Démocratie Providentielle

Au-delà de la collection de montres et d’ennuis surmédiatisée de Julien Dray (médiatiquement condamné avant même que d’être entendu par le juge), du scandale des ascenseurs en panne (60 % des 485 000 appareils français ont plus de 20 ans) ; de la volonté du Président Sarkozy (sous l’influence peut-être d’Alain Minc auteur d’une histoire personnelle de la France) de créer un musée d’histoire de France, sorte de «maison de l’histoire» s’articulant autour d’une galerie chronologique censée brosser «une fresque de la construction de l’État-Nation de la France» ; au-delà du pardon contestable de Benoît XVI aux évêques intégristes qui risque de réveiller en France, dans l’église catholique, les démons de la discorde ; au-delà de ces éléments qui alimentent et nourrissent régulièrement la chronique, l’installation du président Obama, l’offensive du PS qui redore son blason d’opposant et «l’appel des appels» que fédèrent les initiatives dénonçant les réformes lancées par Sarkozy, constituent les moments forts et structurants d’une actualité chahutée aussi par le vent, la neige et l’absence de… ciel bleu !

 
La “proclamation” du Président Obama : élection du premier Président noir ; message laïque à la forme christique tourné vers l’idée de responsabilité civique à l’heure de la lutte contre l’absence de constitutionnalisation de l’économie de marché et du libéralisme sauvage ; volonté de rebâtir une cohésion sociale ; reconstruction de la confiance dans les sillons tracés par Lincoln, Roosevelt et Kennedy ; réhabilitation des classes moyennes ; réintroduction d’une démocratie “providentielle” qui a pour condition l’existence de l’État-Providence c’est-à-dire de la redistribution d’une partie des richesses dans la population nationale et qui permet l’égalité réelle et non plus seulement formelle des individus-citoyens ; invention enfin d’une démocratie existentielle où il y ait le plus faible écart possible creusé entre l’intention constitutionnelle de la démocratie qui est d’ouvrir l’histoire et le contenu effectif de certaines existences privées d’avenir et d’historicité. Invention que partagent désormais de plus en plus de gouvernants. Après l’Obamania du candidat, un état de grâce qui va continuer au moins six mois pour le 44e Président.

 


“Marseillaise” chantée par l’opposition parlementaire contre des projets de loi «liberticides», un premier secrétaire qui présente «un contre-plan» de relance mettant en exergue l’absence de marge de manœuvre budgétaire qui paralyse la politique économique du gouvernement, dépôt d’une motion de censure : autant d’éléments permettant au PS de redorer son blason et de confirmer son réveil.

 

 
Peut-on pour autant penser qu’il offre déjà une alternative et une alternance crédibles ? Il est beaucoup trop tôt pour l’affirmer. C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle les 20 000 signataires de «l’appel des appels» semblent vouloir faire sonner le tocsin de la contestation. Il s’agit-là d’un événement qui dépasse de loin «le jeu du mécontentement catégoriel» souligne Laurent Joffrin ajoutant qu’il y a là «un phénomène politique qui n’émane pas du monde des élus, des responsables des partis, des syndicats. Il vient de la société.»
Le 29 janvier : manifestation nationale concernant l’éducation avec grève nationale. Le 31 janvier : coordination nationale des contestataires de la “société civile”. Le moment peut-être de rappeler que pour Cicéron «societas civilis» voulait dire «société politique».

 


On attend du Président de la République des réponses qui tiennent autant des valeurs républicaines que de sa conception de la démocratie providentielle et existentielle.

Stéphane Baumont


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