Michel Barnier: «La reprise viendra des PME et des territoires»

Michel BarnierPour les vingt ans du marché unique européen, Michel Barnier, commissaire européen du Marché Intérieur et des Services, s’est rendu dans plusieurs villes françaises afin de promouvoir son rôle au sein de l’Europe et de collecter les doléances des entreprises, toujours plus impactées par les règlementations de l’Union.

 

Après Lille, Nantes et Lyon, Michel Barnier fait un détour par Toulouse pour poser l’Europe à portée des Français. Le commissaire européen du Marché Intérieur et des Services était à la Chambre de Commerce et de l’Industrie Midi-Pyrénées, vendredi dernier, dans le but avéré de rencontrer les entreprises de la région et ainsi de s’imprégner des revendications et autres espérances des industriels locaux mais aussi pour leur démontrer l’intérêt d’une mutualisation des forces qui permettrait d’élever des PME au rang européen.

Venu à Toulouse pour rassurer les entrepreneurs, il tient, toutefois à préciser qu’il ne défend pas particulièrement les intérêts de la France : «J’ai prêté serment devant la Cour de justice européenne, m’engageant à promouvoir les intérêts de l’Europe et en aucun cas ceux de mon pays, ceci pour éviter les conflits d’intérêt.» Le principal objectif étant de construire une Europe forte, qui s’organise pour créer un destin commun, pour exister dans le monde, devenu multipolaire depuis vingt ans. Et cela ne va pas forcément de soi puisque, aujourd’hui, sur les 27 pays membres de l’Union Européenne, seuls quatre d’entre eux seulement figurent parmi les plus puissants du monde. Selon les prévisions, seule l’Allemagne en fera encore partie en 2050 si les Nations ne mutualisent pas leurs forces. «Ce serait terrible car, dans ce tableau pessimiste, l’Europe ne ferait plus partie du G8 et passerait alors sous influence de l’Asie et des Etats-Unis», explique Michel Barnier. Pour éviter cet avenir sombre de l’Europe, il semble indispensable de remettre de l’ordre dans le marché financier et de le moraliser. C’est ce à quoi s’évertue les commissaires européens, dont Michel Barnier : «Je ne lâcherai pas, aucun acteur financier n’échappera à une régulation efficace.»

 

A toute règle existe une exception

 

Loin de ne concerner que les Nations, les collectivités locales également s’intéressent de près au devenir de l’UE puisqu’elles sont notamment destinataires des Fonds d’aide européens. Comme le rappelle Martin Malvy, «ces Fonds représentent 1,4 milliards d’euros en Midi-Pyrénées.» Le FEDER (Fonds européen de développement régional), par exemple, aura permis de signer 1080 contrats avec des PME régionales pour leur permettre d’assurer leur modernisation. Mais le président de Midi-Pyrénées tient également à préciser à Michel Barnier qu’à toute règle, existe des exceptions : «Notre région, la plus grande de l’Hexagone, reste particulière puisqu’elle ne regroupe que 2.9 millions d’habitants. Or si la prochaine attribution des Fonds s’effectue sur le critère du PIB/habitant, il existera un déséquilibre.» A ceci, le commissaire européen répond qu’il fera remonter l’information à qui de droit, en rappelant qu’il faut agir dans l’intérêt de tous. Les cas particuliers ne seraient donc pas une priorité ? Pourtant, c’est bien sur cette question que les eurosceptiques restent réticents : faudrait-il abandonner l’intérêt local, régional, national, au profit de l’intérêt européen ? «Rien n’empêche d’être profondément Français, tout en étant Européen», s’exclame Michel Barnier.

Mais loin de n’être qu’un projet, l’Europe est également réelle et doit représenter une opportunité de développement sur de nouveaux marchés, ce qui ne saute pas aux yeux de tout le monde, notamment de Didier Gardinal, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie régionale : «Les normes qui s’empilent et la fiscalité différente selon les Nations n’encouragent pas à la reprise économique.» C’est ce constat que dénoncent unanimement les entreprises ainsi que les collectivités locales.

 

l’Europe fait encore peur

De gauche à droite, le Sénateur-Maire de Revel Alain CHATILLON, le Commissaire européen au marché intérieur et services Michel BARNIER, Anthony PIERINI Chargé de mission ADEC-NS, Gilbert SALINAS Président de l’ADEC-NS et le Conseiller Général et Maire de Blagnac Bernard KELLER


 

L’Europe ne peut garantir pour l’instant, une uniformisation de la fiscalité, ni du coup du travail ou de sa législation. C’est ce à quoi travaillent les commissaires européens mais ce sontt aussi ces inégalités précises qui dérangent encore les entrepreneurs et qui les inquiètent. Certains chefs d’entreprise ne manquent pas de soulever ce problème, en citant notamment REACH, le règlement sur l’enregistrement, l’évaluation, l’autorisation et les restrictions des substances chimiques. Michel Gossi, directeur de Fin’Tech, entreprise spécialisée en peinture industrielle, s’interroge : «L’UE a-t-elle conscience d’imposer toujours plus de contraintes qui finissent par devenir impossibles à suivre ? Sait-elle que si les entreprises françaises ne parviennent plus à tenir les délais en appliquant les règlementations européennes, les marchés s’envoleront vers d’autres pays ?» Il est clair que les textes législatifs européens devront être précis pour éviter les distorsions d’application et donc de concurrence, mais généralement, explique Michel Barnier, «les règlementations initiées par l’Europe se trouvent durcies par notre propre Etat, la France. Que l’on aborde le problème des chromates, d’amiante, de bisphénol A, ce sont les autorités françaises qui ont décidé de durcir notre législation, il ne faut donc pas se tromper d’interlocuteur», s’impatiente Michel Barnier, tout en reconnaissant  que «les PME peuvent avoir l’impression que le grand marché européen n’est pas fait pour elles !» Le Parlement européen souhaite que ce sentiment s’atténue et travaille en ce sens : «Je crois à la reprise, et elle se fera par les PME lorsque nous aurons amélioré leur écosystème. Si le plancher est cohérent, tout ce qui sera posé dessus tiendra solidement», conclut Michel Barnier.

 

Séverine Sarrat

 



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