Demain la Révolution ?

Il y a d’abord celles et ceux qui, estimant le moment opportun, veulent créer l’événement en effectuant leur entrée ou leur retour médiatique. Avant le 19 mars et à trois mois des élections européennes dont la campagne a timidement commencé avec un Cohn-Bendit qui fait, fatigué, la campagne de trop, une UMP qui cherche le bon rythme entre la technicité peu communicante d’un Barnier et l’humour cinglant du Président de l’UMP, enfin un PS qui inaugure la géographique du tourisme politique de Peillon à Weber.

 
Ainsi sont créateurs d’événements dans le landerneau politico-médiatique : Rachida Dati, assumant pleinement son bilan, déniant être une intrigante, faisant de sa maternité «l’événement le plus marquant de sa vie» et désormais «passionnée pour l’Europe» ; Serge Lechtimy, député-Maire de Fort de France lançant un appel pathétique en faveur de la République («Nous voulons la République ; les Martiniquais veulent vivre dans une République et cette République est la France») ; Yazid Sabeg estimant nécessaire de «mesurer la diversité ethnique» tout en refusant l’instauration de tout quota dans le monde politique et ouvrant ainsi une boîte de Pandore d’où le pire plutôt que le meilleur peut sortir dans le climat actuel ne semblant pas assez marqué par ce que Régis Debray appelle dans son dernier ouvrage “Le moment Fraternité” ; Dominique Strauss-Kahn poussant un cri d’alarme en estimant le coût de la crise «entre 1,4 et 2,8 millions d’enfants qui mourront d’ici à 2015 dans les pays les plus pauvres», devenant ainsi «l’avocat des oubliés du grand marché planétaire» et soulignant que le FMI est là pour «garantir des pays qui se retrouvent victimes d’une crise née chez les autres».
Au-delà de ces irruptions événementielles qui ne structurent pas pour l’instant le débat politique mais l’enrobent dans une conjoncture de crise, semble progresser l’anti-sarkozysme : pour les sondeurs «on assiste à une déception incontestable de l’électorat. Elle ne s’est pas encore transformée en désaffection. Mais la crise et la montée du chômage ne peuvent que générer un mouvement social qui va se traduire par un anti-sarkozysme plus marqué». Les mouvements de contestation se multiplient, le temps de leur coordination semble approcher puisqu’il est question de transformer – le 22 mars prochain… un nouveau «mouvement du 22 mars comme en 1968 ?» – une pétition de 71 000 personnes en «cahier des charges comme les cahiers de doléances de 1789».
En est-on arrivé au temps utopique mais réel de la désobéissance civile et de la contestation “révolutionnaire” ? L’incompréhension relative à l’argent “donné” aux banques et au plan de relance entraîne-t-elle un mouvement dynamique s’accélérant ? Assiste-t-on à la naissance d’un nouvel imaginaire politique inscrit dans les mouvements sociaux ? La convergence des luttes est-elle accélérée par l’élément aujourd’hui le plus fédérateur : l’antisarkozysme ? Autant de questions dont les réponses marqueront le semestre à venir et qui semblent d’ores et déjà montrer que l’abstention “militante” et le vote-sanction contre les partis du gouvernement (UMP comme PS) pourraient constituer le résultat d’européennes où le NPA, Bayrou et Cohn-Bendit-Bové pourraient attirer des voix surtout contestatrices et posant à leur leader la question du débat du 9 février dernier au Théâtre du Rond-Point à Paris : «Demain, la Révolution ?»

Stéphane Baumont


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