Le patrimoine français en héritage

Château de Martres de Rivière (31)

Issu d’une famille de 8 enfants, Pierre Chassaigne, en amoureux de la pierre mais aussi de la terre, a su se constituer un empire, laissant de côté sa formation première dans l’agro-alimentaire. De l’achat de sa première agence à la véritable institution qu’est devenu le groupe Mercure, il n’a cessé de garder en ligne de mire la volonté farouche de conserver le patrimoine français. Plus qu’une vocation, il s’agit là d’une passion… passion qu’il a su transmettre à sa fille Anne, qui a repris la direction du groupe en 2010. Elle y amène sa fraicheur, sa jeunesse mais aussi sa détermination en y ajoutant sa touche personnelle. Rencontre.

Pouvez-vous revenir sur vos débuts ? Comment passe-t-on de l’agro-alimentaire à l’immobilier ?

Pierre Chassaigne : Après des études d’agronomie, j’ai été conseiller Agricole à la direction du service agricole de l’Allier où j’ai passé trois ans de ma vie mais n’ayant pas l’esprit d’un fonctionnaire, j’ai rapidement tourné la page et je me suis tourné vers l’agro-alimentaire. J’ai notamment travaillé pour l’Union des Fabricants d’Aliments Composés comme directeur commercial de Rental à Colomiers, d’où mon arrivée sur Toulouse. Puis, en 1980, j’ai eu l’opportunité de reprendre la vieille agence Mercure qui se situait place Wilson depuis 1936. Mais je suis un paysan dans l’âme, un terrien, et je n’étais pas fait pour vendre des appartements. J’ai donc orienté l’agence sur les propriétés rurales, sur les forêts, les chasses et les demeures de caractère quelles qu’elles soient, du château à la vieille ferme à restaurer. J’ai d’abord développé le Sud-Ouest pendant une dizaine d’année pour ensuite ouvrir des concessions dans plusieurs régions de France. Aujourd’hui, nous disposons de 20 agences régionales qui couvrent tout le territoire, à l’exception de l’Alsace-Lorraine où nous cherchons un partenaire qui pourrait en assurer la couverture.

 Et ensuite, quelle est l’histoire du groupe Mercure ?

P.C : J’ai donc repris la première agence il y a 32 ans, et il m’aura fallu 10 ans pour façonner une image régionale cossue, puis encore 10 années pour recouvrir le territoire entier. Maintenant, nous disposons d’une image nationale et même internationale, grâce à de nombreux correspondants présents dans le monde qui font le lien entre les clients étrangers et nos propriétés.

 Par quelles étapes êtes-vous passé pour parvenir à faire des agences Mercure une telle institution ? Quel est le secret ?

P.C : Je n’en reviens pas moi-même. Nous sommes leader du marché des belles demeures et de la propriété rurale. Mais… je suis Auvergnat… j’ai des prédispositions pour le commerce mais aussi pour les relations humaines. J’aime les gens, la campagne, la ruralité… bref, je suis un passionné. La passion de la pierre et de la terre. En tant que fils d’agriculteur et de propriétaire terrien, je pense que la pierre et la terre sont indissociables. Quand on vend un château, on vend aussi le parc et parfois les terres attenantes. C’est donc à force de travail et de passion que nous en sommes là aujourd’hui.

Anne et Pierre Chassaigne

« La mode se démode, la pierre jamais »

 Quel est le profil type de votre clientèle ?

P.C : Les principaux propriétaires de château restent les gens qui le reçoivent en héritage, ou des amoureux de la belle pierre qui rêvent d’une belle propriété. Beaucoup de gens achètent ce genre de biens pour « revenir au pays » une fois leur situation établie. Parmi nos clients, nous comptons beaucoup de notables, de médecins, de directeurs d’usines, de haut-fonctionnaires, ce qui reste une clientèle très large. Nous avons également beaucoup d’étrangers, d’Anglais notamment mais, avec la crise, beaucoup d’entre eux, non seulement n’achètent plus, mais repartent car ils n’ont plus les moyens d’entretenir les propriétés. En ce moment, nous travaillons beaucoup avec les pays émergeants comme la Russie ou l’Asie. Chaque Russe ou Chinois fortuné, se doit d’avoir un bien en Europe.

