Les commissaires aux comptes en alerte

Avec l’arrivée du printemps les manifestations se succèdent le plus souvent pour s’opposer aux réformes proposées par le gouvernement. Certaines sont quasi cycliques, c’est le cas pour l’éducation nationale avec des enseignants qui ne souhaiteraient être dirigés que par eux-mêmes.
 

D’autres sont si surprenantes qu’elles sont passées inaperçues. Pourtant à y regarder de plus près, elles revêtent un caractère essentiel pour l’économie de notre pays ! Or les médias et le public ne sont sensibles qu’aux mouvements de masse et dans ce domaine les commissaires aux comptes ne peuvent rivaliser avec les routiers ou les marins pêcheurs.
De plus cette profession qui n’a jamais fait parler d’elle, ne s’est pas résolue à descendre dans la rue par souci de corporatisme, mais tout simplement pour s’opposer à une menace que la réforme projetée sur la sécurité financière fait peser sur l’économie de notre pays. En effet sous le prétexte d’alléger certaines procédures pour dynamiser notre économie, la Ministre de l’Economie Christine Lagarde souhaite faire sauter des verrous qui sont pourtant les gardes fous sans lesquels des dérives sont à craindre. Une explication s’impose. Pour faciliter la croissance de certaines entreprises, il a été créé des SAS (Société par Actions Simplifiées) qui font appel à des financements privés pour des opérations d’intérêt général.
Jusqu’à ce jour, ces sociétés étaient soumises au contrôle des commissaires aux comptes pour éviter des dérives toujours possibles, mais aussi pour constituer d’éventuelles alertes pour des chefs d’entreprises le plus souvent demandeurs de tels contrôles dont la qualité justifie largement le coût. Or l’article 14 du projet de loi de modernisation prévoit un seuil à fixer par décret au dessous duquel ces SAS ne seront plus soumises au contrôle précité. Une telle disposition si elle venait à être adoptée, rendrait les investisseurs éventuels d’autant plus prudents qu’ils pourraient craindre des dérives mafieuses sans préjuger du fait que le contrôle n’a jamais été un frein à la croissance dont notre pays a tant besoin pour augmenter un pouvoir d’achat en berne.
Ce n’est pas en adoptant une posture anglo-saxonne dont on a pu enregistrer les dérives avec Eron ou encore les Surprimes, que l’on pourra redresser l’économie de notre pays même si celle qui en a la charge est imprégnée de sa culture. Il semble d’ailleurs que Madame Dati ministre de tutelle des commissaires aux comptes pas plus que le rapport Attali n’aient évoqué ou apporté leur soutien à de telles dispositions. Et si toutefois on veut aborder la question du corporatisme, oui bien sûr, en cas d’adoption du projet la profession serait touchée et mettrait un certain nombre de spécialistes dans la difficulté. On ne réforme pas sans concertation, les commissaires aux comptes y sont prêts, mais pas pour nuire à ce qu’ils considèrent être de l’intérêt général.
Toulouse le 20 mai fut un galop d’essai avec 250 manifestants devant le palais de justice, Paris suit le 27 mai. On ne doit pas réformer pour le simple plaisir de le faire et par-dessus tout contre les conseils et les avis de ceux qui vivent leur métier au quotidien.

F.M


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