Note d’évaluation

Voilà venu le temps des crises. Celle – ultramarine de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion – qui vient s’ajouter aux autres – financière, récession économique, accroissement du chômage, agitation universitaire et estudiantine. Temps des crises donnant lieu toujours à la même interrogation : comment éviter la contagion de la contestation – image aidant – et une explosion politique et sociale, hypothèse subliminale des partis de gouvernement et de ceux qui aimeraient le devenir. Le Président Sarkozy a évoqué «la crise du siècle, sans précédent, d’une brutalité totale». Barack Obama parle «d’un désastre permanent et d’une économie chaque jour plus malade» ; le ministre de l’Éducation de Grande-Bretagne estime que «la crise financière actuelle est beaucoup plus grave et sérieuse que celle des années 1930». Nous voilà donc durablement installés dans l’hyper pessimisme. Voilà la défiance qui prend place dans ce qu’était encore hier une société de confiance, semblant donner raison au journaliste B. Cassen quand il affirmait que «c’est bien autour du ver libéral qu’avait été imaginé le fruit européen» ; le néolibéralisme étant devenu la grande «raison du monde».

 
Question de tous, gouvernants comme gouvernés, acteurs comme penseurs du Politique et de l’Économique : comment la confiance peut-elle revenir avec tant de discours anxiogènes, surmédiatisés, illustrés quotidiennement de chiffres qui dépassent l’imaginaire quotidien du citoyen, lui donnant l’impression d’être, lui aussi, emporté dans le tourbillon cyclonique d’une crise systémique contre laquelle il voudrait concevoir les linéaments de contre-pouvoirs structurant les contours d’une authentique démocratie existentielle où chaque individu aurait enfin une historicité donc une existence authentique.
Et pourtant les médias comme les gouvernants ne nous décrivent pas des situations erronées mais bien réelles ; qui les croirait s’ils nous annonçaient soudainement que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Et si, comme le suggère le journaliste P.A. Delhommais on se laissait aller à la prophétie autodestructrice (“self-defeating prophecy”), c’est-à-dire au fait d’annoncer un événement pour ainsi l’empêcher de survenir (comme le bogue informatique de l’an 2000). Ainsi «la surmédiatisation de la crise et l’ultrapessimisme des dirigeants constituent peut-être une chance, celle de pousser à une mobilisation générale de toutes les idées et de tous les moyens financiers pour éviter que 2009 ne marque aussi tragiquement l’histoire que 1929» (P.A. Delhommais). Même à l’horloge de l’apocalypse, le pire n’est jamais sûr.
Faut-il donc suivre Bernard Cazes dans son “Musée des futurs” recensant six thèmes-clés (l’environnement naturel, le contexte géopolitique, la croissance économique mondiale, la population, les systèmes des valeurs et les changements technologiques) nous permettant une aide à la décision dans un avenir discontinue ; faut-il suivre Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie) proposant, en décembre 2008, de mettre en place des mécanismes de régulation pour contrôler les faillites des banques internationales, en «inventant une nouvelle unité de compte internationale, avec des fonds de réserve» ; faut-il continuer à orienter systématiquement la conduite des individus comme s’ils étaient toujours et partout engagés dans des relations de transaction et de concurrence sur un marché ? La crise actuelle nous permettra-t-elle de poser enfin les bases d’une réflexion en mesure de mêler l’économie au meilleur de la philosophie politique ?

Stéphane Baumont,
constitutionnaliste




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