Le Portrait de Bernard Calléjà

Bernard Calléjà est de ceux que la ville a séduits puis épuisés. Né à Buzet-sur-Tarn entre les coteaux et la rivière, ce fils de rapatriés d’Algérie reprend il y a six ans la ferme familiale, pour en faire un joyau. Rencontre avec un amoureux des belles et bonnes choses.

« A 18 ans, je quitte la ferme en me jurant que plus jamais je ne reviendrai y vivre et reprendre la ferme n’en parlons pas ! » plaisante-t-il. Il gagne alors la capitale pour une prépa HEC mais tout ne se passe pas comme prévu. « A 20 ans, j’ai un très grave accident de voiture qui met un terme à mes études, il me faudra deux ans pour m’en relever.» Il reprend la route du travail en intégrant le service information de l’INTERFEL (Interprofession des fruits et légumes) où il reste pendant sept ans pour ensuite tout lâcher et se concentrer sur un aspect plus créatif de sa personnalité : « j’ai créé une société de production de musique à Paris, puis à Londres mais quelques années plus tard, quand mon père m’annonce qu’il veut prendre sa retraite, c’est finalement avec plaisir que j’accepte de reprendre le flambeau. » Achetée en 1965, la ferme familiale à l’époque productrice de pêches, nectarines et poires a subi de nombreux aléas, des chocs pétroliers au feu bactérien (une des plus dangereuses maladies des poiriers), la faisant progressivement évoluer vers la production de pommes.

« Les gens font 30 km pour venir cueillir leurs légumes… »

 « A ce moment mon père me lance un défi de taille, mais j’étais assez fou pour l’accepter et j’avais fait le tour du monde de la musique et de la nuit, qui me lassait un peu… » C’est avec un plan de diversification qu’à 39 ans, il enfile les souliers paternels, projetant autour du cœur de métier qu’est la pomme, d’étendre la vente à la ferme. Au programme : potager traditionnel et kyrielle de variétés oubliées ou méconnues et réintroduction des pêches, nectarines et abricots. Le tout disponible à la cueillette ou directement récolté sur place. « Ce que je veux, c’est proposer des saveurs raffinées et différentes, attiser la curiosité des gens… » Un pari réussi puisque le site développe aussi le concept de ferme pédagogique, accueillant régulièrement des têtes blondes de tous âges : « on s’adapte au public. Avec les plus petits, on parle couleurs, goûts et insectes ». Il ajoute que « beaucoup de familles se déplacent pour venir faire la cueillette avec leurs enfants. C’est ludique et certainement beaucoup plus facile de faire manger des légumes aux petits quand ils les ont cueillis eux-mêmes ! » Et bien sûr qui dit ferme dit animaux, ce sont donc ânes, poules, cochons et lapins que les petits visiteurs se régaleront de nourrir…

« Ce métier est un enrichissement permanent »

Les vingt hectares sur lesquels s’étend l’exploitation, dont neuf consacrés aux pommes, ont été repensés par Bernard Calléja, qui a rénové une métairie en maison d’hôtes et l’ancienne écurie en salle de réception. Le concept fait un tabac. Il faut dire que le charme du site, conjugué à la décoration « destinée aux amoureux », a comme un petit goût de revenez-y. Encore en phase d’investissement, l’opération n’est pas « des plus rentables », mais des projets sont encore à venir, dont une suite dans la maison d’hôtes et une chambre supplémentaire. En tout cas, Bernard Calléja se régale du sourire des visiteurs et s’il a perdu son père récemment, il est fier de préserver ce patrimoine, « l’œuvre de sa vie » afin de peut-être la transmettre un jour…

http://www.lesvergersdenotredame.com/

La Baronne, à Buzet-sur-Tarn

Aurélie Renne



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