Malaise présidentiel

Le Tour de France à peine terminé et ayant une fois de plus démontré, par la ferveur populaire qui le marque au point de le définir, son caractère mythique et l’actualité des constats de Roland Barthes dans “Mythologies” il y a plus de cinquante ans, c’est le malaise du Président Sarkozy à Versailles pendant son jogging qui fait la une de l’actualité depuis dimanche.

 
Quelle que soit la nature du malaise (vagal plutôt que cardiaque selon les commentaires) la personnalisation du pouvoir sous la Vème République et la pratique hypermédiatique du Chef de l’État (on a parlé d’hyper-président) transforme immédiatement l’événement personnel en événement politique d’importance avec son flot de questions quant à la suite du quinquennat : la santé du Président, révélée excellente depuis le dernier bulletin de santé du 3 juillet, fait-elle l’objet d’une communication vraiment transparente (depuis Pompidou, Mitterrand et Chirac, on en connaît les difficultés) ; le Président sera-t-il conduit ou contraint de changer de rythme, imprimant à la fin du quinquennat une autre vitesse, un autre rapport au temps ; les vacances contribueront-elles à dédramatiser un malaise dont l’importance semble toujours proportionnelle à la nature de la fonction de celui qui en est frappé ? ; au-delà des messages traditionnels et républicains – notamment de l’opposition – ce malaise signe-t-il un début inattendu de campagne électorale pré-présidentielle, en marquant le corps du Président d’une faiblesse dont pourrait vouloir profiter une partie du corps politique ; certains voudront-ils instiller l’hypothèse d’un renoncement à une deuxième candidature au point d’oublier que tout Président de la Vème a su surmonter ses ennuis de santé (de Gaulle, Mitterrand, Chirac) en dehors de Georges Pompidou mourant en fonction. Même s’il est bénin, la surmédiatisation de ce malaise crée une nouvelle donne politique que seul le retour du Président à un rythme “sarkozien” pourra banaliser ; suscite une émotion publique qui ne manquera pas d’avoir des conséquences sur les sondages d’opinion et conduit le Chef de l’État à proposer, malgré lui, une nouvelle image sans pour autant passer de l’hyperprésidence à l’hypoprésidence ; le tout sur fond d’une autre information (certains parlent de désinformation) : celle de la grippe A.
En passe de devenir à son tour une forme de mythe : trois mois après l’arrivée du virus et alors que la France ne compte aucun mort, le gouvernement se prépare au pire. Le Professeur Bernard Debré monte au créneau en assurant que «cette grippe n’est pas dangereuse» et que nous vivons quotidiennement une «surmédiatisation politique de l’événement» ainsi «qu’un syndrome apocalyptique» («l’homme a été créé par un virus et il mourra par un virus»). Même les Européens s’inquiètent de l’impact économique de ladite grippe en soulignant que le coût économique de la pandémie (le mot est trop fort et inadéquat dans la situation présente) pourrait varier de 0,7 % à 4,8 % du PIB ; mieux encore dans le domaine de la “catastrophite” (catastrophisme non éclairé en l’occurrence) le cabinet économique Oxford Economics prédit que la pandémie pourrait repousser d’un an à deux ans le redressement de l’économie mondiale ; ce cabinet mettant même en avant l’hypothèse d’une contamination future de 30 % de la population mondiale et tirant les conséquences possibles sur l’activité, «plongeant le monde dans la déflation et une crise profonde marquée par une baisse générale et prolongée de la valeur des biens et des actifs». Horresco referens !
Dès lors n’est-il pas plus sage de s’en tenir à quelques constats sans susciter l’effroi et la panique : le virus est très contagieux mais peu dangereux ; le vaccin n’est pas forcément utile (en cas de mutation du virus) ; il y a une certaine rigidité du principe de précaution désormais inscrit dans la Constitution. Mais la France redoute toutefois 20 millions de malades à l’automne.

Stéphane Baumont


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