Le retour des utopies ?

Au-delà de la surmédiatisation de la victoire de Desjoyaux au “Vendée-Globe” (une arrivée en direct sur LCI et BFM), du rugby envahissant tout un après-midi de Canal+ (le samedi est désormais ovalien), du championnat du monde de handball et de la finale Federer-Nadal ; autant que les critiques du Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim qui attend du Pape des «réponses claires» après la levée de l’excommunication de Mgr Williamson ayant nié la Shoah, ce sont les conséquences de la journée de grève du jeudi 29 janvier qui suscitent interrogation, commentaire et réflexion.
L’historien Nicolas Baverez donne le “la” : «La crise», déclare-t-il «ouvre un espace politique béant pour les utopies ou les critiques radicales de la démocratie et du capitalisme. Ces dérives ne doivent pas être encouragées ni flattées mais combattues par la pédagogie».
Espace politique béant dans lequel s’engouffrent déjà (la nature politique ayant horreur du vide) Olivier Besancenot et son Nouveau Parti Anticapitaliste, Jean-Luc Melenchon et son nouveau “Parti de gauche” dont le Congrès constituant du 1er février résonnait aux accents patriotiques et républicains d’une gauche semblant réactualiser l’équation «1793 + 1848 + 1936».

 
Si Besancenot, «c’est le marxisme plus quelque chose» (selon le chercheur Vincent Tiberj) il y a une vraie différence entre la popularité attachée à sa personnalité et le parti qu’il incarne. En position de leadership à gauche de la gauche, il est néanmoins concurrencé par le PCF, le Parti de Gauche qui lui lance déjà des propositions d’alliance sur fond d’Européennes et de Régionales, Lutte Ouvrière. Assiste-t-on à une balkanisation de “la gauche de la gauche” en quête de sa nouvelle “révolution” ou à la formation d’un front cherchant l’affrontement avec le Président Sarkozy et l’UMP ?
«Il est temps», lance Olivier Besancenot, «de tourner la page du vieux mouvement ouvrier pour écrire une nouvelle page vierge et de regrouper tous ces héros de la vie quotidienne qui n’ont plus envie de se laisser faire.» Face à la démocratie providentielle, voilà donc que se met en place une démocratie existentielle qui veut redonner une historicité aux chômeurs et à tous ceux, exclus, qui ont le sentiment d’être sans avenir. Avec l’icône de Che Guevara plutôt que Trostski, le rap plus que l’Internationale, il y a incontestablement un “effet Besancenot”. Difficile à endiguer par Melenchon qui lui a grillé la politesse de la naissance, il est contesté par Martine Aubry replaçant le PS en première ligne dans l’opposition, voulant, avec Benoît Hamon, venu de l’aile la plus à gauche du parti, «capter une partie de la radicalité de la société pour lui donner un débouché politique et faire du PS “la principale force de l’opposition”, la seule capable pour les Français de s’opposer aux dérives actuelles.» Mais la gauche ne semble pas avoir crevé tous ses abcès idéologiques ; ce qui la conduit à devoir affronter dès maintenant la montée de l’extrême-gauche, même fragmentée.
Après le 29 janvier le Président de la République a évoqué «une inquiétude légitime, un devoir d’écoute, de dialogue et une grande détermination à agir». Est-il à la veille d’une autre “rupture” au moment même où l’UMP est à nouveau en ordre de marche électoral. Va-t-il orienter sa contre-offensive à l’aune d’un modèle français, naguère décrié et qui retrouve des couleurs malgré l’ultra-pessimisme des patrons (utilité du système de répartition sauvegardant les retraites ; amortissement du choc de la crise grâce au déficit budgétaire ; vitalité démographique qui nourrit une dynamique de consommation différente ; équilibre entre le public et le privé, système bancaire plus solide qu’à l’étranger). La radicalité des utopies et des critiques est une tradition française mais aussi une logique de crise : nouveau défi pour un Président soucieux de rejeter Mai 1968 !

Stéphane Baumont,
Constitutionnaliste


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.