Le retour de Marx ?

Une fin de mai sur les chapeaux de roues médiatiques : le tournoi de Roland Garros va occuper les écrans et les chroniques jusqu’à ce que le héros Raphaël Nadal remporte son cinquième titre à la barbe de Federer et du plus inattendu de nos mousquetaires (qui ne sont plus que trois, Richard Gasquet empêché de jouer pour cause de cocaïne) ; le championnat de France de football va enfin connaître son champion ouvrant ainsi un peu d’espace au monde d’Ovalie où Perpignan et Clermont-Ferrand vont tenter de contester l’omniprésence de Toulouse et de Paris (catalans, auvergnats, occitans et cathares illustrent la belle respiration de la République de la Province entre Massif Central et Méditerranée) ; l’irruption du Président Sarkozy sur Facebook (message personnel adressé à plus de 101 000 visiteurs de sa “page”) inaugure une nouvelle phase de la politique de communication présidentielle où l’influence d’Obama tient un rôle non négligeable (on passe du “chouchou” de Carla Bruni qui caresse la main de son époux à la présentation des trois chiens) et où la médiatisation de cette communication semble paradoxalement reléguer une campagne des Européennes (161 listes sur la ligne de départ) dont les sondages montrent une progression de l’abstention (54 %), une liste UMP en tête (26 %) mais en baisse (-2%), un PS à 21 %, un MoDem à 14 % (Bayrou déclarant «L’Europe ce n’est pas Bruxelles ; l’Europe c’est notre affaire, l’affaire des citoyens ; le pas en avant qui va devoir être franchi c’est que les citoyens se sentent à la fois citoyens nationaux et citoyens européens»), une liste Cohn-Bendit (9 %), Besancenot (6 %) Le Pen (7 %), Buffet-Mélenchon (5 %). Plus que quinze jours aux principales têtes de liste pour accélérer et dynamiser une campagne qui, avec la succession des “ponts” ou des “viaducs” de mai ne semble laisser à la première semaine de juin que la place d’un événement inattendu pour démontrer à plus de la moitié de nos concitoyens qu’il ferait tout de même bon aller voter un certain dimanche 7 juin prochain.

 
Reste à se demander, vingt ans après la chute du Mur de Berlin – qui semblait avoir mis fin à l’idée même du communisme – si la crise – que l’Europe ne semble pas pouvoir juguler même à l’aune de sa solidarité institutionnelle et de son euro, faute de messianisme – n’a pas redonné quelque peu vie à l’idéologie du communisme dans le contexte de la réhabilitation du rôle de l’État et de la remise en cause profonde du système capitaliste, Marx pensant, selon Jacques Attali, «que le communisme n’avait aucune chance de s’établir à la place du capitalisme, mais seulement après lui» ; «Marx qui a vu venir la mondialisation et qui fut le théoricien du capitalisme et non du socialisme». Pour le philosophe italien Toni Negri, auteur notamment d’“Empire”, «le capitalisme va engendrer une sorte de com- munisme mondial» (citoyenneté mondiale, revenu minimum d’existence) ; quant à Éric Hobsbawn, historien qui vient de publier “L’Empire, la démocratie, le terrorisme”, il fait remarquer que «le capitalisme étant en crise, le retour de l’idée communiste est surtout une façon de répondre à la propagande libérale», ajoutant «l’étatisme, version extrême du socialisme, a fait faillite ; le libéralisme, version extrême du capitalisme, est en train de connaître le même sort. Les économies du nouveau siècle devront être mixtes. La différence ne se fera plus dans la structure mais par les fins à atteindre : s’agira-t-il de promouvoir le profit individuel ou bien de réduire les inégalités, de multiplier les capacités de tous… Et c’est là que l’on retrouve non seulement Marx mais aussi la tradition socialiste». Nous reste à méditer ou à commenter ces écrits de Marx et Engels dans “L’idéologie allemande” (1845) : «Le communisme n’est pas pour nous un état de choses à créer, ni un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui dépasse l’état actuel des choses.»

Stéphane Baumont


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