Laura Flessel : « Les valeurs du sport et de l’entreprise sont très proches »

Le club économique toulousain Exaequo organisait jeudi dernier un atelier sur le thème de la diversité, l’égalité et la parité dans les milieux du sport et de l’entreprise, qui sommes toutes ne semblent pas si distants l’un de l’autre. C’est en tout cas l’avis de Sophie Iborra, présidente d’Exaequo et de Laura Flessel, quintuple médaillée olympique d’escrime, invitée d’honneur de cette soirée.

 

Laura Flessel, vous êtes intervenue lors de l’atelier d’Exaequo « sport & entreprises : diversité, égalité et parité », dans quel but ?

Tout simplement parce que je suis maintenant dans le milieu de l’entreprise, je suis femme et je suis sportive. Je ne suis plus sur la piste aujourd’hui, je ne suis plus athlète de haut niveau mais j’amène désormais mon expertise à travers l’entreprise et les institutions que je représente. Le ministère du Sport m’a donné pour mission de développer la lutte contre les discriminations dans le Comité « éthique et valeurs du sport ». Je fais donc la promotion du sport féminin, en développant des projets pour lutter contre les discriminations et les violences dans le sport et je travaille également sur les innovations, comme les paris en ligne. Ces défis, ces challenges et remises en question sont les mêmes dans le monde de l’entreprise. Aujourd’hui, de nombreux événements permettent de croiser les deux mondes, de travailler par transversalité. Ainsi, quand Exaequo m’a contactée pour intervenir sur le thème de la diversité dans le milieu de l’entreprise et du sport, j’ai accepté, car je souhaite amener ma pierre à l’édifice. Pendant vingt ans, j’ai évolué dans le milieu du sport de haut niveau. Pendant trente-cinq ans, j’ai pratiqué en sport-loisir, je pense donc avoir une certaine légitimité à expliquer ma vision des choses.

Avez-vous découvert le monde de l’entreprise après avoir quitté celui du sport de haut niveau ?

Quand on pratique l’escrime, on ne parle pas de reconversion mais de carrière parallèle. Il est indispensable d’amorcer une activité professionnelle en même temps que l’on mène sa carrière sportive. J’ai commencé à travailler en 1993, j’ai donc un pied dans la vie active depuis un petit moment et je n’ai pas eu de surprise quand j’ai mis fin à ma carrière sportive. J’avais d’abord dans l’idée de devenir professeur d’éducation physique mais j’ai finalement bifurqué dans le tourisme d’affaire et j’ai créé ma propre entité d’événementiels sportifs pour développer mes projets mêlant sport et tourisme. Nous intervenons dans les entreprises pour faire interagir ces deux mondes. Ma reconversion s’est ainsi faite naturellement et doucement. Je n’ai pas eu de période de transition durant laquelle j’aurais dû m’adapter car j’ai mené les deux carrières, sportives et en entreprise, de concert. Mais je reste réaliste : c’est le sport qui m’a permis d’en arriver là où je suis aujourd’hui. Avec le temps, j’ai appris et mûri, je me suis enrichie et j’ai eu la chance de faire de belles rencontres. Je me suis d’ailleurs beaucoup servie de mes apprentissages sportifs. En escrime, la qualité et la quantité de travail sont importantes, de même que la précision, la maturité, la longévité et la stratégie. Ces atouts-là peuvent se retrouver au sein d’une entreprise et devenir un levier pour travailler le présentéisme ou encore pour renouer le dialogue avec le personnel. Le sport est un outil permettant d’intégrer l’esprit d’équipe, mais également celui de la compétition et de la stratégie dans une entreprise.

 

Répondre présent le jour J

 

Quelles relations pourriez-vous établir entre le monde du sport et celui de l’entreprise ?

Dans les deux milieux, il existe des objectifs, des remises en question, des passages de grade, des finalités mais aussi des échecs. Les changements de politique et donc l’adaptation sont également observables dans les deux mondes. Et dans les deux cas, nous devons répondre présent le jour J, à l’instant T. Personnellement, j’ai intégré la rigueur dont j’ai fait preuve pendant ma carrière sportive, dans ma vie professionnelle. Le sport est réellement l’école de la vie. Il s’agit d’un microcosme dans lequel des valeurs ont cours, et ces dernières sont décuplées dans la vie active.

 

Il existe donc des valeurs communes au sport et à l’entreprise ?

Tout à fait ! Dans les deux cas, l’aspect humain a été oublié au profit de la performance. Ainsi, nous devons maintenant valoriser le sportif ou le salarié pour une meilleure performance. Il faut redévelopper la solidarité, la diversité, se remettre sérieusement en question et ce, dans toutes les strates. Une prise de conscience a eu lieu et dans celle-ci, se trouve la place des femmes.

 

« Etre fiers de nos succès »

 

Justement, la place des femmes est-elle suffisante, tant dans le sport que dans les entreprises ?

Les femmes doivent simplement reprendre leur place. Dans le milieu du sport, de nombreuses actions, comme le plan de féminisation, ont contribué à ramener les femmes sur les terrains. Mais si ces dispositifs sont nécessaires, cela signifie qu’il existait un manque, que sans obligations les femmes ne seraient pas autant présentes qu’elles le sont. Aujourd’hui, il convient de rééquilibrer la position de la femme dans toutes les strates, y compris dans la gouvernance. Pour cela, il faut une véritable prise de conscience des femmes, qu’elles se disent qu’elles peuvent « devenir », prendre des responsabilités. C’est comme ceci qu’elles valoriseront leur position. C’est exactement pareil dans le monde de l’entreprise. Cependant, une différence persiste. Une sportive sera fière de ce qu’elle accomplit quand une femme chef d’entreprise gardera une certaine réserve. C’est une particularité française : les entrepreneurs qui réussissent, éprouvent une réticence à le faire savoir. Je ne suis pas d’accord, il faut être fiers et fières de nos succès afin d’amorcer une dynamique positive. Le monde économique souffre et il a besoin d’exemples.

 

Que pensez-vous des événements, tels celui organisé par Exaequo, qui vise à sensibiliser à l’égalité professionnelle ?

Le milieu de l’entreprenariat en a besoin. Depuis longtemps, il existe des clubs d’entreprises mais ils restaient souvent réservés à un public masculin. Exaequo, par ces ateliers, présente aux hommes comme aux femmes, la nécessité d’une parité au sein des entreprises. Il est important de sensibiliser les deux parce qu’il ne s’agit pas d’induire un mouvement dans lequel les femmes souhaiteraient prendre le pouvoir, ce n’est pas l’objectif. Le but est de positionner les femmes et les hommes sur un pied d’égalité, l’un ne cherchant pas à dominer l’autre. Il s’agit-là d’un challenge intéressant, surtout lorsque l’on aborde la gouvernance d’une entreprise. Ce défi est à relever tant dans le milieu sportif que dans celui de l’économie.

Propos recueillis par Séverine Sarrat

Repère :

Laura Flessel, alias « la guêpe », garde de sa carrière d’escrimeuse un palmarès impressionnant : championne d’Europe, double championne olympique et sextuple championne du monde. Elle siège à la section « éducation, communication et culture » au sein du Conseil économique, social et environnemental et préside le Comité de lutte contre les discriminations dans le sport au ministère des Sports. Elle est aujourd’hui « cadre événementiel » dans son entreprise de tourisme sportif.



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