cette nouvelle récession, quelles en sont les conséquences ?

La première des conséquences est bien sûr le chômage. Ce dernier est en constante hausse et s’inscrit en plus dans le temps. Plus les gens restent au chômage et plus il est difficile pour eux de retrouver un emploi car l’employeur s’interroge toujours quant à un long temps d’inactivité. En parallèle, le chercheur d’emploi perd en compétence. C’est clairement la principale conséquence sur la vie quotidienne des Français.

 

Ce phénomène est directement induit par les difficultés rencontrées par les entreprises, comment ces dernières vont-elles être impactées par cette récession ?

Elles le sont essentiellement par la baisse des demandes, des commandes privées et ce à cause des difficultés que rencontrent les Français, le pouvoir d’achat diminuant. Les entreprises voient alors leurs carnets de commandes se vider et, tout étant corrélé, stoppent alors leurs investissements et se séparent de leurs collaborateurs. Les difficultés des entreprises sont observables à travers l’emploi intérimaire, indicateur très sensible. Ce dernier était reparti après la crise de 2008-2009 mais depuis mi-2011, il rechute. Ainsi, nous n’avons plus de commandes internes car les ménages français sont étranglés, nous n’avons plus de commerce extérieur car nos partenaires sont à l’agonie et, en plus, la demande publique est aussi en berne. C’est là le cercle vicieux de la récession.

 

 Midi-Pyrénées résiste mieux

 

La récession a-t-elle un impact au niveau régional ?

Midi-Pyrénées a beaucoup mieux résisté… jusqu’à présent. La région s’est beaucoup mieux comportée lors de la reprise suite à la première partie de la crise, en 2008-2009, ceci parce que l’emploi salarié était déjà en croissance. Cela s’explique par la forte dynamique de l’économie régionale, notamment grâce à l’industrie de l’aéronautique et du spatial qui dispose de partenaires commerciaux n’étant pas forcément européens et donc moins touchés par la crise.

Même si jusqu’à présent, la région s’en sortait bien puisque l’emploi salarié évoluait de façon plus favorable qu’au niveau national (+4 points), le premier trimestre 2012 a marqué une décroissance inédite. Ces indices permettent de penser que Midi-Pyrénées va peut-être ressentir les conséquences de la récession, en décalage.

 

Les grandes entreprises qui maintiennent l’économie régionale comme Airbus peuvent-elles être menacées par la récession ?

Pour l’instant, tout va bien ! Les demandes issues des pays émergeants explosent. Par contre, il serait à craindre que ces nations-là, comme la Chine, soient également touchées par la crise. Nous avons d’ailleurs eu quelques alertes il y a quelques semaines…

 

De quelle manière redresser la barre ?

La situation de l’Europe est complexe eu égard à la monnaie unique. Il semble que l’on ne pourra pas s’en sortir, à courts termes, sans une relance de la demande pour laquelle on ne voit pas bien d’où elle pourrait provenir, si ce n’est du public. On pourrait aussi penser à une relance par la politique monétaire mais les taux étant très bas, il ne reste pas beaucoup de marge de manœuvre. Remonter le taux d’inflation dans les pays qui se portent le mieux comme en Allemagne pourrait également être une idée. Mais de toute façon, une intervention publique est nécessaire pour sortir de cette récession et ne pas se diriger vers une atonie prolongée, vers une décennie perdue.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat



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