Maïté Debeuret ; «Les femmes manquent de confiance en elles»

Maïté Debeuret

Co-fondatrice de la Caravane des Entrepreneurs, Maïté Debeuret a fait de son expérience, un outil de travail pour aider les femmes qui souhaitent se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Après avoir débuté dans le sous-sol de sa maison en créant sa société de conseil, elle est parvenue à développer son entreprise qui a atteint les 700 collaborateurs et 80 bureaux en France. Aujourd’hui, elle se consacre à l’accompagnement des femmes désireuses de devenir dirigeantes de leur propre société à travers la Caravane des Entrepreneurs, la tv des entrepreneurs et le portail internet «entrepreneure.fr».

 Dans quel but avez-vous créé le «portail de l’entreprenariat féminin» ?

J’ai constaté, qu’en 1998, nous n’étions que 90 femmes en France à être membres de Conseils d’Administration d’entreprises de plus de 500 salariés. Il est vrai que les choses ont évolué, mais pas tant que cela finalement. Dans les années 2000, quand Renaud Dutreil était secrétaire d’Etat, puis ministre des PME, il a créé un ministère de la parité qui a œuvré pour l’entreprenariat féminin. C’était indispensable car, partout où j’allais, j’étais la seule femme et j’ai pris conscience qu’il y avait un problème. J’ai alors fait beaucoup de recherches et émis des hypothèses que j’ai pu vérifier sur le terrain grâce à la Caravane des Entrepreneurs, en rencontrant des milliers de femmes, celles que j’appelle «la majorité silencieuse.» En les écoutant, j’ai compris leur blocage et me suis aperçue qu’ils étaient les mêmes que l’on soit ingénieur, ouvrière, mère au foyer, quel que soit le milieu social et l’origine. J’ai donc constaté que le problème venait très en amont du projet. Certes notre fameux héritage socio-culturel ne change pas, les femmes s’occupent toujours des enfants et des tâches ménagères, mais alors pourquoi certaines dépassent tout ça et pas d’autres ? Je publie des interviews sur le «portail» pour trouver des réponses et démontrer aux femmes en question que tout est possible.

 Quel est donc votre rôle auprès de ces femmes qui souhaitent créer leur entreprise ?

A travers le portail (créé en 2011), je leur donne l’envie d’aller au-delà du projet grâce aux 140 exemples de femmes qui ont créé ou repris des entreprises. Je voulais aussi casser les stéréotypes. Plutôt que de se lamenter sur notre triste sort, les enfants à charge, les tâches ménagères, il faut trouver une motivation et c’est cela qui déterminera la réussite du projet. Certaines ont commencé avec rien, en cumulant deux emplois et ont fini par réussir, ce qui prouve qu’il n’est pas nécessaire d’être une héritière pour y arriver.

«On régresse !»

 Qu’est-ce qui freine une femme dans son projet de création d’entreprise ?

Aujourd’hui, il y a un réel problème dans l’entreprenariat féminin. Dans ce domaine, on essaie de nous faire croire que les hommes et les femmes sont différents, qu’une femme aura plus de mal à décrocher un financement, mais ce n’est pas vrai. En fait, le problème se trouve au-delà de tout cela. Quand les hommes évolue et calcule «en conquête», les femmes, elles, pensent «défense». Et c’est de pire en pire ! Aujourd’hui, on régresse. On recense de moins en moins de création d’entreprises faite par des femmes : selon les statistiques au trimestre du greffe du tribunal de commerce de Paris, j’ai constaté qu’entre fin 2009 et fin 2010, nous sommes passés de 21% de dirigeantes d’entreprise à 19% et de 23% de créations à 21%.

 Comment interprétez-vous ces chiffres ?

Je pense que le phénomène des auto-entrepreneurs a fait son effet. Il y a eu énormément d’inscriptions mais celles qui ont vraiment bien utilisé ce statut l’ont fait en tant que tremplin ou qu’activité secondaire. Je pars du principe que l’on s’inscrit en auto-entrepreneur pour ne pas prendre de risque et cela témoigne de la différence de motivation de celles qui se lancent. De plus, j’ai constaté beaucoup de déperdition ! Les femmes dont l’auto-entreprise ne marche pas, viennent nous voir sur la Caravane des Entrepreneurs en pensant qu’elles ont échoué et personne ne les y a préparées. L’accompagnement en amont du projet n’existe quasiment pas, pourtant il est indispensable de réaliser un travail de diagnostic personnel pour savoir si les femmes souhaitent faire réellement aboutir leur projet. Malheureusement, l’accompagnement ne se fait qu’au niveau du projet, au moment où la différence homme/femme ne se fait plus sentir.

 Concrètement, que faut-il faire pour encourager les femmes à se jeter à l’eau ?

Les femmes, avec la crise, font les frais de la précarité. Il y a donc urgence à les aider à créer leurs entreprises puisque le salariat va être de plus en plus difficile. Pour cela, il faudrait développer les formations à distance, le coaching par exemple, comme ce que je fais avec la «Caravane des entrepreneurs». Le simple fait de les écouter, de les prendre au sérieux, de les valoriser les aide car beaucoup de femmes manquent de confiance en elles.

 Vers une démarche active

 Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui voudraient se lancer ?

En premier lieu, il faut qu’elles apprennent à aller vers les autres, même si elles sont isolées, en zone rurale. Ainsi, elles pourraient entrer en relation avec des femmes qui ont le même problème qu’elles. J’aimerais que l’on crée de l’échange de proximité car, deux femmes qui ont un projet sur la même zone auront des problèmes identiques et pourront s’épauler sans structures institutionnelles, former des réseaux informels. Il faut que les femmes passent dans une démarche active plutôt que passive.

 38% des e-commerçants sont des femmes, comment l’expliquer ?

Il est vrai que certaines femmes ont pu vivre des success story sur internet mais cela reste une minorité car beaucoup de tentatives ont avorté. Elles peuvent commencer à travailler sur un projet d’entreprise chez elles, vouloir créer un site internet mais leur laisser penser que ce sera plus facile si elles restent chez elles, est une erreur. Cela arrange tout le monde que les femmes restent à la maison, on leur fait croire qu’elles vont s’éclater à bidouiller leur site internet de chez elles, qu’elles vont allaiter tout en répondant au téléphone aux clients, mais c’est faux. Celles qui ont réussi dans ce domaine ont été de vraies professionnelles et elles n’ont jamais travaillé de chez elles.

 Disposez-vous de chiffres, de statistiques par région et notamment en Midi-Pyrénées ?

Non, je n’ai rien. A croire que l’on ne veut pas que ces chiffres soient connus… nous avons vraiment du mal à les trouver. Cherche-t-on vraiment à connaître la situation actuelle ? Quand on me parlait de féminisme il y a 15 ans, je rigolais mais maintenant… Le féminisme n’est pas la guerre des sexes, c’est simplement vouloir rétablir l’équilibre et nous en sommes loin.

Propos recueillis

par Séverine Sarrat



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