Les clubs d’entreprises : Un système mal connu et pourtant vertueux

Le réseautage d’affaires est désormais pratique commune pour les entrepreneurs, notamment ceux de la région toulousaine, réputée pour son maillage dense et la présence importante de clubs d’entreprises. Mais sait-on réellement à quoi servent ces réseaux, la façon dont ils fonctionnent ? Finalement, plutôt opaque, ce système semble pourtant générer de nombreux avantages pour les entrepreneurs qui y adhérent, même si s’y faire accepter ou y trouver sa place n’est pas toujours aisé.

 

Troisième ville de France où l’on twitte le plus, Toulouse et ses habitants savent pertinemment ce qu’est un réseau et en maîtrisent plutôt bien son utilisation. Pourtant, accolé au terme « affaires », le mot semble déranger. Pour les entrepreneurs avertis, évoluant dans les secteurs qui utilisent des nouvelles technologies ou dans de grandes sociétés, aucun problème d’adaptation mais, pour les artisans, les petits commerçants ou le quidam, la dénomination de « réseau » porte souvent une connotation négative, voire obscure, beaucoup faisant l’amalgame avec des organisations telles la Franc-Maçonnerie. « Le mot « réseau » évoque pour beaucoup une économie souterraine mais il s’agit-là d’une méconnaissance de ce fonctionnement. En réalité, un club d’entreprises est tout sauf malveillant, puisqu’il vise à aider les dirigeants et les cadres à développer leur société, à faire des affaires », explique Jérôme Pironnet,    directeur régional de BNI (Business Network International), réseau d’affaires professionnel basé sur la recommandation mutuelle. Car l’objectif premier de ces clubs d’entreprises reste de mettre en relation des sociétés susceptibles de travailler ensemble et de leur permettre d’enrichir leur carnet d’adresses. « Il s’agit avant tout de partager sa propre expérience et d’apprendre de celle des autres », précise Sophie Iborra, présidente et fondatrice du club paritaire Exaequo.
Généralement, les entrepreneurs se réunissent autour d’une passion, d’un centre d’intérêt ou d’une cause à défendre, tels le rugby pour le club de la Table Ovale, l’égalité professionnelle femme-homme pour Exaequo, ou simplement le partage de connaissances pour BNI. Le point commun à chaque « club » restant la volonté de se fédérer pour « faire du business », mais tous ne l’évoquent pas aussi clairement, à la différence de BNI : « nous nous organisons en réseau pour développer nos affaires, il ne sert à rien de le nier ! Nous remercions les entrepreneurs qui nous ont permis de finaliser un contrat et nous parlons ouvertement de nos chiffres d’affaires. Je comprends que cela puisse en interpeler certains, mais c’est pourtant ce pourquoi nous existons ! » avoue Jérôme Pironnet.

 

L’influence d’un réseau

 

Ainsi, régulièrement, des réunions sont organisées par les clubs d’entreprises sur des thèmes divers et variés, durant lesquels les membres échangent. « C’est une façon de se retrouver entre gens qui partageons la même passion, à savoir le rugby, et à l’occasion, de faire des affaires. Cela évite que des dirigeants vous acculent dans un couloir pour vous vendre leur dernier produit comme c’est parfois le cas », explique Carlos Zalduendo, président de la Table Ovale. « C’est aussi un moyen de sortir l’entrepreneur de son isolement relationnel, lui offrir l’opportunité de rencontrer des homologues qui jonglent avec les mêmes difficultés au quotidien », précise Jérôme Pironnet. Mais outre les centres d’intérêt fédérateurs, certains réseaux ont acquis une influence et une réputation qui dépassent le cercle des entreprises membres. A la Table Ovale, par exemple, « n’importe qui ne rentre pas ! Nous ne cherchons pas forcément la quantité mais la qualité. D’ailleurs, il est obligatoire d’être parrainé par deux adhérents », indique son président. Ainsi, si le relationnel d’un chef d’entreprise n’est pas déjà bien étayé, il sera difficile d’intégrer le réseau. Sélection naturelle ou simple précaution pour garantir aux membres un réseau influent ? Tous les clubs confessent devoir « faire un tri » : « nous imposons à nos futurs membres de candidater avec une femme et un homme », souligne Sophie Iborra. Quant à la concurrence, elle n’est pas acceptée dans tous les réseaux. BNI notamment, organisé en plusieurs groupes, « n’intègrera jamais une entreprise d’un secteur d’activité si un concurrent est déjà membre » tandis qu’Exaequo et la Table Ovale ne pratiquent pas l’exclusivité, « à condition que la concurrence reste loyale », estime bon de préciser Carlos Zalduendo. Les règlements de chacun sont donc clairs, mais qu’en est-il d’une possible rivalité entre les réseaux eux-mêmes ? A priori, elle n’existe pas ou peu, car, fédérés autour de supports différents, ils n’entrent pas en concurrence, et même, « les clubs d’entreprises se complètent », clament à l’unisson les représentant de la Table Ovale, d’Exaequo et de BNI.

 

Pour recevoir, il faut donner

 

Tous s’accordent à dire que l’organisation en réseau est un dispositif vertueux, mais l’exercice devient pernicieux lorsque les clubs, victimes de leurs influences, sont approchés par les personnalités politiques. « Il n’y a aucun mal à ce qu’un homme ou une femme politique intervienne dans des dîners-débats, au contraire, mais il faut veiller à travailler avec et non à soutenir, ce qui n’est pas forcément le cas pour tous les clubs », constate Sophie Iborra. Mais cela n’est jamais visible et bien sûr, jamais reconnu, « rien ne se passe de façon ouverte » poursuit-elle. Toulouse semble d’ailleurs avoir la réputation de fonctionner par réseau « souterrain », les informations circulant d’abord par le bouche-à-oreille avant d’être officialisées, en témoigne Jérôme Pironnet : « Lorsque je suis arrivé de Paris, j’ai été surpris du réseautage qui existe dans la ville rose. Même pour chercher un emploi, une annonce est souvent déjà pourvue lorsqu’elle paraît au grand public, le poste étant souvent pris grâce à des relations internes. Mais finalement, une fois que l’on comprend le fonctionnement, le système est plutôt vertueux. » Une nouvelle fois, tout est affaire de relation, autant alors les travailler. Certains même rejoignent les réseaux dans le seul but de vendre leur produit, « les affaires restant les affaires », ironise Jérôme Pironnet, tout en relevant que ceux-là sont généralement rapidement identifiés. « On ne peut pas intégrer un club d’entreprises pour prendre de l’argent et ne rien donner en échange, cela ne fonctionne pas comme ça » précise-t-il. Et Carlos Zalduendo de rajouter : « celui qui ne fait que prendre sans jamais donner ne correspond pas à l’esprit du club d’entreprises. » Sophie Iborra constate même que, généralement, ces entrepreneurs « profiteurs » partent d’eux-mêmes, « sans faire de vagues ». Cette expression semble d’ailleurs être de mise dans le monde des réseaux d’affaires où « l’argent est un gros mot quand, toutefois, les membres sont là pour cela », où l’influence n’est avouée qu’à demi-mot, quand les plus grandes entreprises s’unissent pour affaires, où la politique n’a pas sa place quand les accointances sont pourtant connues. L’omerta ! Personne ne souhaite critiquer les groupes d’affaires… et encore moins les groupes d’affaires eux-mêmes. Mais « business is business !»

 

Séverine Sarrat



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