Du vert à tous les étages ?

Du vert à tous les étages

Aujourd’hui qu’on se le dise, l’habitat fait tache. Gloutons en tous genres, nos toits représentent le plus grand défi écologique qui soit. Le bâti toulousain tend-il à verdir ? Comment acheter durable ? Le point sur le logement du futur, racine d’un business vert… En plein essor.

Le secteur immobilier détient la palme du pollueur derrière les transports et est tenu responsable de 21% des émissions de CO2, de 43% de la consommation d’énergie et de plus de 5% des déchets. Depuis trente ans, professionnels et particuliers planchent sur un autre habitat plus… durable, qui sort de terre aujourd’hui et en séduit plus d’un. Mieux, il est la priorité affichée par de grands groupes industriels ainsi que par des banques et assureurs à la tête de parcs immobiliers parfois importants.

Toulouse au standard BBC

La norme BBC, qui entre en vigueur au 1er janvier 2013 doit diviser par trois la consommation énergétique des logements. C’est une véritable rupture technologique  et culturelle, comparable à l’arrivée du béton dans les années 20. Toulouse a déjà vu pousser sur ses terres près de 6000 bâtiments respectant cette règlementation et en 2012 plus de 90% des permis déposés concernent des constructions BBC. A la clef, un logement plus propre et une sacrée économie à en croire Régine Lange adjointe au Maire en charge du développement durable : «En construisant BBC dès aujourd’hui on économise 120 millions tonnes d’équivalent CO2/an sur le Grand Toulouse. C’est un enjeu majeur.» La facture énergétique moyenne d’un ménage toulousain s’élevant à 1274€/an, on comprend l’attrait non seulement écologique mais aussi financier des futurs acquéreurs. Diviser sa consommation par trois, c’est déjà un argument de choix et face à un parc immobilier vieillissant, le logement écologique apparaît rapidement comme l’immense concurrent d’épaves thermiques, qui bien sûr se loueront et se vendront moins bien lorsque le prix de l’énergie aura augmenté.

Le péril vert ?

Mais attention, passer au vert ne se fait pas sans mal : «Ce n’est pas parce que les normes évoluent que les budgets des acquéreurs suivent.», constate Patrick Saint-Agne de la Fédération des Promoteurs Immobiliers. Le surcoût d’une construction BBC est estimé à plus 10-15% en moyenne. Et bien qu’il ne se répercute pas totalement sur le prix de vente, celui-ci ne peut pas en absorber l’intégralité. Difficile de calculer le retour sur investissement sans connaître l’évolution du coût de l’énergie. Avec un coût fixe, on estime à une quinzaine d’années le temps nécessaire pour amortir la dépense en sus… Grâce aux économies réalisées sur sa facture énergétique principalement. «Mais attention aux a priori sur le BBC», ajoute Patrick Saint Agne, «ces logements peuvent aussi être énergivores si on ne contrôle pas ses consommations.» termine-t-il. Par ailleurs, les acteurs de la basse consommation appellent à la prudence, car ce label séduisant est parfois utilisé à tort et à travers. Mais comment former plusieurs corps de métier, à mesure que le label s’impose aux constructeurs ? «Tout est allé très vite : aujourd’hui les artisans sont encore quasiment ignorants des technologies et méthodes de construction BBC.», poursuit Bernard Reynier, du Cluster Bâtiment économe en Midi-Pyrénées, qui tend à structurer l’offre sur le marché. «Il faut créer des réseaux de formation et fédérer cette offre, cela améliorera les compétences, offrira de meilleures garanties aux acheteurs et surtout une baisse du surcoût qu’on ne voit pas venir pour l’instant.»

Cartoucherie Perspective des halles

Eco quartier : acheter autrement

Au-delà de la future règlementation thermique en vigueur, la ville rose s’emploie à anticiper son passage au vert. Régis Godec, adjoint au maire en charge des éco quartiers annonce : «A Toulouse nous travaillons sur deux projets : La Cartoucherie, 33 hectares à l’emplacement de l’ex-Giat et la Salade, trois hectares placés entre l’avenue de Fronton et la route de Launaguet.» En 2015, 550 logements devraient sortir de terre à la Cartoucherie (pour 3000 à terme) et 380 pour la Salade, le tout en vente en 2013-2014. «Ces projets mêleront logements, services publics (crèche, école, mairie de quartier) et commerces. Mais un éco quartier n’est pas simplement un bâtiment BBC, des services complémentaires sont proposés afin de motiver aux pratiques citoyennes.» Pour ces deux projets, la municipalité entend privilégier notamment le stationnement du vélo, les pistes cyclables et l’offre d’auto partage et de transports en commun. «L’éco quartier permet de montrer qu’à Toulouse, en densité urbaine forte, on peut jouir d’une qualité de vie égale ou supérieure à un quartier situé en faible densité.» Les espaces verts collectifs et les jardins privatifs sont aussi un axe majeur du projet. Difficile pour l’adjoint d’annoncer un prix sans anticipation sur l’évolution du marché d’ici là, mais on sait d’ores et déjà que le terrain acheté à l’Etat à prix fort (27M€) aura un impact sur le tarif final. Acheter durable n’est donc pas une sinécure. Mais que dire de ceux qui souhaitent simplement optimiser leur logement actuel ? Car le parc immobilier se renouvelant à hauteur de 1,5% par an, il faudrait 50 ans pour tout refaire. Le gros challenge de l’immobilier reste donc bel et bien la rénovation.

Aurélie Renne

Comment acheter BBC sans se tromper ?

Quelques pistes à ne pas négliger avant d’investir «durable». Contacter un Espace Info énergie. Mis en place par l’Ademe depuis 2001 les EIE renseignent les particuliers sur les thématiques du logement durable, les diverses solutions énergétiques existantes, les déchets etc. Solagro, 75 voie du Toec, au 05.67.69.69.67 ou info.energie@solagro.asso.fr. Enfin se faire aider d’un bureau d’étude thermique semble indispensable pour s’assurer que les critères BBC d’un logement soient bien respectés.

Toulouse un temps d’avance ? (photo résidence Lizop à joindre ?)

Toulouse prend les devants sur la règlementation thermique 2020 avec le lancement en décembre 2011 par Habitat Toulouse d’une première construction à énergie positive (bâtiment qui produit plus d’énergie qu’il n’en consomme par son fonctionnement). Située entre Reynerie et Bellefontaine la résidence Lizop, proposera une cinquantaine de logements sociaux en décembre 2013. Premier bâti à énergie positive de la région Midi-Pyrénées et précurseur au niveau national en nombre de logements et en diversité de bâti (le projet prévoit 45 logements collectifs et 10 individuels) le projet pèse près de 8 millions d’euros.



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