Finance éthique ; La Nef veut devenir grande

Après Paris, Lyon et Nantes, la Nef vient officiellement d’inaugurer sa délégation toulousaine. Agréée et contrôlée par la Banque de France, la Société financière de la Nef est une coopérative de finance éthique. Créée en 1988, elle exerce la double activité de collecte d’épargne et d’octroi de crédit : entre janvier et juin 2010, 31 prêts ont ainsi été accordés en Midi-Pyrénées pour un montant de 1.3 millions d’euros. Des prêts qui financent uniquement la création et le développement de projets à caractère social, environnement ou culturel. Regroupant plus de 26 000 sociétaires en France dont 2000 en Midi-Pyrénées, la Nef envisage aujourd’hui de créer la première banque éthique européenne, comme l’explique son directeur général, Jean-Marc de Boni. Explications.

 
Jean-Marc de Boni, la NEF est une coopérative de finance solidaire. Pouvez-vous nous en dire plus ?
En effet, la Nef est une coopérative d’usagers qui appartient à 26 000 sociétaires, des particuliers pour leur très grande majorité, et qui exerce uniquement pour l’instant une des deux grandes activités bancaires : l’intermédiation, à savoir la collecte de l’épargne pour aider à financer des crédits. Je pourrais même dire que nous sommes peut-être la seule banque à réellement avoir ce rôle d’intermédiation entre les épargnants et l’emprunteur puisque la “marque de fabrique” de la Nef, c’est d’utiliser l’épargne à un but exclusif : le financement de projets, créateurs de valeur humaine, environnementale, sociale.

Qu’est-ce que la finance éthique ?
Elle commence quand on se pose les bonnes questions quant à l’usage de l’argent. En clair, lorsque l’on s’interroge sur l’impact de l’utilisation de l’argent sur l’homme et son environnement. Pour nous, cette éthique consiste à faire en sorte que l’argent qui nous est confié par des épargnants, soit utilisé à financer des projets qui soient donc, respectueux de l’homme et de son environnement.

Qu’est-ce qui vous différencie d’une banque traditionnelle, cette “transparence” dont vous parlez ?
Oui… Cela dit, j’enfonce une porte ouverte, non ? (Sourire) Deux choses nous différencient d’une banque traditionnelle : premièrement, le fait que l’épargne est utilisée exclusivement à financer comme je vous l’indiquais, des projets, des crédits, alors qu’aujourd’hui la plupart du temps, l’épargne est plutôt utilisée à spéculer sur les marchés. La deuxième, c’est qu’en effet, cette utilisation se fait en totale transparence puisque nous publions chaque année l’intégralité des opérations que nous avons réalisées. Nous permettons de cette façon à nos sociétaires de s’assurer que leur volonté est respectée puisque chacun d’eux, en arrivant à la Nef, peut choisir d’orienter son argent.

Des projets environnementaux, sociaux, culturels, conditions sine qua non pour entrer à la Nef ?
Oui, c’est la première grille d’entrée : il faut absolument que le projet présenté soit respectueux de ces critères-là. Ensuite, il y a l’aspect économique : chaque projet doit être économiquement viable, mais chez nous, l’économique ne prévaut jamais sur le critère éthique.

 


Pourquoi ces secteurs en particulier ?
Parce que c’est ce que souhaitent nos sociétaires. Ils sont 70 % par exemple, à nous demander à ce que leur argent soit utilisé dans le secteur de l’environnement. Par conséquent nous faisons en sorte que 70 % des prêts que nous réalisons, soient orientés sur le respect, la protection de l’environnement, les énergies renouvelables, le bio…

La Nef existe depuis 1988. Vous avez 26 000 sociétaires. Comment se fait-il que vous n’en ayez pas davantage ?
Parce que nous sommes très timides (rires)… Nous communiquons relativement peu, d’abord parce qu’une société financière, c’est compliqué à expliquer et puis il y a la question de notre capacité à accueillir davantage de sociétaires. On ne souhaite pas grandir pour grandir et perdre nos racines. Qui plus est, nous sommes très attentifs à l’expression de la démocratie, l’une des particularités de la Nef. Nous avons une vie coopérative extrêmement nourrie, dense. Une assemblée générale chez nous n’a rien à voir avec une assemblée générale dans un autre établissement bancaire coopératif. En clair, le président n’arrive jamais avec tous les pouvoirs. C’est vraiment l’assemblée qui décide. Nous la préparons en rencontrant le plus grand nombre de sociétaires possible. Par conséquent, chacun est en capacité d’interpeller les dirigeants de la coopérative, de se faire expliquer un certain nombre de choses sur les motions et donc de voter juridiquement par correspondance, en sachant très bien de quoi il ressort.

Dans un contexte de mondialisation, la finance éthique n’est-elle pas une utopie ?
Oui on peut le dire parce que pour l’instant, ce n’est pas ancré dans le quotidien. Mais c’est une réalité, qui évolue et bouge partout en Europe. C’est pour cela que pour nous, la finance éthique n’est cohérente qu’au niveau de l’Europe. Quand on parle d’environnement et de respect de l’homme, de problèmes sociaux, au niveau du seul pays qu’est la France, cela n’a pas beaucoup de sens ! D’où notre projet de création de banque éthique européenne.

A quand cette création et avec qui ?
Nous l’espérons pour 2011. Nous devons composer pour cela avec les régulateurs dont la Banque de France. C’est un projet de fusion que nous avons avec la banque coopérative italienne Banca Etica et Fiare, son agent espagnol. Il faut que nous arrivions à démontrer qu’il est viable et nécessaire. Nous pourrons ainsi devenir un établissement bancaire de plein exercice, à savoir remplir le deuxième rôle d’une banque : la circulation d’argent par le biais des compte-chèques. Notre problème est que nous sommes petits et qu’aujourd’hui il faut être né grand. Donc à plusieurs petits, nous allons essayer d’être grands ! Et je crois que si aujourd’hui la finance éthique prend de l’essor, c’est parce que de plus en plus de gens prennent conscience de la responsabilité qu’ils doivent exercer sur l’utilisation de leur argent.

Vous avez quitté Villeneuve-sur-Lot pour Toulouse. Pour quelle raison ?
Pour des raisons de proximité et parce que depuis quelques années nos sociétaires et partenaires nous demandaient de le faire, en faisant ressortir le potentiel de la ville et la force de l’agglomération en matière d’économie sociale et solidaire. Nous sommes très heureux d’inaugurer cette délégation toulousaine parce que les raisons pour lesquelles nous sommes venus, ne se démentent pas : nous avons une activité du crédit qui est très importante, et nous sommes dans un environnement très accueillant et très ouvert sur les valeurs que portent la Nef. Nous sommes tout de suite entrés dans du concret ; ce qui est pour nous extrêmement satisfaisant.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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