Mouvement des Pigeons et des Moineaux; Ils se volent dans les plumes

Créé au lendemain de l’annonce du budget 2013, le mouvement des Pigeons regroupant de jeunes entrepreneurs, fait des petits pour voir éclore celui des Moineaux. Tous deux dénoncent les mesures fiscales engagées par le gouvernement Ayrault mais ils ne représentent pas les mêmes catégories de start-up… Ce qui d’ailleurs commence à poser problème. Mathieu Pauc, militant toulousain des deux mouvements, revient sur le combat de ces chefs d’entreprise.

 

Mathieu Pauc, vous vous revendiquez du mouvement des Pigeons. Quelles sont les motivations d’une telle organisation ?

Il s’agit d’un mouvement spontané, né dans un petit milieu parisien de l’économie numérique, qui s’est développé sur Facebook. En cinq jours, les Pigeons ont rassemblé plus de 50 000 entrepreneurs et en trois semaines, ce chiffre s’est porté à 75 000 personnes. Il existe un profil type des adhérents à ce mouvement : ce sont des jeunes de 25 à 30 ans, qui se battent contre des mesures composant le projet de loi de Finances 2013. Les Pigeons se sont focalisés, peut-être à tort, sur la taxation des plus-values de cession d’une entreprise. Certains entrepreneurs, comme moi, se sont sentis directement visés par ces mesures, c’est ainsi qu’est né le mouvement des Pigeons. Nous avons déjà été entendus puisque le gouvernement a voté des aménagements de la loi. Nous sommes parvenus à leur faire comprendre qu’il s’agissait là d’une attaque lancée en direction des entrepreneurs et nous souhaitons ouvrir un débat sur la place de ces derniers, en France.

 

Le mouvement des Pigeons a fait des émules, notamment avec la naissance de celui des Moineaux. De quoi s’agit-il ?

Le mouvement des Moineaux est apparu après celui des Pigeons. Personnellement, je supporte les deux car, tous défendent l’entreprenariat! La différence essentielle entre les deux mouvements réside dans le fait que les Moineaux représentent les tout jeunes entrepreneurs qui viennent de débuter et qui se trouvent dans des positions difficiles. Ces derniers, qui n’avaient pas le sentiment d’être représentés par les Pigeons qui restent des entrepreneurs qui ont déjà réussi, ont créé leur propre mouvement. Autre différence : les Pigeons ne se préoccupent que de la mesure sur la taxation des plus-values, ce qui ne concerne pas les entrepreneurs venant de créer leur affaire. Les Moineaux dénoncent également le réel parcours du combattant que les entrepreneurs doivent accomplir pour faire en sorte que leur société devienne viable. De mon côté, je soutiens les deux mouvements, tout en leur demandant de ne pas se tirer dans les pattes. Les Moineaux doivent faire attention de ne pas décrédibiliser les Pigeons car un Moineau est voué à devenir un Pigeon.

 

Un small business act

 

Les Moineaux dénoncent donc la non-représentativité des leaders du mouvement des Pigeons…

Le porte-parole des Pigeons (Jean-David Chamboredon, ndlr) est aujourd’hui le patron d’un fonds (fonds des entrepreneurs internet Isai, ndlr) qui, automatiquement, s’est éloigné des préoccupations du jeune chef d’entreprise en difficulté. Cependant, il investit dans les start-up et continue à les aider, il fait donc partie intégrante de l’écosystème. Ce qui vraiment contrarie les Moineaux, reste le rapprochement des Pigeons avec le MEDEF car la plupart des entrepreneurs ne se reconnaît pas dans cette organisation qui reste représentative des grosses entreprises mais pas des start-up.

 

Quelles sont les mesures du projet de loi de Finances que Pigeons et Moineaux dénoncent ?

D’abord la taxation des plus-values mais également les obligations des banques. A titre personnel, quand j’ai créé mon entreprise, j’ai dû rencontrer six banques avant de trouver un financement de 10 000 euros.

 

A l’inverse, faites-vous des propositions ?

Nos propositions s’inspirent du rapport Hayat qui préconise un changement de communication sur l’entreprenariat, car tous les signaux envoyés aujourd’hui restent négatifs. Les Français ont tendance à confondre les patrons de grands groupes et les entrepreneurs de petites sociétés, ce qui nous confère une mauvaise image. Il faudrait lancer une campagne de communication pour changer ces a priori. Ensuite, il propose d’inciter fiscalement les «business angels», ces anciens Pigeons qui ont réussi et qui peuvent financer des entreprises à titre privé et aider des start-up. Seuls 8 000 business angels sont recensés en France, tandis que l’Angleterre en compte 50 000 et les Etats-Unis 300 000. Pour finir, nous proposons un «small business act» qui consiste à généraliser le Pacte PME pour donner des avantages aux grosses entreprises qui passeraient leurs ordres aux start-up. Les PME peuvent créer 200 000 emplois par an, elles sont le moteur de l’économie française, il faut donc les soutenir !

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.