Muriel Decout: Les SCOP, entreprises de demain

L’Union Régionale des Sociétés coopératives et participatives Midi-Pyrénées, vient d’élire son nouveau bureau. Parmi ses membres, Muriel Decout, qui prend le poste de directrice. Après avoir dirigé une boutique de gestion, elle intègre l’URSCOP en 1993 pour en être déléguée régionale, puis correspondante financière. C’est donc naturellement qu’elle atteint aujourd’hui les plus hautes sphères de l’organisation et en explique la nouvelle politique.

 

Muriel Decout, vous vous êtes engagée dans l’économie sociale et solidaire depuis longtemps, pourquoi un tel choix ?

Je suis issue de l’Université Dauphine qui gardait une vision de l’économie plutôt classique et j’avais pour certitude que travailler sur des projets ayant du sens me convenait mieux que le but d’un enrichissement personnel. Pour les étudiants de ma promotion, l’idéal économique se trouvait chez Loréal ou dans une grande banque, quand moi je n’avais aucun appétence pour ces entreprises. Ce qui m’a plu dans le système des SCOP, c’est le partage des valeurs, le fonctionnement solidaire et démocratique. C’est à la fois l’envie d’être entendu, d’avoir sa propre place, son droit à la participation sans le faire au détriment de l’entourage.

 

Vous prenez aujourd’hui le poste de directrice de l’URSCOP Midi-Pyrénées, quelle va être la nouvelle politique menée par votre équipe ?

Nous sommes en phase avec la politique de gestion de l’équipe précédente et nous souhaitons continuer à faire connaître notre modèle de fonctionnement, faire en sorte que les porteurs de projets intéressés par cette démarche puissent bénéficier des outils disponibles permettant une création de SCOP sereine. Nous souhaitons également mutualiser les expériences des SCOP pour que chacune puisse profiter de celle des autres. Cette volonté a toujours existé à l’URSCOP mais nous voulons densifier les moyens qui permettent de réaliser cette mutualisation, notamment en termes de communication.

 

Des avantages et des contraintes

 

Vous bénéficiez d’une grande expérience des SCOP, à quel point sont-elles importantes pour le tissu économique local ?

Je considère que les SCOP sont une forme d’entreprises particulièrement modernes car leur coquille juridique permet aux porteurs de projets de développer une activité ayant du sens, dans laquelle les Hommes et leurs talents sont au centre de l’aventure. Pour moi, les SCOP incarnent le modèle de l’entreprise de demain.

 

Quels sont les avantages et les inconvénients, pour un entrepreneur, de se constituer en SCOP ?

SCOP ou pas, la première des choses est de présenter un projet économiquement viable. Mais si un porteur de projet décide de s’installer en SCOP, il doit faire attention à ne pas se tromper car ce régime implique une association et donc un choix de collaborateurs qui doivent avoir la même envie, la même détermination. Cela peut être une force mais aussi devenir un problème si les ambitions des uns n’est pas la même que celle des autres associés. Il faut également être conscient que la démarche n’inclut pas de plus-value à la sortie puisqu’une SCOP ne se revend pas mais se transmet de génération en génération. Il est important de ne pas se mentir à soi-même ! Le créateur d’entreprise doit avoir pour projet de durer, de créer des emplois sur un territoire, de partager les décisions et les résultats. Ainsi les avantages d’une SCOP peuvent aussi devenir des contraintes.

 

De quels moyens disposez-vous pour accompagner une création de SCOP ?

Nous effectuons un travail d’aide à la validation du projet, à la fois sur l’aspect économique mais aussi coopératif et juridique, pour ensuite, via des outils financiers tels des fonds propres, des emprunts ou des garanties, cofinancer les projets.

 

Midi-Pyrénées en exemple

 

La région Midi-Pyrénées fait figure d’exemple au niveau national, dixit Benoît Hamon, ministre délégué à l’économie sociale et solidaire, en visite à Toulouse mardi dernier. Comment l’expliquez-vous ?

Nous avons bénéficié d’un phénomène d’exemplarité qui a permis de faire connaître ce mouvement et d’une volonté des SCOP de la région de tendre la main à d’autres projets. C’est comme cela que nous sommes passés, par exemple, d’une SCOP en Ariège en 1994, à une quinzaine aujourd’hui. Les SCOP sont parvenues à tisser un réseau qui a permis cette multiplication. De plus, la durée de vie des SCOP s’avère deux fois plus importante que celle des entreprises classiques même si elles restent soumises aux mêmes lois du marché. Leur capacité de résistance, dans un contexte économique difficile, s’explique par une pratique de mise en réserve des résultats (45% au niveau national) qui permet, en quelques années, de constituer des fonds propres extrêmement solides. De même, l’attachement des coopérateurs à leur société, implique un partage des résultats positifs mais aussi négatifs, une solidarité certaine, ce qui participe à la pérennisation des sociétés.

 

Quelles sont vos ambitions pour les SCOP de Midi-Pyrénées ?

Je souhaite que le nombre de SCOP progresse, que celles qui existent se développent et que nous mettions en place de plus en plus d’actions communes pour que l’inter-coopération s’amplifie.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat

 

 

 

Chiffres clé 2011 :

-          144 entreprises coopératives en Midi-Pyrénées

-          2 637 salariés sont employés dans des SCOP

-          225 millions d’euros de chiffre d’affaires

-          7 millions d’euros de résultat net, réinvestis, mis en réserve ou redistribués aux co-entrepreneurs.

 



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