Manifestation interprofessionnelle unitaire : « La retraite à 60 ans et à taux plein ! »

 


Le projet de loi sur la réforme des retraites est désormais ficelé et sera présenté en Conseil des ministres mercredi prochain. La CGT, FO, la FSU et Solidaires se sont unis pour dénoncer les termes de ce texte en lançant un appel à la grève, quand la CGC et la CFDT ont préféré « être responsables. » La manifestation qui a eu lieu mardi dernier à Toulouse étant la démonstration concrète de la colère qui gronde chez les salariés.

 

16 000  manifestants selon les organisations syndicales et 4000  selon les autorités. C’est le nombre de personnes qui se sont donné rendez-vous à Compans-Caffarelli le 10 septembre dernier pour scander leur « ras-le-bol » face à un gouvernement « qui prend le problème à l’envers », entend-on dans les rangs des manifestants. C’est également l’avis de Stéphane Borras, délégué départemental de l’Union syndicale Solidaires : « la difficulté principale est la recherche de recettes mais pour le résoudre il faudrait d’abord s’attaquer à l’emploi car moins il est enregistré de chômeurs et plus il y aura de cotisations. » Pour ceux qui sont descendus dans la rue, ce sont les dépenses publiques qui sont la cause de leur grogne, car « les 20 milliards d’euros de Crédit impôt recherche qui ont été alloués au patronat correspondent exactement à la somme manquante pour financer nos retraites », précise Stéphane Borras. Et si le patronat avance l’argument d’une durée de vie plus longue et donc d’un nécessaire rallongement du temps de cotisation, ce n’est pas compréhensible pour le syndicaliste qui précise que la durée de vie en bonne santé, elle, stagne. L’allongement de la durée de cotisations à 43 ans, en 2035, reste donc le principal point de discorde entre le gouvernement et les salariés. « Si nous attendions une reprise de la croissance pour financer les retraites, cette réforme ne serait même pas nécessaire. Pourquoi tant de précipitation ? Pour rassurer les instances européennes en leur donnant des signes d’austérité ? » s’interroge Serge Cambou, secrétaire général de l’UD FO 31. Le mot d’ordre est alors clair : le retrait du projet de loi. Les salariés mobilisés demandent une retraite à 60 ans, à taux plein tout en exigeant du gouvernement qu’il « se penche plutôt sur les emplois et les salaires. »

 

« Dans la droite ligne de la réforme Fillon »

« Et « ils » pensent pouvoir faire passer la hausse des cotisations discrètement lors de la loi de financement de la Sécurité Sociale », s’indigne Jean-Claude Catala de la CGT. Car cet autre point de la réforme agace profondément les salariés. « C’est clairement une manière d’échapper au débat public et de permettre au patronat de se retirer du financement de la protection sociale », réplique Stéphane Borras. Cette question divise d’ailleurs les syndicats de salariés. Pour l’Union syndicale Solidaires, la question qui sera traitée l’année prochaine devrait l’être dès aujourd’hui, quand Force Ouvrière appelle à plus de mesure : « Là encore, nous devrions attendre un signe de redressement de l’économie et discuter avec le patronat avant de se précipiter ! » Mais une revendication les rassemble unanimement, celle d’« arrêter de toujours taper sur les salariés » comme le souligne le représentant de l’US Solidaires : « le patronat tire les bénéfices de notre travail, il est donc normal qu’il participe à l’effort social ! Le vrai débat est en réalité de savoir comment sont réparties les richesses » et pour eux, la mise en place d’un Comité de surveillance des retraites n’y changera rien. « Nous n’avons pas besoin d’observer quoi que ce soit, nous savons très bien comment cela fonctionne », rajoute le délégué FO. Et de poursuivre, « tout cela se place dans la droite ligne de la réforme Fillon ! » C’est également l’avis de S. Borras qui déplore « la tendance du gouvernement à suivre les propositions du Medef. Pire, ce projet de loi confirme et accentue celui de Nicolas Sarkozy en 2010 ! » Il s’agit d’un camouflet pour les manifestants qui accusent François Hollande d’avoir menti lors de sa campagne présidentielle en promettant une retraite à 60 ans, car, « en devant cotiser 43 annuités, il est impossible de prétendre à un taux plein à 60 ans ! »

 

Un cataplasme sur une jambe de bois


Mais tous les syndicats de salariés ne se sont pas mobilisés, à l’image de la CFE-CGC et de la CFDT. Pour les premiers, « la rue n’est simplement pas la seule façon de se faire entendre », explique Gérard Bouillard, président départemental CFE-CGC. Pour les seconds, les accords négociés semblent convenir puisqu’ils se « félicitent de ces mesures de justice. » Ce qui n’est pas le cas pour G. Bouillard. Pour ce dernier, « la réforme est insuffisante mais nous souhaitons des pourparlers. » Le syndicaliste dénonce un cataplasme sur une jambe de bois tout en annonçant que son syndicat dispose de propositions concrètes, notamment la possibilité de rachat des années d’études : « nous souhaitons la mise en place d’une aide de 1 000 € par trimestre ou l’échelonnement sur plusieurs années pour que les jeunes diplômés ne soient pas obligés de prendre leur retraite à 70 ans. »

A l’exception de la CFDT, tous les syndicats de salariés dénoncent donc la future réforme des retraites proposée par le gouvernement Ayrault mais ne se font aucune illusion quant à son passage en Conseil des ministres mercredi prochain. Le parcours parlementaire du projet débutera lui, début octobre pour s’achever au courant de l’automne. « Nous tenterons encore de discuter avec toutes les parties concernées et si nous n’obtenons pas satisfaction, nous nous retrouverons ici, dans la rue, pour clamer notre mécontentement », conclut Jean-Claude Catala de la CGT.

 

Séverine Sarrat

[imagebrowser id=73]

 



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.