Homo Festivus

Il est des semaines où la conjonction des événements peut donner le tournis à l’opinion publique comme aux gouvernants, européens ou français, surtout quand la vieille antienne du remaniement conduit, avec la réunion du Congrès à Versailles, à déjà qualifier de second moment du quinquennat l’histoire présidentielle à vivre. Un Congrès original avec, la veille, l’irruption de l’été et l’annonce du temps des vacances sur fond de baccalauréat (médiatisation de l’épreuve de philosophie) mais aussi la fraternité nocturne et l’universalité “lanzienne” de la fête de la musique faisant de “l’homo festivus” et du “festivisme” chers au romancier essayiste Philippe Muray les nouveaux acteurs et le nouveau phénomène de cette «grande déculturation» dénoncée par l’écrivain Renaud Camus. («La fête est la force motrice du monde post-historique à la manière dont la lutte des classes selon Marx a été la force motrice de l’Histoire» écrivait Ph. Muray quand il élaborait sa théorie du «festivisme, occupation qui doit déloger toutes les autres».) Homo festivus auquel s’adresse dès le début de la semaine l’homo-politicus en la personne du Président de la République, non à la télévision, mais devant la représentation nationale réunie en Congrès à Versailles : pour la première fois sous la Vème République, le Chef de l’État va s’adresser au Congrès (il n’est plus le muet du sérail parlementaire depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 et notamment de l’article 18 de la Constitution). Nicolas Sarkozy avait fait de cette prise de parole «devant le Parlement réuni à cet effet en Congrès», la disposition emblématique d’une responsabilisation du Président de la République, le Comité Balladur en élément central de l’encadrement des prérogatives présidentielles permettant d’aller «dans le sens d’une meilleure transparence de la vie publique et d’un renforcement du rôle du Parlement», et la presse unanime y a vu la mesure la plus importante de la réforme constitutionnelle et même sa principale justification.

 
Les détracteurs restent néanmoins campant sur leurs positions, arguant de l’absence de débat suivant le discours présidentiel. Il n’empêche : au moment où l’on dénonce l’État séducteur, l’État-spectacle, la personnalisation du pouvoir et même la monarchie républicaine élective, il est bon pour la démocratie parlementaire qu’elle se rappelle au bon souvenir de la Vème République et que la télécratie ne soit pas le seul lieu d’exercice du pouvoir.
Rupture donc avec la tradition républicaine d’empêchement de s’adresser au Parlement depuis la loi du 16 juillet 1875 alors que ledit Parlement entend les Chefs d’État et de gouvernement étrangers, alors que le Président peut s’adresser devant les Parlements étrangers, alors que c’est lui qui – malgré l’article 20 – détermine la politique de la Nation. Voilà enfin une bizarrerie historique réparée et l’occasion donnée au Chef de l’État de redonner force et vigueur à un Parlement considéré comme le premier des interlocuteurs, qui aura, demain, à donner à la politique présidentielle une traduction législative.
Après l’Homo festivus, l’Homo politicus donne une nouvelle forme et un nouveau cadre à son discours. Ce n’est pas anodin, «la forme emportant, peut-être le fond» en l’occurrence, comme le soulignait Léon Gambetta.

Stéphane Baumont




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