Dollars ou planète, ils ont choisi !

Fin 2009, la conférence de Copenhague sur le climat, s’était soldée par un échec cuisant savamment orchestré par les Etats Unis et la Chine. Le protocole de Kyoto devant prendre fin en 2012, tous les espoirs reposaient sur le sommet Onusien de Durban qui vient de s’achever au pays des Springboks. Une fois encore, malgré 36 heures de négociations supplémentaires, les pays riches ont pratiqué la ségrégation climatique préférant sacrifier les pays du sud devant leurs intérêts économiques. Vision à court terme et manque de courage politique sont décidément devenus un leitmotiv quotidien.

 

Planète en ébullition

A moins de vivre dans une grotte, isolé de tout, impossible d’ignorer que le réchauffement climatique et ses conséquences suscitent de plus en plus d’inquiétude ! Les mauvaises nouvelles se succèdent en provenance du monde entier et en France pendant que la pire sécheresse observée depuis des décennies frappe la plus grande partie de l’hexagone, le sud est noyé sous des trombes d’eau. Pendant que les stations de montagne se demandent si la neige, la vraie, sera au rendez-vous en décembre, des tempêtes frappent l’Europe et les côtes ouest de notre pays. Les graves inondations qui ont ravagé l’Asie ces derniers mois ont causé la mort d’un millier de personnes et fait plus de six millions de sinistrés. Tornades, typhons et autres phénomènes balaient de plus en plus souvent la planète causant désolation et mort sur leur passage. Notre bonne vieille terre est de plus en plus déboussolée et les prédictions des experts pour l’avenir ne sont pas rassurantes, le tout fortement lié à l’augmentation exponentielle des concentrations des gaz à effet de serre.

Certitude scientifique

La fonte de l’Arctique est liée au réchauffement climatique. Et en mer, il est accentué par la diminution du phénomène dit de l’albedo : la glace par sa blancheur réfléchit les rayons du soleil. Mais en fondant, elle laisse la place aux eaux sombres de l’océan qui, à l’inverse, absorbent la chaleur. L’eau dès lors se réchauffe et accélère à son tour la fonte de la glace… Un phénomène relativement mal appréhendé par les modèles climatiques. Ce qui explique en partie que la fonte totale de l’Arctique durant les mois d’été pourrait intervenir plus rapidement que ce que prévoit le dernier rapport du GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur le climat). Il envisage une mer totalement libre de glace entre 2050 et 2100. Si on s’en tient aux six modèles, sur la vingtaine utilisée par le GIEC, qui traitent la problématique de la glace des pôles, la situation actuelle montre que cette fonte pourrait intervenir beaucoup plus tôt. Il faut remonter plusieurs centaines de milliers d’années en arrière pour trouver un océan Arctique entièrement dégelé.

Quand la mer monte

Une étude dévoilée en juin dernier dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences et financée par la National Science Foundation (NSF), apporte des confirmations sur le lien entre réchauffement planétaire et élévation du niveau des océans. Elle montre particulièrement une hausse de ce niveau sur la côte est des États-Unis, dont la vitesse est la plus rapide de ces deux derniers millénaires. La datation par le carbone 14 des fossiles présents dans les sédiments marins a permis de reconstituer le lien en température du globe et niveau des océans sur les trois derniers siècles et donc d’anticiper l’évolution du niveau marin en fonction des scénarii de réchauffement climatique. N’oublions pas que les côtes accueillent plus de la moitié des populations du globe. Si jus-qu’au XIXème siècle, la progression observée était de 0,5 mm par an, à partir de la révolution industrielle on est passé à 2 mm soit 4 fois plus. Selon le GIEC et ses centaines d’experts et de scientifiques, si nous ne modifions rien à nos comportements et si nous ne prenons pas de mesures drastiques immédiates, compte-tenu de l’accélération des phénomènes, le réchauffement ne pourra pas être contenu et ce n’est plus 2°C mais 4°C d’élévation des températures que nous devrons gérer. Nous devrons nous préparer à voir l’Afrique griller et l’Espagne devenir désertique. L’augmentation des niveaux des océans comprise entre 30 et 50 cm sera catastrophique, au plan humain (provoquant la migration à mini- ma de 700 millions de personnes), écologique (fort impact sur les écosystèmes et la survie des espèces anima-les et végétales) et enfin économique (des centaines de milliards de dégâts…).

La débâcle de Durban

Les décisions issues du sommet des Nations-Unies sur le climat à Durban – COP17 – constituent un crime contre l’humanité, selon “Climate Justice Now”, coalition de mouvements sociaux et de la société civile. Ici en Afrique du Sud, qui a inspiré le mon-de entier par les luttes de libération menée par la majorité noire du pays, les nations les plus riches ont créé avec cynisme un nouveau régime d’apartheid climatique. La conférence de Durban s’achève sur un accord sans engagement, condamnant à une augmentation de la température globale de plus de 4°C, avec pour objectif de diluer les responsabilités à travers la négociation d’un nouveau mandat pour 2015 qui ne serait applicable qu’en 2020. Le traité de Kyoto reconnaissait la responsabilité historique des pays industrialisés et leur assignait des objectifs obligatoires de réduction des émissions jusqu’en 2012 – avec un engagement à définir une deuxième période de 2012 à 2017 (article 3). Le texte de Durban n’applique pas le traité. Il a été seulement «pris note» de la nécessité d’examiner une nouvelle période d’engagements lors de la prochaine conférence, la “COP18” qui se tiendra à Doha (Qatar) fin 2012. Pendant ce temps, le Japon, la Russie, le Canada et d’autres pourront ne pas respecter les obligations qu’ils avaient ratifiées.

Avis d’écologiste

L’égoïsme et le mercantilisme des pays développés et dits émergents ont sacrifié l’Afrique et une partie de l’Asie sur l’autel du dieu “Dollar”. Il est moins cher d’acheter des œillères que de prendre des mesures pour participer à l’effort de diminution de la production des gaz à effet de serre. La question à se poser consiste à savoir si ces économies d’aujourd’hui ne vont pas se transformer à horizon de 50 ans en une Bérézina financière mondiale. Qui financera les dégâts relatifs aux zones englouties, quel sera l’impact social, humain des migrations massives de l’Afrique vers nos pays occidentaux ? A trop mettre la tête dans le sable on finit par s’étouffer ! Un conseil : si vous devez acquérir des biens sur les zones côtières, privilégiez les pilotis ou maisons flottantes comme celles en construction dans les pays nordiques, c’est plus prudent.



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