Adishatz Pierre Fabre !

Pierre Fabre, fondateur des laboratoires pharmaceutiques éponymes, a tiré sa révérence samedi dernier (l’enterrement a eu lieu hier à Castres). Très attaché à sa région qu’il ne s’est jamais résolu à quitter, l’entrepreneur mondialement reconnu s’est éteint à Lavaur, dans le Tarn, des suites d’une longue maladie, laissant 10 000 salariés dans le deuil… et une lutte pour sa succession qui s’annonce mouvementée.

 

A 87 ans, Pierre Fabre s’en est allé, après avoir lutté contre la maladie avec autant de virulence et de pugnacité, qu’il a créé et développé les Laboratoires pharmaceutiques du même nom, aujourd’hui troisième plus important de France derrière Sanofi et Servier. Il laisse derrière lui un empire qu’il aura mis cinquante ans à bâtir et que tout le monde salue à l’unanimité, à commencer par Didier Gardinal, président de la Chambre de Commerce et de l’Industrie Midi-Pyrénées : « Sa réussite et celle de son groupe resteront un modèle d’engagement au service de l’économie régionale et nationale. »

Tout commence en 1951, quand Pierre Fabre, alors pharmacien, ouvre sa première officine à Castres. Toujours en activité aujourd’hui, la petite boutique témoigne encore des débuts de celui qui deviendra plus tard l’un des plus grands industriels français, comme en témoigne Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif : « Avec son décès, la France perd un capitaine d’industrie de grand talent qui a su faire rayonner l’excellence de la pharmacie française dans le monde. »

A 35 ans, après dix ans d’activité pharmaceutique et de recherche, il met au point le premier veinotonique naturel et crée les Laboratoires Pierre Fabre en 1962. Le succès est fulgurant et l’entrepreneur, visionnaire, entame alors le développement de son entreprise qui n’aura de cesse de perdurer pendant cinquante ans. Dans un premier temps exclusivement axé sur les recherches médicamenteuses, Pierre Fabre décide de se lancer dans la dermo-cosmétique et, en 1965, rachète les Laboratoires Klorane. Aujourd’hui, la spécialité constitue 53% des revenus du groupe et lui permet de devenir le numéro 2 européen derrière L’Oréal. « Je tiens à saluer le grand homme qu’il était, bâtisseur visionnaire, toujours en avance sur son temps », commente Jean Iglesis, président de l’UDI31.

 

Industriel visionnaire

 

Ambitieux, Pierre Fabre souhaite rapidement étendre son groupe et rachète tout à tour les Laboratoires Inava (1963), Ducray (1969), Galenic (1977) et René Furterer (1978) avant de fonder son propre atelier de recherche, Avène dans les années 1990. L’empire Pierre Fabre prend alors forme et atteindra sa configuration définitive dans les années 2000, après le rachat des Laboratoires Genesis et Darrow Laboratorios. Les Laboratoires qui ont réalisé 1.978 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2012, emploient actuellement 10 000 salariés à travers le monde dont 6 700 en France. Mais devant un tel succès, l’homme a su rester humble et surtout humain, comme le souligne un communiqué officiel de l’entreprise : « Monsieur Pierre Fabre a eu le souci permanent du bien-être de ses collaborateurs en les associant notamment au capital de la société et en attachant à la qualité des rapports humains une attention de tous les instants. » Celui qui était surnommé « Dieu le Pierre » dans ses laboratoires, tenait cette réputation tel un étendard, en témoigne Christophe Borgel, député PS de Haute-Garonne, qui « salue la mémoire d’un grand industriel mais aussi d’un humaniste. »

Pierre Fabre aimait les Hommes mais aussi la terre, sa terre, celle du Tarn. Très attaché à ses racines, il a toujours privilégié l’ancrage local en maintenant le siège social de son entreprise internationale à Castres, tout en essaimant à travers la région, notamment à Toulouse où « ce modèle pour les jeunes générations », comme le précise Philippe Lasterle (UDI31), a implanté son ultime contribution à la recherche locale : l’Oncopole. « Jusqu’à ses derniers jours, il aura imaginé et construit des projets dont l’un des derniers aura été le Cancéropole dont il restera l’inspirateur et le principal acteur », témoigne Martin Malvy. Et Pierre Cohen de rajouter : « Pierre Fabre a été l’un des moteurs les plus précieux de l’Oncopole en y implantant, le premier, son laboratoire. » Pour Jean-Luc Moudenc, il aura même été la pièce maîtresse de ce programme : « Le beau projet d’avenir que constitue le Cancéropole-Oncopole n’aurait pas pu voir le jour sans le soutien sans faille de Pierre Fabre. »

Pour son implication dans la valorisation économique de sa région, Pierre Fabre a donc été l’une des figures locales les plus reconnues, mais il s’est également engagé pour en préserver les valeurs et l’image. Pour preuve, son soutien inconditionnel aux acteurs qui en font la réputation, tel le club de rugby du Castres Olympique, cher à son cœur, qu’il aura vu remporter le bouclier de Brennus l’an passé. « Profondément attaché à son territoire, Pierre Fabre était un profond humaniste doublé d’un grand mécène. Le Tarn, Toulouse et Midi-Pyrénées lui doivent beaucoup ! » reconnaît Gérard Trémège, maire de Tarbes.

 

Qui pour succéder ?

 

Pourtant discret, Pierre Fabre était aussi un homme de presse. Passionné par les médias, il détiendra pour les plus renommés, via sa holding Sud Communication, Sud Radio et Sipa press (vendue respectivement en 2005 et 2011), mais aussi sept titres de Centre-France-la-Montagne, le groupe de presse Valmonde et 6% au capital de la Dépêche du Midi. Mais s’il les possédait, Pierre Fabre avait tendance à fuir les médias et c’est en toute discrétion qu’il a aussi organisé, minutieusement, sa succession. « Seul, en France, dans ce cas, il avait donné à sa Fondation, les 2/3 de son capital, après que la législation l’a permis en 2005, à mon initiative », explique Bernard Carayon, maire de Lavaur. Et ce, pour éviter le démantèlement ou la délocalisation de son empire après sa mort, car célibataire et sans enfant, il se doutait bien que la lutte pour sa succession ne serait pas aisée. Il avait d’ailleurs éprouvé plusieurs directeurs généraux pour y trouver son potentiel dauphin mais en vain. Aujourd’hui, Eric Ducournau, directeur du pôle dermo-cosmétique et Pierre-Yves Revol (ancien président du Castres Olympique), hommes de confiance de Pierre Fabre, semblent les mieux placés. Mais c’est sans compter sur le neveu même de Pierre Fabre, Jacques, qui souhaite garder l’entreprise, familiale… Les Laboratoires communiqueront prochainement les dispositions prises pour assurer, dans les meilleures conditions, la poursuite de l’aventure initiée par Pierre Fabre.

 

Séverine Sarrat

Retrouvez notre diaporama ici 

 



UN COMMENTAIRE SUR Adishatz Pierre Fabre !

  1. Fernandez dit :

    RESPECT, monsieur Pierre FABRE.
    Castres, le Tarn, Midi Pyrénées sont en deuil

    Luis F.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.