Origine de la crise ; Comment en sortir ?

Beaucoup de discours politiques, beaucoup de déclarations tonitruantes, de promesses ont accompagné la crise mais la réalité est différente. En fait le système spéculatif s’est remis en route pour refaire fonctionner la bulle spéculative, essayons d’y voir plus clair…

 
La crise était prévisible et prévue

Depuis des années, il paraissait impossible aux économistes éclairés que la finance puisse exiger un rendement de 15 % dans une économie progressant d’environ 2 %, (PIB de 2003/07) et que se développe très rapidement, sur le même financement, parallèlement à l’économie réelle, une économie virtuelle en croissance très rapide (5 fois plus importante dès 2005) sans que cela ne mène à la catastrophe. De plus, notre système de création de monnaie temporaire par l’emprunt à l’initiative et au profit de la finance privée est extrêmement dangereux car systématiquement il gonfle les bulles et aggrave les crises, comme le démontre l’association chômage et monnaie, qui demande son remplacement par de la création de monnaie permanente en fonction des besoins économiques et sociaux. C’est ce que réclame depuis des décennies notre prix Nobel d’économie Maurice Allais qui veut que toute création de monnaie le soit au profit des États, et non de la finance privée. Mais personne ne veut l’entendre. Juste avant la crise, l’économie réelle et les entreprises étaient en croissance depuis 4 ans. De nombreux économistes pensaient que cela ne pouvait que continuer car la finance privée regorgeait d’argent gagné dans le virtuel qu’elle devrait placer dans l’économie réelle.  

L’explosion de la bulle virtuelle

C’est, dans ce contexte, que l’économie réelle a été entrainée dans la crise par la perte de ses moyens de financement engloutis par la chute extrêmement brutale de l’économie virtuelle. Celle-ci a été provoquée par le non remboursement de “crédits subprimes” relativement modestes par rapport aux économies américaine et mondiale.

Comment éviter le désastre ?

Il fallait faire un choix entre deux pistes : Rendre extrêmement rapidement solvables les emprunteurs de base défaillants ce qui, sans coûter excessivement cher, aurait évité une catastrophe humaine. Il suffisait de bloquer le montant des échéances et d’enclencher une inflation conséquente (10 %). Ceci aurait eu pour effet de les rendre solvables en diminuant le poids de leurs remboursements par rapport à leurs revenus, et d’obliger les financiers à créer des emplois en investissant leurs liquidités dans l’économie réelle pour ne pas les voir fondre. Mais, l’inflation gêne ou empêche les crédits à taux réel positif et usuraire et la spéculation. L’appliquer aurait décapité l’argent roi ! Deuxième piste : Financer les créanciers pour leur éviter la faillite en attendant qu’ils vendent les logements saisis aux propriétaires défaillants (précipités dans la misère), et qu’ils résorbent les très nombreux produits financiers contaminés.

Le mauvais choix mais pas pour tous…

C’est la seconde solution qui a été retenue selon le principe de «la privatisation des profits et la nationalisation des pertes». Elle s’applique à reconstituer les capitaux des banques, pour qu’elles continuent comme avant, en leur permettant de prélever des marges importantes sur l’argent qu’elles distribuent, d’emprunter aux Banques centrales à bon compte, pour placer à prix élevé, même aux Trésors publics… Et enfin de vendre aux organismes d’État ou aux Banques centrales des actifs pourris… Le tout sans les obliger vraiment à financer l’économie réelle.

 

Comment naît une économie virtuelle ?