 Pourquoi cette spécialisation dans les biens de prestige ?

P.C : C’est ce que j’ai toujours voulu faire. Cela ne m’intéresse pas de vendre des pavillons, je préfère la pierre faite pour durer, celle qui fonde les murs de 50 centimètres d’épaisseur ! La mode se démode, la pierre jamais. C’est un peu comme les vieux meubles ! D’ailleurs, je suis un peu l’antiquaire des maisons de prestige. Elles ont un cachet, les murs résonnent, on constate l’usure dans les escaliers… une demeure raconte une histoire. Mais ce n’est pas toujours une sinécure : vous pouvez acquérir un château, une propriété, un petit manoir, une maison de caractère, une maison de maître pour le prix d’un 100 m² à Paris, mais l’entretien n’est pas le même… le plaisir non plus.

 La crise a-t-elle ralenti de façon conséquente vos activités ?

P.C : La crise oui, mais en plus, depuis le 1er février, est venu s’ajouter l’impôt sur la plus-value des résidences secondaires qui passe de 15 à 30 ans. Au final, les propriétaires hésitent à vendre et le marché est bloqué. Le gouvernement a fait là une erreur monumentale !

 Quant au PS qui propose une tranche d’imposition à 75% pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros, cela vous inquiète-t-il, vous dont la clientèle reste tout de même relativement aisée ?

P.C : Nous constatons un ralentissement des affaires, nous vivons une période d’attentisme, ce qui reste récurrent 6 mois avant des élections. Mais effectivement, nous craignons de voir arriver la Gauche car la plupart des fortunes de France s’en iront à l’étranger alors que les charges en France resteront les mêmes. Simplement, au lieu d’être payées par les riches, elles le seront par les autres et tout le monde sera perdant. Si l’on tue la vache, on n’a plus de lait !

Château de Fragne (03)

La plus belle des réussites

Aujourd’hui, votre fille Anne a pris la direction du groupe… Vous avez effectué un réel passage de témoin…

P.C : Je l’ai préparé parce qu’il est vrai que j’y pensais depuis un moment. C’est un plaisir de travailler avec elle, tout se passe avec beaucoup de finesse. Désormais, je lui laisse la place ! Il était temps que je parte car l’arrivée d’Internet et des nouvelles technologies, je dois l’avouer, me dépasse !

Elle a d’abord fait des études de commerce puis s’est installée à Paris mais elle est rapidement revenue au pays, pour travailler avec moi. Depuis, son mari a pris la direction de l’agence place Wilson, spécialisée dans les biens ruraux, et Anne s’occupe de l’agence du Boulevard Carnot qui cible, plus particulièrement, les biens urbains.

 Vous travaillez avec vos enfants, vos cousins et neveux. Quels sont les avantages et les inconvénients d’une entreprise familiale?

P.C : Sur les 20 agences, 8 sont dirigées par la famille. Cela s’est fait au gré d’opportunités… Ils ont d’abord revêtu le costume de commerciaux puis, s’ils s’en sentaient capables, sont devenus associés. Ma fille Anne, par exemple, a été formée pendant 18 ans à mes côtés, et quand il a fallu prendre la relève, elle était parfaitement prête. C’est également une question de confiance et de continuité. Peut-être, un jour, mes petits-enfants reprendront la société… Une telle affaire familiale est la plus belle de mes réussites.

Anne Chassaigne : Nous nous connaissons bien et je pense que c’est un avantage réel, nous connaissons nos qualités et nos défauts, nous nous faisons confiance. Mais des conflits de génération peuvent quand même apparaître. J’ai toujours été derrière mon père, jusqu’à ce qu’il me demande de passer devant. Dès lors, j’ai voulu imposer ma vision des choses et lui, a dû se faire à l’idée que certaines choses pouvaient changer.

 En quoi avez-vous amené votre touche personnelle ?

