Défaillances des entreprises: « La situation ne se dégrade pas mais reste préoccupante »

La société Altares vient de publier son étude annuelle sur les défaillances d’entreprises et le constat est loin d’être réjouissant. En Midi-Pyrénées, les chiffres restent stables tout en trônant à un seuil inquiétant. Thierry Million, directeur des études de la société Altares, livre son analyse.

 

Thierry Million, vous dressez un premier constat, à savoir « les défaillances d’entreprises en Midi-Pyrénées restent stables (+0.2%) contrairement à la tendance nationale (+2.7%). » Comment l’expliquez-vous ?

Elles sont stables en 2012, elles l’étaient en 2011, en 2010 mais en 2009, les défaillances d’entreprises ont connu un pic à 2 550, ainsi l’on reste malgré tout sur un niveau élevé de 2 571 faillites l’année dernière. Sur l’ensemble du territoire, les chiffres sont moins favorables parce que certaines régions affichent des tendances fortes du fait de leur importance économique mais de façon générale, la plupart sont bien au-delà des 0.2% de la région Midi-Pyrénées. Ce signe positif s’explique par la bonne résistance des TPE, des artisans, des commerçants qui travaillent seuls.

 

Les entreprises midi-pyrénéennes les plus en difficulté sont alors les PME-TPE qui emploient des salariés ?

Effectivement parce que le nombre des défaillances des PME-TPE qui n’ont pas de salarié, a reculé de 6%. En revanche, dès lors que l’entreprise dispose d’employés, la situation se complique fortement. Lorsqu’un entrepreneur est seul et qu’il subit un passage difficile, il sait où faire le dos rond, en ne s’attribuant pas de salaire, en mettant en place des mesures d’économie drastiques. Mais quand un salarié est présent, il a besoin de faire passer des charges fixes et le ou les employés doivent être payés. La dimension employeur est de toute évidence une donnée sensible.

 

A priori, les entreprises de plus de 15 ans ne sont pas plus à l’abri que les autres puisque leur défaillance est en augmentation de 13% dans la région ?

Effectivement, parce qu’à tout cela s’ajoute un contexte encore fragile et les entreprises de grandes tailles, ainsi que les sociétés anciennes sont des structures en difficulté. Les plus vulnérables, dans la région, sont les plus âgées, tandis que, globalement, au niveau national, le point de sensibilité est plutôt porté par les entreprises qui ont entre six et dix ans, autrement dit qui ont été créées avant la crise et qui avaient effectué des pronostics d’activité qui ont été pris à défaut. Sur Midi-Pyrénées, nous sommes sur une dimension différente car il est recensé plus de 400 défaillances de sociétés anciennes, et il s’agit d’un record. Au pire de la situation, en 2009, nous n’étions qu’à 376 faillites. De plus, de par leur maturité, ces entreprises possèdent des salariés, généralement plus de vingt, ce qui implique donc des licenciements et un impact certain sur l’emploi. 8 500 postes sont ainsi concernés.

 

Les trésoreries posent problème

 

Le mal qui ronge ces entreprises est-il toujours inhérent à un manque de trésorerie ?

En 2012, nous avons observé une reprise économique ce qui a effectivement, « mangé les trésoreries. » Les entreprises ont besoin de trésorerie lorsque surviennent des périodes difficiles et à l’inverse, la situation se détend quand on observe une reprise d’activité. Mais c’est systématiquement l’inverse qui se produit car, en situation de crise, les entreprises n’ont plus de clients, brutalement, et leur carnet de commandes s’effondre. Deux solutions s’offrent alors à elles : soit l’entreprise se trouve dans un état critique et le bilan est déposé de suite ce qui explique la recrudescence des faillites en 2009, soit elle tente d’entreprendre des mesures de réorganisation, de réajustement par des licenciements et l’adaptation des outils de production. La société a alors moins besoin de trésorerie puisqu’elle dépense moins à tous les niveaux. Au contraire, lorsqu’elle est dans une phase de reprise, comme c’est le cas aujourd’hui, elle retrouve des clients et réamorce un business en rachetant des stocks, des fournitures, voire de l’équipement et des ressources humaines. Cela nécessite du financement et c’est à ce moment-là que les entreprises ont besoin de trésorerie. Or, dans un même temps, le contexte d’engagement financier a changé depuis la crise et l’avènement de Bâle III (les banques doivent présenter un niveau de fonds propres minimum avant de sortir de l’argent). Ainsi, moins de crédits court terme sont accordés aux entreprises.

 

Quelle est l’alternative ?

Tout simplement que les entreprises trouvent le cash dont elles ont besoin en veillant au règlement de leurs factures par leurs clients. Aujourd’hui, les retards de paiements sont sensibles et cet exercice devient délicat. Il faudrait d’abord que les grands donneurs d’ordres montrent l’exemple en la matière… car une faillite sur quatre est due à des retards de paiements.

 

Une reprise molle est souhaitable

 

La reprise économique reste molle, un redémarrage vif serait-il souhaitable ?

Pas forcément ! Si une entreprise doit livrer deux clients en faisant appel à deux salariés, c’est déjà compliqué, mais si demain il fallait que quatre employés livrent quatre clients, il faudrait les payer à un moment où l’argent ne serait pas encore rentré. Le chiffre d’affaires se constitue une fois que les travaux sont réalisés. Si la reprise était trop rapide, les entreprises seraient asphyxiées. Dans l’idéal, nous aurions besoin d’une reprise un peu plus rapide que celle que nous connaissons mais dans une mesure raisonnable, pour que les entreprises aient le temps d’aménager leur structure.

 

Au regard de ces constats, comment expliquez-vous la stabilité de Midi-Pyrénées ?

Ce n’est finalement pas forcément positif car Midi-Pyrénées reste bloquée au seuil des 2 500 faillites et même si ce chiffre est meilleur que le niveau national, il n’est pas bon ! Les créations d’entreprises restant atones, on pourrait s’attendre à une baisse des défaillances qui traduirait un regain d’activité, or ce n’est pas le cas. Pour résumer, la situation ne se dégrade pas mais reste préoccupante.

Propos recueillis par Séverine Sarrat

 

 

Repères : Altares propose depuis début 2005 deux cycles d’analyses trimestrielles, dans deux domaines spécifiques de la connaissance inter-entreprises, liés aux échanges économiques : les défaillances d’entreprises en France et les retards de paiement en Europe.



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