Le retour de Marx

Au-delà des péripéties quotidiennes, des baisses inquiétantes, des hausses surprenantes, de la gestion de la plus grave crise que nous ayons connue depuis 1929 et qui suscite les chroniques et commentaires de tous les médias, un certain nombre d’éléments mérite d’être mis en exergue pour tenter d’évaluer la capacité du capitalisme d’État ou de l’État-Providence à restaurer la confiance afin de se retrouver dans ce qu’Alain Peyrefitte appelait «la société de confiance».
 


Qui se souvient, comme le souligne Arnaud Leparmentier de la veuve de Carpentras ? «Cette actionnaire mythique qui voulait que son épargne fut bien gérée pour assurer sa retraite. Aujourd’hui elle est en passe de perdre ses économies dans la tempête financière». Fini donc le temps des “trente glorieuses” consacrant le règne des manageurs et des salariés, fini le temps du “big is beautiful”, terminée la révolution libérale lancée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan ; loin le temps des privatisations d’Édouard Balladur et la promotion de l’actionnariat populaire en 1986, concept ayant d’ailleurs disparu du vocabulaire politique. On parle plutôt d’épargne, d’une épar-gne confiée à des fonds de pension, des gestionnaires de fonds rémunérés au pourcentage. Voilà alors venu le temps des fonds souverains non cotés qui peuvent investir à long terme, l’avènement des trop fameux “hedge funds” (fonds spéculatifs), produits non réglementés (irruption de la hors-norme dans un système hyper-normé !) et basés dans les paradis fiscaux, usant de toutes les techniques financières et tirant les ficelles des marchés. Et puis c’est la crise des subprimes, ces crédits immobiliers à risque américains qui ont contaminé toutes les banques, provoqué nombre de faillites et ajouté dans le calendrier des crises mondiales 2008 à 1929 au point de déclencher au plus vite des mécanismes étatiques pour éviter l’explosion du système. Il convient, en effet, de juguler la panique.

 

Destruction créatrice

Ce n’est pas évident. Mettre du rationnel dans l’irrationnel ; réunir banquiers et assureurs pour qu’ils disent leur confian-ce et qu’ici en France ce n’est pas comme ailleurs. La finance mondiale connaît, ici et maintenant un ajustement majeur dont la fin n’est pas prévisible. «Les mots ne comptent pas, souligne une personnalité de Banque centrale, seuls les actes comptent» ajoutant : «Lorsqu’il y a un écart entre le bon sens et ce qu’on observe, c’est souvent le bon sens qui finit par s’imposer». Est-ce encore possible ? Chacun veut le croire en assurant le fonctionnement du marché, en injectant massivement des liquidités, en pouvant baisser les taux, en nettoyant les banques de leurs actifs pourris, en procédant à des nationalisations. Reste la tâche la plus complexe (travail prométhéen s’il en fut) de réviser le système financier mondial dans le cadre d’un nouveau Bretton-Woods : il faut, en effet, ajuster les règles pour protéger les actionnaires. Les pistes explorées sont nombreuses. Mais c’est peut-être autant d’une nouvelle approche philosophique des risques dont la société et la gouvernance mondiale comme nationale a be-soin. Voilà revenue la nécessité du risque et du bonheur d’entreprendre autrement, l’impératif d’adopter une forme là aussi de principe de précaution mais aussi la philosophie du «catastrophisme éclairé», cher au Professeur Jean Dupuy : se préparer systématiquement à l’imprévisible, croire la catastrophe possible et se préparer en conséquence, penser que certaines “fins de l’histoire” ne sont pas des utopies mais des réalités immédiates.

 


L’économiste Joseph Schumpeter parlait de «destruction créatrice». La destruction est bien là. Elle n’est pas encore créatrice d’un nouveau système. Faut-il dès lors suivre Gérard Duménil quand il fait de Karl Marx un consultant en conjoncture dont la pensée ne permet pas de démonter les mécanismes financiers con-temporains mais se vérifie dans bien des aspects de la crise économique actuelle ?

Stéphane Baumont


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