A.C :J’ai hérité du poste en février 2010 mais j’en ai véritablement pris les rênes il y a juste un an. Cette transition s’est faite doucement, avec l’appui de mon père. Désormais, j’ai envie d’imposer ma touche. D’abord, je souhaite travailler plus en phase avec les nouvelles technologies, les réseaux sociaux, pour développer l’international. C’est vraiment ma priorité. C’est indispensable pour nous aujourd’hui. Auparavant, nous avions le produit et nous essayions de trouver le client, maintenant nous devons nous adapter aux exigences des clients et être réactifs.

Les dirigeants du Groupe Mercure, réunis pour fêter les 75 ans d'existence

L’international en ligne de mire

 Aujourd’hui, vous êtes leader sur le marché des demeures de caractère, comment l’expliquez-vous ?

A.C : Je pense que cela est la résultante de notre connaissance du terrain. Nos collaborateurs sont tous très bien implantés sur leur territoire et, la majorité d’entre nous  habite ce type de maison ; nous connaissons donc les avantages et les inconvénients d’un tel achat. Nous sommes en mesure d’expliquer à nos clients ce qu’il faut mettre en œuvre pour garder longtemps ce genre de propriété. De même, nous avons été précurseurs sur ce marché, et nous sommes les seuls à avoir une implantation nationale. Chez nous, l’état d’esprit est également important, et je pense que le client ne s’y trompe pas. Pour résumer, nous souhaitons offrir à un maximum de gens une partie du patrimoine français en leur faisant profiter d’un bout d’Histoire de France et de son patrimoine.

 Quels sont vos projets pour les agences Mercure ?

A.C :L’essentiel des efforts se concentrera sur le développement à l’international, en mettant en place des équipes, uniquement réservées aux clients internationaux qui se verront proposer des demeures à vendre mais aussi un service de conciergerie. Ainsi, nous arriverons à leur offrir un service à la hauteur de leurs attentes. Ensuite, comme nous tenons beaucoup à la protection du patrimoine, nous souhaitons constituer un catalogue d’ouvriers sélectionnés et d’artisans qui possèdent des labels « patrimoine ». Par là même, nous aiderons des étrangers qui n’ont pas forcément cette culture, à ne pas saccager le patrimoine. Tout est mis en œuvre pour séduire la clientèle étrangère.

Les clients étrangers prennent une grande place dans votre portefeuille client…

A.C : Effectivement, 40% de nos clients étaient étrangers avant la crise mais ce taux est tombé à 20% en 2009. Une nouvelle hausse, en 2011, nous a ramené à 30/40%.Notre prochain objectif serait d’atteindre les 60%… mais échéance électorale oblige, les étrangers n’osent plus et nous subissons une période d’attentisme.

 Justement, comment pensez-vous que le marché va évoluer suite aux élections présidentielles ?

A.C :C’est très difficile de se positionner. Tout peut basculer dans un sens ou dans un autre. Les choses peuvent rester dans l’attentisme si le gouvernement change car les gens ne connaitront pas la nouvelle politique en matière d’immobilier. Dans ce cas, je pense que, par ricochet, l’année 2012 ne sera pas excellente pour nous. Si Nicolas Sarkozy est réélu, là, nous pourrions espérer une reprise plus rapide puisque les gens connaissent déjà sa politique. Toutefois, certains clients nous ont déjà confié vouloir tout vendre et partir si la Gauche venait à passer.

Propos recueillis par Séverine Sarrat

 Pour plus de renseignements vous pouvez consulter le site Mercure

où sont proposés à la vente plus de 3000 biens pour tous les goûts et toutes les bourses : www.agencemercure.fr



2 COMMENTAIRES SUR Le patrimoine français en héritage

  1. Kopec dit :

    Je voudrais recevoir cet article.
    Merci

    • JTadm dit :

      Bonjour,

      Pour obtenir l’article complet, vous devez vous abonner sur le site (Espace : Devenir abonné ).
      Vous aurez par la suite accès à l’article consultable sur le site directement mais aussi à la version PDF du Journal.

      Bien cordialement,

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