Le Commissariat à l’Energie Atomique: Une chance de ré-industrialisation

Bernard Bigot

 

Bernard Bigot, pouvez-vous revenir sur la mission première du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) ?

Créé en 1945, le CEA devait initialement tirer le meilleur parti de l’atome dans le domaine de l’industrie, de la recherche, de la défense et de la santé. Aujourd’hui, le CEA est un organisme de 16 000 personnes, uniquement concentrées sur la recherche et le développement fondamental et technologique. Sa mission reste de créer de l’innovation technologique au service de l’industrie, de l’emploi et de l’activité économique de notre pays dans quatre grands domaines, qui sont la défense/sécurité, les énergies non-carbonées, les technologies de l’information et les technologies de la santé. Tout cela s’appuie sur une recherche fondamentale de qualité, de compréhension la plus intime des phénomènes de la nature dans le domaine de la matière et du vivant pour être capable d’intégrer les connaissances créées au sein du CEA mais aussi dans le monde entier menant au développement technologique.

 

Pourquoi le CEA a-t-il choisi de s’implanter à Toulouse ?

D’abord parce que les partenaires et acteurs toulousains ont souhaité cette implantation du CEA, et je parle aussi bien des acteurs publics que des entreprises qui représentent un potentiel d’innovation déjà important. Il s’agit de grandes entreprises qui ont envie de créer des choses originales qui répondent mieux au marché qui est le leur et qui ont une tradition à l’investissement dans l’innovation. Si le CEA s’installe, ce n’est pas pour se substituer à l’existant mais pour le compléter, en bonne intelligence.

 

Quelles seront les activités exploitées sur le site toulousain ?

Le CEA développe, met au point des technologies génériques qui peuvent être ensuite déclinées dans de nombreux secteurs industriels ou entrepreneuriaux. Par exemple, la micro-électronique se retrouve dans l’aviation, l’automobile, l’agro-alimentaire, dans la santé… Et si nous avons la maîtrise de cette technologie fondamentale, nous sommes alors capables de faire cette déclinaison. Nous venons apporter à Toulouse cette capacité auprès d’entreprises avec lesquelles nous n’avons pas encore de relations puisque les sites de Grenoble et de Chatelet sur lesquels nous sommes déjà implantés, ne disposent pas de sociétés dédiées à l’aéronautique et très peu dans le domaine de l’agro-alimentaire. Nous sommes ainsi dans une logique de conquête de nouveaux secteurs industriels qui pourraient bénéficier de ces technologies génériques et du potentiel que nous représentons.

Nous ne travaillerons pas que sur le domaine de l’aéronautique mais plutôt sur une logique de transfert de technologies. A Toulouse, nous allons développer les applications de ces technologies, et cela tous azimuts, aussi bien pour les entreprises qui fabriquent des outils de jardinage que des grands groupes avioniques.

 

Une centaine d’embauches

 

Combien de personnes seront-elles susceptibles de travailler sur le site toulousain ?

A court terme, nous allons implanter entre 10 et 20 personnes issues des sites existants et nous allons recruter en sus, sur place, entre 80 et 100 personnes de telle sorte que cette antenne comptera environ une centaine d’employés.

 

Quand la plateforme de Toulouse sera-t-elle opérationnelle ?

Elle va démarrer progressivement, au fur et à mesure des relations contractuelles avec les entreprises. Nous ne sommes pas dans une logique où l’on s’implante et l’on attend que le partenaire ou le client vienne à nous. Toulouse sera une filiale du CEA qui se développera au fur et à mesure que le marché évolue. Nous devrions démarrer au 1er janvier 2013 et monter progressivement en puissance pour atteindre l’objectif du recrutement d’une centaine de personnes à l’horizon 2014.

 

Qu’est-ce que le CEA attend de cette implantation à Toulouse ?

Nous souhaitons contribuer au développement économique et social de la France au travers du site de Toulouse. Nous en tirerons alors satisfaction et reconnaissance. Dans un même temps, nous voulons avoir la possibilité d’élargir la sphère des entreprises avec lesquelles nous sommes en relation.

 

Un atout pour toutes les entreprises

 

A l’inverse, qu’est-ce que Toulouse peut en attendre ?

Notre démarche sera réussie si dans trois ou cinq ans, Toulouse connaît un développement économique, et pas seulement autour des grands acteurs, mais aussi des petites, moyennes entreprises et des intermédiaires, c’est-à-dire quand nous aurons contribué à créer des emplois durables et à développer le carnet de commandes des entreprises.

 

L’implantation du CEA peut-elle être à l’origine d’une relance industrielle de la région ?

C’est l’objectif ! La France s’est désindustrialisée et nous voulons contribuer à sa reconquête. Nous l’avons déjà fait à Grenoble et à Chatelet, je ne vois pas pourquoi nous ne réussirions pas à Toulouse. Tous les atouts sont là pour réussir ! Il faudra le faire en bonne intelligence avec les acteurs locaux, avec le CNRS, l’INSERM… mais à la différence de ces établissements publics qui restent dans une approche analytique, nous garderons une logique d’intégration des technologies.

 

Quel serait le coût de l’implantation du CEA à Toulouse ?

L’investissement, qui concerne les murs mais aussi la recherche, sera de l’ordre de la dizaine de millions par an et si cela fonctionne, nous pouvons monter jusqu’à 40 millions d’euros par an. Cet argent proviendra essentiellement des gros industriels puisque les travaux qui vont être réalisés leur sont destinés. Il s’agit pour eux d’un investissement pour permettre de développer leur entreprise et leur marché. Une autre fraction proviendra des collectivités territoriales pour le soutien au développement économique.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat



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