Le village gaulois qui résiste à la crise

Alain Di Crescenzo, président de la CCIT

Comme chaque année, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Toulouse a mené son enquête pour établir une conjoncture de l’économie en Haute-Garonne.
L’étude fait état d’une croissance de 5,1% du chiffre d’affaires global des entreprises en 2011 et de 2,5 % de l’emploi salarié.
Toutefois, les perspectives pour l’année 2012 suscitent des inquiétudes et tous les secteurs d’activité ne sont pas homogènes face à la crise économique subie par la zone euro.
En collaboration avec la Ban-que de France, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Toulouse s’est lancée dans une vaste opération visant à établir un état des lieux de l’économie locale, et ce, pour la dixième année consécutive. «Nous avons affiné notre outil d’analyse en incluant 1 700 entreprises dans notre pa-nel d’étude, soit 100 000 emplois, l’objectif étant de coller aux réalités du tissu économique», explique Alain Di Crescenzo, président de la CCIT. La photo du paysage économique prise par cette enquête révèle un dynamisme certain des entreprises hautes-garonnaises et un bon résultat global pour 2011. Aux regards des filières, de la taille des entreprises, de leur localisation et de leur évolution de croissance, le bilan reste relativement stable, même si le premier trimestre 2012 annonce un déclin dans presque tous les secteurs d’activité. Par ce système de veille, la CCIT espère ainsi renforcer son action auprès des entreprises en difficulté et se rendre plus efficace.

Anouk Déqué explique que l’enquète porte sru le Grand Toulouse, la première et deuxième couronne ainsi que sur le Comminges

En collaboration avec la Banque de France, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Toulouse s’est lancée dans une vaste opération visant à établir un état des lieux de l’économie locale, et ce, pour la dixième année consécutive. «Nous avons affiné notre outil d’analyse en incluant 1 700 entreprises dans notre pa-nel d’étude, soit 100 000 emplois, l’objectif étant de coller aux réalités du tissu économique», explique Alain Di Crescenzo, président de la CCIT. La photo du paysage économique prise par cette enquête révèle un dynamisme certain des entreprises hautes-garonnaises et un bon résultat global pour 2011. Aux regards des filières, de la taille des entreprises, de leur localisation et de leur évolution de croissance, le bilan reste relativement stable, même si le premier trimestre 2012 annonce un déclin dans presque tous les secteurs d’activité. Par ce système de veille, la CCIT espère ainsi renforcer son action auprès des entreprises en difficulté et se rendre plus efficace.

Perspectives générales

Mais ces conclusions doivent être reliées au contexte économique actuel, tant aux niveaux mondial, européen que national. Un ralentissement général de l’économie internationale n’a échappé à personne ; même la Chine, jusqu’à présent épargnée par la crise de 2008, se retrouve fortement secouée depuis 2011. En recentrant l’observation sur la zone Euro, Patrick Berger, directeur régional de la Banque de France note que «les pays d’Europe du Sud tire les prévisions vers le bas. En effet, le FMI prévoit, pour 2012, une croissance négative de -0.5 % due aux assainissements budgétaires entamés par les pays de la zone. Toutefois, la France s’en sortirait bien puisque la même instance lui confère 0.2 % de croissance pour l’année 2012.»
Dans l’Hexagone, le PIB (Produit Intérieur Brut) a rebondi au troisième trimestre 2011 après un contrecoup négatif dû à la baisse substantielle de la consommation des ménages, elle-même engendrée par la fin de la prime à la casse notamment. En parallèle, le cycle des stocks qui a soutenu la reprise jusqu’à aujourd’hui, semble s’épuiser, ce qui implique une dégradation de l’indice de climat des affaires dans l’industrie depuis 2011.
En Midi-Pyrénées pourtant, les courbes se placent au-dessus du niveau national traduisant une bonne santé de l’économie régionale grâce, il faut bien le reconnaître, au secteur de l’aérospatial. Pour affiner la conjoncture actuel-le, le bilan des différentes filières n’est toutefois pas le même. En effet, même si les résultats 2011 ont été meilleurs que ceux estimés, les prévisionnistes s’attendent à une poursuite de la croissance dans le domaine industriel et des services mais aussi à une baisse conséquente dans le bâtiment.
Les TPE en difficulté

