Note d’évaluation

Au cœur de Manhattan, l’immeuble de “Time Square” affichait, à l’américaine, sur son fronton le montant de la dette publique américaine, le symbole “Dollar” ne pouvant plus occuper la dernière case faute de place tant les chiffres étaient nombreux : 10 299 050 383 milliards de dollars !
 


Nous voilà arrivés, avant même le début de la récession économique qui semble produire ses premiers effets, à la «case désastre», «bien des banques ayant sacrifié la réalité à l’imaginaire, quitte à dérégler le thermomètre pour l’empêcher d’indiquer la fièvre» comme l’écrit E. Fottorino (président du directoire du groupe Le Monde, ndlr).

Voilà donc notre monde qui connaît non pas la crise, mais la crise des crises, une cascade de crises : crise des subprimes, crise bancaire, crise boursière et de confiance des épargnants, enfin crise économique. Les idées fusent, les analyses, chroniques et commentaires aussi au moment même où Jean-Marie Le Clezio, qui dénonçait «le vacarme absurde et irritant de la civilisation urbaine pareille à une vaste cage à singes», obtient le Prix Nobel de Littérature.
Le disciple de Fernand Braudel, le sociologue américain I. Wallerstein, inspirateur du mouvement altermondialiste, n’y va pas par quatre chemins en affirmant que «le capitalisme touche à sa fin». Pour lui «le capitalisme ne fait plus système» au point de nous faire basculer dans une période assez rare dans l’histoire des civilisations «où la crise et l’impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun» ; laps de temps, poursuit-il «pendant lequel nous avons chacun la possibilité d’influencer l’avenir par notre action individuelle».

 

Nouvelle « Grande Dépression » ?

Un «citoyen contre les pouvoirs» comme le préconisait le philosophe Alain ? Avec des États-Unis, des États-nations, une Europe pas encore politique en quête d’un nouveau modèle économique ou de civilisation (?). Faut-il donc repenser le modèle ou le système, ou les deux à la fois en ayant la conviction qu’il y aura complémentarité et interactivité entre les deux démarches ? Faut-il en revenir à Emmanuel Kant et à son projet de droit commun mondial pour enfin inventer des outils mondiaux de régulation, une globalisation du droit face à la globalisation de l’économique ? L’exigence est aujourd’hui aux réponses mondiales : qui contrôle les marchés financiers ? Qui contrôle les contrôleurs ? Quel rôle doivent jour les pays émergents ? Faut-il un nouveau Bretton-Woods ?
Pour Paul Jorion, auteur d’un ouvrage “La crise : des subprimes au séisme financier mondial” – à paraître en novembre – «le système financier est en morceaux… il faut définir des principes pour les siècles à venir : les principes d’une constitution pour l’économie qui serait axée sur la reconstruction du système financier et qui lui rende sa fonction première. Être le système sanguin de l’économie réelle, celle de la production de la distribution et de la répartition des richesses. Une constitution qui veille à ce que les états de fait ne dictent pas leur loi.»
Nous vivons une crise absolument mondiale. Aucune Bourse n’est épargnée par le krach historique, toutes connaissent une panique inédite. Les mécanismes de la contagion s’accélèrent comme une machine infernale : quand les actifs se déprécient, les entreprises investissent moins, les coûts de financement augmentent et le crédit se raréfie ; avec, à la clé, plus de chômage et moins de revenus.
Une nouvelle “Grande Dépression” pourrait représenter notre prochaine ligne d’horizon. Si elle n’a pas lieu, cela ne veut pas dire qu’on échappera à un choc économique majeur. Dans quelles proportions ?

Stéphane Baumont


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