Entreprendre à l’international: Des opportunités à l’Inde-ustrialisation

Christophe Lèguevaques

Aux dires des économistes, les projections à 2050 placent l’Inde dans le trio de tête des pays dominant l’économie mondiale. Pour Christophe Lèguevaques, président de l’Association ToulousINDE Midi-Pyrénées, « il est indispensable de ne pas louper le coche pour les entreprises de la région, d’être présent dans ce pays au potentiel énorme. » Quels sont les atouts de l’Inde ? Quelles opportunités le pays offre-t-il ? Et quelques conseils pour les transformer en succès.

 

Christophe Lèguevaques, pourquoi un tel intérêt pour l’Inde ?

Je suis allé en Inde, en 2009, avec des amis car mon épouse avait un projet de rachat d’hôtel à Pondichery. Le pays nous a ravis au sens premier du terme et nous avons même décidé qu’elle et nos enfants s’installeraient là-bas le temps d’une année scolaire (2009 à 2011) quand je ferai des allers-retours pour les voir. J’ai été séduit par la culture millénaire qui d’après moi est la source des plus grandes mythologies judéo-chrétiennes. L’Inde est en devenir avec tout ce que cela comporte d’opportunités mais aussi de difficultés. Ce pays est appelé à jouer un grand rôle sur l’échiquier mondial.

 

Vous avez animé une conférence sur le thème « Faut-il investir en Inde ». Quel était votre objectif ?

D’abord, montrer que la culture est un moyen d’échange et de découverte de l’autre, casser certains clichés mais surtout que le marché indien ne peut pas être ignoré des entrepreneurs… Ce serait une erreur stratégique majeure car il fera partie de la troïka composée de la Chine, de l’Inde donc et de l’Afrique, qui dans cinquante ans, seront les moteurs de l’économie mondiale. De plus, l’Inde, offre une stabilité politique car nous parlons d’un Etat de droit même si la corruption et les inégalités existent. Il faut investir en Inde, mais pas n’importe comment, pas n’importe où et pas avec n’importe qui. Il faut trouver les bons interlocuteurs car rien n’est possible là-bas sans un bon partenaire en qui avoir confiance.

 

Pour vous, les investissements ne doivent pas s’entrevoir comme au Maroc ou en Chine qui sont devenus des « ateliers offshore »…

En Inde, la main d’œuvre est également moins coûteuse, mais l’intérêt n’est pas à la délocalisation. Ce serait raisonner avec une vision du XXe siècle car d’ici trente ans, le prix de l’énergie sera considérable et il ne sera pas rentable de délocaliser au vu des coûts de rapatriement. En revanche, disposer d’un poste de fabrication en Inde, zone géostratégique pour couvrir toute l’Asie, restera toujours intéressant.

 

Un marché équivalent au Benelux

 

En quoi l’Inde serait-elle plus attractive pour les entrepreneurs de la région que la Chine ou l’Afrique du Nord ?

Les Indiens n’ont pas mené leur ouverture, en 1991, de la même façon que la Chine car l’effervescence économique est moins canalisée. Mais cette vitalité, cette liberté d’action fait le charme de l’Inde. Le marché intérieur est en croissance et reste une vraie source de revenus. Sur 1.3 milliards d’habitants, 300 millions sont des consommateurs solvables et souvent concentrés dans les grandes agglomérations ; ils représentent donc un marché potentiel équivalent à celui du Benelux en une seule ville. Ceci offre la possibilité aux entreprises de tester leur produit sur une ville pour s’étendre ensuite sur tout le territoire.

 

Quelles filières seraient-elles susceptibles d’offrir un nouveau marché dynamique aux entreprises régionales ?

D’abord l’aéronautique et d’ailleurs Airbus a annoncé que si des PME-PMI souhaitaient investir sur le marché indien, ils étaient prêts à étudier avec eux des moyens de mise à disposition de services localement. Ensuite, les domaines de l’infrastructure reste intéressants car leurs réseaux routier et ferroviaire sont une véritable catastrophe et que nous avons les savoir-faire en Midi-Pyrénées. De même, les Indiens ont un gros problème concernant l’énergie. Le marché du solaire et de l’éolien gardent donc un potentiel énorme. L’Inde dispose de toutes les ressources nécessaires et de l’espace suffisant et reste demandeuse en la matière, consciente qu’elle doit amorcer sa transition énergétique. L’agriculture y est également un secteur porteur, de même que le textile, l’automobile et l’informatique.

 

Quels seraient vos conseils aux entrepreneurs de la région qui souhaitent se tourner vers le marché indien ?

Je pense qu’il est indispensable de se concentrer sur une seule ville et un seul public. Ensuite, il convient de se rendre sur place pour s’imprégner de l’énergie et des besoins des Indiens et d’identifier, dans son secteur d’activité, via l’ambassade, UbiFrance, les Chambres de commerce… le partenaire industriel, commercial ou financier le plus à même d’aider. Le mieux étant de créer une entreprise commune pour que les règles du jeu soit fixées et qu’aucun ne soit lésé.

 

Bangalore en ligne de mire

 

Pour vous, l’Inde est donc un pays dans lequel il est nécessaire d’être présent au risque de se faire doubler ?

Ce marché est potentiellement équivalent au marché américain et il serait fou de ne pas en tenir compte. De plus, il n’est pas réservé aux activités de très haute technologie, il est ouvert à tous les savoir-faire de la région Midi-Pyrénées. Il faut par contre aborder ces marchés localement, et ne pas vouloir partir à la conquête du pays immédiatement. Je pense même que les Toulousains devraient privilégier Bangalore car les deux villes se ressemblent beaucoup. Elles sont orientées aéronautique et spatial mais également nouvelles technologies et biotechnologie. D’ailleurs, les institutionnels devraient penser à un partenariat avec Bangalore.

 

Où en est-on justement des relations entre les institutions régionales et l’Inde ? Sommes-nous disposés à aborder ce marché lointain ?

J’ai commencé, via la conférence « Faut-il investir en Inde ? », à sensibiliser les entrepreneurs de Midi-Pyrénées. Du côté institutionnel, certains craignent qu’il s’agisse là d’une nouvelle source de délocalisation mais il ne faut pas aborder ce marché de cette façon. A l’inverse, la Région a bien compris l’importance de ce marché, de même que la Chambre de commerce et d’industrie et la ville de Toulouse mais il est tellement gros qu’on ne sait pas par où commencer. Bangalore me semble un bon départ…

Propos recueillis par Séverine Sarrat

 

Repère : Christophe Lèguevaques est président de l’association « ToulousINDE Midi-Pyrénées » et de l’association « Saison indienne ». Egalement avocat au barreau de Paris, il officie à Toulouse et a notamment représenté des surirradiés de Rangueil et la ville de Toulouse lors du procès AZF.



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