«L’année 2011 a été plus positive pour les entreprises, et même au-delà de nos prévisions», se félicite Alain Di Crescenzo. Et, effectivement, le chiffre d’affaires des sociétés de Haute-Garonne a augmenté de 5.1 %, amenant ainsi le département à renouer avec une forte croissance ainsi qu’avec l’emploi qui gagne 2.5 % en 2011. Ces résultats restent relativement stables depuis dix ans, témoignant d’une bonne résistance de la Haute-Garonne à la crise. Face aux chiffres nationaux, le département fait figure de village gaulois. Le bon allant de l’industrie et de ses services permet donc à l’emploi de trouver une nouvelle dynamique et de relancer les moyens de production, utilisés à 80 % chez Airbus par exemple.
L’étude de la CCI s’est aussi penchée sur le facteur de la taille des entreprises pour expliquer les données recueillies. Les sociétés de moins de vingt salariés semblent en difficulté financière et incapables d’assurer leur fonds de roulement. Plus exactement, 31 % des TPE s’avoue en situation de fragilité extrême alors qu’elles n’étaient que 23 % en 2010.

Les PME maintiennent la croissance

Globalement, «les entreprises du département s’avèrent réactives, volontaires et ambitieuses ; elles créent de la valeur et de l’emploi et inscrivent la Haute-Garonne dans une dynamique de croissance», souligne Alain Di Crescenzo. Cependant, les prévisions pour l’année en cours ne se trouvent pas à la hauteur des années précédentes, notamment à cause du climat de confiance des entreprises qui sera revue sérieusement à la baisse. Le chiffre d’affaires 2012 ne devrait atteindre que 2.9 % (contre 5.1 % en 2011) et les emplois, soutenus notamment par les services aux entreprises, que 1.7 % (contre 2.5 % en 2011). Ce sont les entreprises de 20 à 49 salariés, qui ont surperformé en 2011, qui sortiront leur épingle du jeu en 2012 par leur maintien à 4.4 % de croissance. Ce sont ces dernières, les Entreprises à Taille Intermédiaire (ETI) ainsi que les PME qui tireront la croissance du département vers le haut. Et, bien sûr, les sociétés industrielles plus particulièrement, apparaîtront comme de grands leviers, contrairement aux entreprises du bâtiment qui, elles s’attendent à une année 2012 très difficile. Les inquiétudes sont d’autant plus prégnantes à l’arrivée des échéances électorales qui restent traditionnellement une période d’attentisme, peu propices à l’essor entrepreneurial. Cette année, en plus, l’augmentation du chômage, la hausse des coûts des matières premières, la perte de pouvoir d’achat et la crise de la dette font redouter le pire, même aux plus optimistes.

Services ; Décélération de l’activité

Patrick Igon, président de la Commission Services

Les activités du secteur, qui représente 50% des entreprises en Haute-Garonne, étaient en nette hausse, dans la continuité des tendances engagées depuis dix ans. Preuve d’un secteur en pleine expansion, pour la seule année 2011, les services ont enregistré une augmentation de 5.6% de leur chiffre d’affaires. D’ailleurs, les services aux entreprises boostent particulièrement l’emploi départemental.
Seul bémol, selon Patrick Igon, président de la Commission Services, « Les transports ! Avec l’augmentation des carburants, la perspective est inquiétante.» Cette branche du secteur des services pourrait amoindrir la croissance en 2012 qui reste toutefois encourageante.

