Les Moineaux face au rapport Gallois: Les petites entreprises oubliées des politiques financières

Le mouvement des Moineaux, composé de petits entrepreneurs français, pointent du doigt le rapport Gallois qu’ils jugent incomplet. Si le gouvernement Ayrault a pris la mesure de l’urgence économique, les réponses apportées ne leur semblent pas suffisamment tournées vers les start-up et PME. Mathieu Pauc, membre du mouvement des Moineaux, en explique les raisons.

 

Les réponses apportées par le gouvernement Ayrault satisfont-elles les Moineaux ?

Il y a plusieurs réponses de la part du gouvernement suite au rapport Gallois : certaines restent satisfaisantes comme la stabilisation, sur le moyen terme, des dispositifs existants et qui nous concernent souvent (statut de jeune entreprise innovante, dispositif de défiscalisation ISF par investissement dans une PME). Mais la majorité des réponses ne nous concerne clairement pas directement, ou semble avoir des effets trop lointains et trop imperceptibles pour nous. C’est pourquoi la globalité de la réponse apportée est encore insuffisante par rapport aux enjeux de la situation économique.  Il faut savoir que nos petites et moyennes entreprises, qui sont les premiers employeurs en France, peuvent apporter un gisement de 200 000 nouveaux emplois par an, si on les soutient par un plan plus audacieux, plus focalisé sur les PME et plus encore sur les start-up que ne l’est le plan actuel.


Pensez-vous que les start-up et les PME ont été oubliées du rapport Gallois ?

Non mais il est évident que ce rapport ne les cible pas en priorité. Il a été réalisé par un ancien haut fonctionnaire et grand industriel de renom, mais qui ne connaît sans doute pas la réalité des difficultés que peut connaître un «Moineau» lorsqu’il se trouve dans la phase critique du lancement de son activité entrepreneuriale. Son rapport néanmoins ne nous écarte heureusement pas complètement des enjeux de compétitivité et d’emploi : il comporte quelques mesures nous concernant directement, comme le Small Business Act favorisant l’accès des PME aux marchés publics. En résumé, des propositions pour les PME sont à saluer dans le rapport de M. Gallois, qui reste cependant trop global et trop tourné vers l’industrie. Il ne fait pas le focus sur la spécificité des start-up dont les Moineaux rêvaient.

 

Pas de bouffée d’oxygène


Pensez-vous, par voie de conséquence, qu’elles l’ont été du gouvernement ?

Le gouvernement est resté finalement assez fidèle au périmètre qu’a tracé M. Gallois. Il faut quand même noter une déception qui caractérise encore la différence des prismes de vue entre d’un côté grandes entreprises, et PME bien établies ou «intermédiaires», et de l’autre start-up ou PME plus modestes. En effet, pour la mesure principale du crédit d’impôt compétitivité-emploi, il faut comprendre qu’un Moineau aurait préféré voir diminuer les charges qu’il va payer chaque mois, plutôt que de voir annoncé ce crédit d’impôt, qui compte tenu de l’activité très aléatoire des start-up est un dispositif dont il ne peut vraiment ressentir ni programmer les bénéfices comme le feront les grandes entreprises. Sommes toutes, ce crédit d’impôt reste une bonne nouvelle, mais on ne peut pas parler d’une grande «bouffée d’oxygène» pour les Moineaux.


Les Moineaux souhaitent être reçus par le gouvernement pour lui soumettre leurs propositions. Quelles sont-elles ?

Les propositions lancées par une récente tribune des fondateurs du mouvement des Moineaux concernent un plan complémentaire qui comporterait pour la première fois en France, une batterie de mesures concernant uniquement les start-up et les PME. On parle donc de régimes provisoires, et d’attentions particulières pour de jeunes pousses prometteuses mais fragiles.

 

La tribune des Moineaux fait état d’un «accord confiance Start-up». En quoi consiste-t-il ?

Les pouvoirs publics doivent faire confiance et soutenir les entrepreneurs de manière provisoire, pendant la phase de création, c’est-à-dire pour les premières années, et pour les premiers salariés. D’abord en libérant du poids du Code du travail dans la relation particulière qu’il existe entre un jeune entrepreneur et ses tout premiers salariés, en ce qui concerne le droit social et le droit des sociétés, c’est ce qu’on appelle «l’esprit Start-up». D’autres propositions simples, raisonnables, et provisoires, complètent cet accord de confiance et peuvent avoir à nos yeux un effet de levier inouï sur la croissance et l’emploi en France.

 

«Je reste optimiste»


Il est également question de «Small Business Act audacieux»…

Le Small Business Act proposé par les Moineaux comporte à ce jour trois demandes clés. D’abord nous libérer sur le plan administratif en mettant en place un guichet unique dématérialisé pour nos formalités, et qui nous apporterait également assistance comptable, juridique, financière, en ressources humaines, propriété intellectuelle, etc… Ensuite, réserver un quota clair de 40% à terme des marchés publics aux PME. Et enfin, pour ce qu’on appelle souvent «le nerf de la guerre», pour aider à notre financement, il faut un dispositif fort d’incitation à l’investissement dans les PME. Malheureusement le projet de loi de finances pour 2013, tel qu’il a été réaménagé, a créé de la dissuasion plutôt que d’inciter à aider des «Moineaux» en les finançant.
Au regard des mesures annoncées par le gouvernement, comment voyez-vous l’avenir des start-up et des PME ?

Il est difficile de prévoir les choses, mais je pressens un avenir en demi-teinte parce qu’être entrepreneur en France, ce n’est pas toujours bien vu. Or, pour développer des start-up et des PME, il faut des entrepreneurs motivés et si possible soutenus au moins psychologiquement par l’ensemble de la société. J’espère que le mouvement des Moineaux participe à faire comprendre que nous ne sont pas des «rapaces». Mais je reste optimiste, car une première réaction du gouvernement a eu lieu, même si pour nous, Moineaux, elle reste insatisfaisante ; je sais que subsisteront toujours des aventuriers de la création entrepreneuriale. J’espère simplement qu’ils seront assez nombreux.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat



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