Haine d’État

Alors que Pittsburgh est annoncé «urbi et orbi» comme LA réunion déterminante d’après-crise d’un G20 marqué par le rapport Stiglitz et le volontarisme du moteur franco-allemand, c’est la crise du lait en France (et en Europe) avec cet épandage dans les champs face au Mont St Michel malgré les mesures annoncées par Bruno Le Maire, l’agitation à l’extérieur du PS d’une Ségolène Royal en quête d’une nouvelle tactique (ses adversaires la trouvant incapable de stratégie), le centième anniversaire de l’équation d’Einstein (E=mc2) et la vague de suicides en entreprise (de France Télécom à Michelin, mais aussi dans la police et la gendarmerie) qui font avec les intempéries (Que d’eau ! Que d’eau !) la une de l’actualité.

 
Il y a d’abord Pittsburgh où se joueront le nouvel équilibre entre les États-Unis et la Chine, la crédibilité d’Obama comme leader mondial, la capacité de l’Europe, du Brésil et des pays émergents à faire valoir leurs propositions face à une Amérique surendettée, les conditions d’un capitalisme relancé, moralisé et purgé des vices de la spéculation aveugle, l’embryon (enfin) de cet utopique gouvernement mondial (à l’image d’un droit commun mondial rêvé par Emmanuel Kant), la préservation d’une reprise encore fragile.
Il y a aussi et ensuite la perception des Français : pour l’IFOP «les Français ont entendu un fort discours politique et médiatique sur la sortie de crise mais cela fait trente ans qu’on leur en parle, peut-être y a-t-il une forme de résignation, notamment face à la progression du chômage». Pour le sociologue Gérard Mermet «l’idée d’une sortie de crise un peu anticipée est installée dans les esprits qui n’attendaient que cela». Pour Philippe Moati, directeur de recherche au CREDOC «la crise cristallise une sorte de malaise existentiel et d’angoisse diffuse. Il s’agit d’un objet identifié face auquel on peut envisager des remèdes» estime-t-il en plaçant aussi sur ce registre la grippe A cet «ennemi encore plus identifié… ça nous galvanise un peu et ça crée du lien social» relève Ph. Moati. Quant à Brice Teinturier (de la SOFRES) il n’est pas optimiste : il souligne «l’océan de pessimisme et d’inquiétude» qui règne en ajoutant «qu’un des principaux enjeux pour le gouvernement est de faire coïncider une grille de lecture “sortie de crise” et la perception des Français qui n’est absolument pas celle-là.» Et d’évoquer un risque de distorsion massive entre l’une et l’autre. Surtout si l’évolution et la progression du chômage s’accompagnent d’un retour à l’inflation, annonciateur à sa ma- nière de “la fin de la récréation”. Il n’est que de voir la réaction et l’extrême sensibilité des Français à toute menace visant leur portefeuille comme la taxe carbone (baisse de la popularité du Président).
Il y a enfin l’affaire d’État “Clearstream”, «haine d’État» devant le Tribunal de Paris, un ancien Premier Ministre poursuivi, le Président de la République partie civile (certains auraient souhaité qu’il retirât sa plainte puisqu’il est constitutionnellement garant de l’indépendance de la justice). Pour Pascale Robert-Diard, chroniqueur judiciaire, «c’est à un voyage dans les arrière-cuisines de l’État français que cette affaire invite» avec le risque pour Nicolas Sarkozy d’écorner son statut présidentiel à trop vouloir prouver son statut de victime. Quatre semaines d’audience permettront-elles de faire émerger une vérité judiciaire dans une affaire qui n’est pas un simple dossier de dénonciation calomnieuse mais bien «le révélateur de l’incroyable violence avec laquelle s’opposèrent Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin pour conquérir le pouvoir».

Stéphane Baumont


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