Pourquoi une économie aussi volatile, qui ne repose sur rien de concret comme son nom l’indique, s’est-elle développée ? La stabilité d’une monnaie quasi inépuisable a incité les organismes financiers à créer une foule de valeurs virtuelles, composées en grande partie de “valeur temps” ; autrement dit de paris sur l’avenir. Ces paris sont effectués avec un effet multiplicateur qui peut être très important, d’où le développement extrêmement rapide de l’économie virtuelle. Mais la valeur de tels paris peut instantanément passer d’une croissance rapide à une décroissance encore plus rapide, en fonction de la tendance de leurs supports à augmenter ou à baisser. De plus la “valeur temps” de ces produits fond d’autant plus rapidement qu’ils se rapprochent de leur échéance. La finance privée préfère spéculer dans l’économie virtuelle, qui lui a permis d’avoir une rentabilité de 15 % par an, que d’investir dans l’économie réelle bien moins juteuse… C’est pourquoi actuellement une grande partie des sommes injectées par les États pour relancer l’économie est détournée par la finance pour reprendre la spéculation sur les produits virtuels et malheureusement aussi sur les valeurs d’entreprises. Ainsi s’est développé le château de “cartes inflammables” de l’économie virtuelle. Fin 2007 l’économie réelle, qui s’était refait une santé pendant les quatre précédentes années, progressait très correctement. De nombreux économistes pensaient que les bourses ne pourraient que monter en 2008 parce que le monde regorgeait de liquidités à employer.
Mais le “château de cartes” de l’économie virtuelle a pris feu et les l’État s’efforcent d’étouffer l’incendie sous une montagne de monnaie au risque de le voir reprendre de plus belle.

L’allumette qui a mis le feu à l’édifice virtuel

Les Américains ont vendu des millions de logements sur des crédits à remboursements croissants, en affirmant aux acheteurs naïfs que l’augmentation de leur valeur leur permettrait d’assurer leurs échéances ou, en cas de difficultés, de les revendre avec bénéfice. L’inflation sous-tendant cette promesse ne se produisant pas, de nombreux acheteurs sont devenus insolvables. De très nombreux logements ont été saisis et leur afflux de brutal sur le marché en a fait tomber la valeur, et surtout la possibilité de vente. Ainsi, la chaîne des organismes prêteurs s’est retrouvée dans l’incapacité de faire face à ses échéances. Bon nombre de leurs crédits ayant été “titrisés” (mélangés à des produits plus sûrs, pour mutualiser le risque qu’ils représentaient, ndlr) ont contaminé une grande masse de produits financiers diffusés dans le monde. Tous les acteurs financiers ont alors voulu récupérer, à leur échéance, les crédits qu’ils avaient octroyés tout en refusant de rembourser ceux qu’ils avaient souscrits dans les mêmes conditions. Ainsi la défaillance d’un nombre limité d’accédants à la propriété a mis le feu au “château de cartes” de l’économie virtuelle. Selon les règles du marché, les produits toxiques (c’est-à-dire invendables) étant comptés pour rien dans le bilan des banques, celles-ci se sont retrouvées dans l’incapacité de prêter.

Avis de citoyen

Malheureusement, le système de financement de l’économie réelle, seule créatrice de richesses, est commun à celui de l’économie virtuelle. La faillite de l’économie virtuelle a asséché le financement de l’économie réelle, qui elle, se portait bien. En résumé, la crise financière a été provoquée par un système monétaire qui rend plus rentable de faire travailler l’argent sur lui-même, que d’alimenter une production de biens et services réels. Des millions de gens sont ruinés, jetés à la rue, leurs logements saisis, privées de ressources pour assurer leur fin de vie et contraints à plus de 70 ans à rechercher le moindre emploi. On aurait pu penser que tout cela allait servir de leçon mais non, Mme Lagarde vient d’autoriser récemment la “titrisation” en France… Tous les voyants sont en train de virer au rouge et l’austérité, le gel des salaires, les plans retraites sont pour nous, pas pour les spéculateurs en col blanc. Tous les jours, se font jour de nouveaux scandales, sur fond de “proximité” entre pouvoir et finance… Jusqu’où allons-nous continuer à accepter tout cela ?

Gérard Arnaudé et Martin Constant (économiste)


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