 Construction/Immobilier ; Des incertitudes pour 2012

Thierry Dumas, vice-président de la CCIT

Le bilan pour l’année 2011 reste encourageant pour le secteur puisque les études font état de 5.1 % de croissance, ce qui s’avère plus que satisfaisant au vu des prévisions qui avaient été annoncées. Toutefois, les chefs d’entreprise de l’immobilier s’avouent inquiets car ils commencent déjà à sentir un ralentissement du marché et prévoient une baisse conséquente pour les deux premiers trimestres 2012.
En ce qui concerne les activités des agences et des promoteurs, une baisse de 1.2 % a été enregistrée, soit 25 % de vente de logements neufs en moins sur l’agglomération toulousaine. Ce phénomène implique une réduction des emplois sur le secteur et les prévisions n’augurent rien de meilleur. Sur un million et demi de postes, 60 000 seront perdus au cours de l’année.
Pour Thierry Dumas, vice-président de la CCIT, «quand le bâtiment va, tout va ! Malheureusement, cet adage n’est plus vrai, du moins en Haute-Garonne.» Les entreprises du bâtiment, des Travaux Publics ou de la construction immobilière n’ont pas profité des derniers rebonds de l’année 2011, les prix étant en baisse, leurs marges se sont considérablement réduites. «Mais ceci est un problème interne à la profession qui ne parvient pas à se régulariser, à convenir de prix», explique Thierry Dumas.
Si le besoin est toujours là (12 000 nouveaux arrivants en Haute-Garonne chaque année), les professionnels du bâtiment tentent de rester optimistes à long terme, mais il s’agira d’abord de pouvoir survivre à court terme.

Industrie ; La croissance au rendez-vous

Pascal Lannette, président de la Commission Industrie

L’industrie de Haute-Garonne s’avère florissante en affichant fièrement 7.5 % de croissance en 2011. Contrairement aux idées reçues, l’aéronautique ne serait pas le seul secteur à se couvrir de lauriers, puisque l’agro-alimentaire, l’électrique et l’électronique se portent plutôt bien. Les entreprises de métallurgie, de biens intermédiaires, sont, elles sous surveillance car génératrices d’emploi : en 2011, elles ont enregistré 9 % d’augmentation des embauches. A l’inverse, les biens de consommation tels les textiles ou les meubles, seraient les plus en danger, entamant leur quatrième année de récession.
Pour Pascal Lannette, président de la Commission Industrie de la CCIT, «la chose est un peu plus compliquée ! L’important reste la marge et non les chiffres.» Malgré quelques nuances, l’industrie se porte bien par rapport aux autres secteurs et l’enquête de la Chambre de Commerce et d’Industrie montre un retour de la confiance des entrepreneurs. Ceci est principalement dû à la bonne santé de l’aéronautique, et plus précisément d’Airbus qui produisait plus de 730 avions en 2011, mais aussi du secteur électronique, ferroviaire… La diversification des entreprises restent essentielle pour une sécurité économique régionale. Il est indispensable de ne pas miser tous les moyens sur une seule activité pour pouvoir se retourner en cas de crise du secteur.

 Commerce ; Confirmation de reprise en 2012

Christine Le Galo, présidente de la Commission Commerce

L’année 2011 a marqué un retour à la croissance de 2 % pour le secteur du commerce, après deux ans de repli. Cette performance d’ensemble a été tirée vers le haut par le commerce de gros et la grande distribution. A l’inverse, les activités de l’alimentaire et de l’équipement de la personne ont perdu 15 points, victimes de la conjoncture actuelle défavorable.
La présidente de la Commission Commerce de la CCIT, Christine Le Galo, impute les modifications enregistrées au développement du “m” et du “e-commerce”, ce dernier «affichant 38 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit une augmentation de 22 %.» Mais de plus en plus, la vente sur internet devient complémentaire des boutiques, et inversement ; «ils travaillent l’un avec l’autre et non l’un contre l’autre. Par exemple, les «drive» ne concurrencent pas le commerce physique, il vient juste en complément», explique Christine Le Galo. Et si les comportements des commerçants évoluent, celui des consommateurs changent également : «selon une étude, 77 % des clients ont une bonne opinion de leurs commerçants mais souhaiteraient une offre de produits plus diversifiée, des labels de qualité et des opérations dans les quartiers», constate la présidente de commission. En effet, le commerce dit ”physique” doit se diriger vers la qualité et la proximité s’il veut garder sa bonne croissance.
En ce qui concerne les perspectives, le secteur du commerce annonce de faibles intentions de recrutement pour 2012, soit une augmentation de 0.8 %. Mais même faible, la reprise n’est pas négligeable puisque le secteur n’avait plus développé l’emploi depuis 2006.

Dossier réalisé par Séverine Sarrat



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