Le Postcapitalisme

Le capitalisme peut-il survivre à la crise ? C’était l’une des questions posées lors du colloque organisé par le secrétaire d’État chargé de la prospective, le Monde et le Financial Times sous le titre “Nouveau monde, nouveau capitalisme”.
Pascal Lamy (directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce, ndlr), rappela d’abord que «l’ordre du jour ne comporte pas l’examen d’alternatives au capitalisme» bien qu’il se soit dit persuadé desdites alternatives ; Michel Rocard ajoutant : «Nous voulons conserver le capitalisme», se situant dès lors très loin des affirmations de Jean Jaurès dans son célèbre débat avec Jules Guesde : «Le Parti socialiste est un parti d’opposition continue, profonde, à tout le système capitaliste».

 
Le Président de la République a souligné que «le capitalisme financier a perverti la logique du capitalisme» définissant ainsi ce dernier : «Le capitalisme c’est l’effort, le travail, l’esprit d’entreprise, la propriété privée, l’investissement à long terme». À cette description libérale le Chef de l’État affirmait avec force que «la crise du capitalisme financier n’est pas la crise du capitalisme». Affirmation à laquelle le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz répondait en indiquant «ce n’est pas seulement une défaillance des marchés financiers, c’est beaucoup plus profond». Selon Jean-Paul Fitoussi (président de l’Observatoire français des conjonctures économiques, ndlr), «la crise financière n’est que le symptôme d’une crise latente existant depuis les années 1980, une crise de la répartition des revenus : pour pouvoir maintenir les niveaux de consommation, il a fallu que les ménages et les États s’endettent. Cet endettement était pain béni pour le système financier qui a prêté à ceux qui ne pouvaient plus consommer. Et c’est là que le déséquilibre financier s’est révélé : on ne peut pas prêter à ceux qui ne peuvent rembourser».
Tout passe donc par la réduction de l’endettement donc la baisse de la consommation globale qui ne pourra se faire qu’accompagnée d’une réduction des inégalités. Le Ministre des Finances des Pays-Bas Wouter Bos trouva peut-être l’une des formules les plus opérationnelles allant ainsi au-delà des constats des acteurs politiques et économiques : «la société capitaliste a besoin d’une discussion sur un nouvel équilibre entre “nous voulons toujours plus” et “nous avons assez”, entre des gains excessifs pour quelques-uns et un énorme déficit pour les masses». Et d’ajouter que la crise climatique allait devenir plus importante que la crise financière, que la crise alimentaire n’était pas réglée.

 


S’est ainsi dessiné peu à peu ce que le journaliste Hervé Kempf appelle joliment «le chemin du postcapitalisme» avec ses impératifs : réduction de la surconsommation par l’apurement de l’endettement ; justice sociale par réduction des inégalités ; internalisation des coûts environnementaux pour parer au péril écologique.
Autant d’éléments de réflexion montrant, s’il en était besoin, que l’air du temps chez les économistes, les sociologues voire les historiens est à la réflexion avec les politiques. Il est bon que soient réunis autour d’une même table intellectuels et politiques, ceux qui se coltinent avec la réalité des mesures qu’ils prennent (ou ne prennent pas d’ailleurs), en un mot que l’imagination et la créativité reviennent enfin au pouvoir afin d’assurer une vraie gouvernance économique génératrice de cette «démocratie existentielle» chère à Robert Misrahi.
Alain Peyrefitte parlait en son temps de «société de con-fiance». Il faut aujourd’hui «reconstruire la confiance». Face à l’endettement des États, des particuliers, des agriculteurs, des PME. Face aux pannes sociales. Face aux difficultés à imaginer la juste politique au juste moment étant donnée la multiplication des contraintes et de l’irrationalité. Afin que homo economicus et homo politicus, gouvernants et gouvernés imaginent ensemble la préfiguration utopique d’un univers plus humain.

Stéphane Baumont,
constitutionnaliste


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