Crise boursière; La crise de confiance persiste et n’a jamais été aussi longue

La crise boursière démarre en juillet 2007 par la crise des subprimes immobilières aux USA. Par le fait de la titrisation, ces opérations de crédits immobiliers américains (les subprimes) se sont accompagnées de transferts de risques calamiteux sur les marchés mondiaux car très mal évalués et provoquant ainsi des pertes injustes sur tous les marchés boursiers. Cette crise boursière ne ressemble pas aux crises de 1987, de 2001 (Bulle internet) et de 1998 (crise Asiatique) sur sa teneur mais à ces différentes crises en ce qui concerne leur mécanisme.
La crise qui ressemble le plus à celle que nous subissons est celle de 1929. En effet, ces 2 crises partent de la dette américaine qui est le cœur du problème et sa propagation fut mondiale (plutôt européenne à cette époque).
- En 1929, la finance avait “gonflé” pour nourrir une révolution industrielle et les banquiers avaient gagné des fortunes en faisant “n’importe quoi”. Mais à cette époque, c’était un ralentissement de l’activité qui avait emmené la finance dans la tourmente.
- La crise actuelle est grave car la finance s’effondre sur elle-même et risque d’entraîner l’activité dans sa chute. L’irrésponsabilité individuelle et l’extrême court termisme qui dominent le monde financier depuis quelques années ne menacent pas seulement nos banques mais mettent en danger la vitalité de nos entreprises, leur capacité à investir pour l’avenir plutôt que pour le prochain trimestre. Il faut savoir que les Etats ont largement participé à cette crise en favorisant la dérégulation financière il y a quelques années pour éponger leurs dettes.
Les banques théoriquement garantes du bon fonctionnement de notre tissu économique, s’avèrent avoir utilisé leurs maigres bilans pour prêter au-delà du raisonnable à ceux qui ne devraient pas emprunter, et distribué des produits dérivés sophistiqués dissimulant des risques incompréhensibles même pour les dirigeants des banques.
Il faut dire que la finance bancaire est cloisonnée et fermée. Elle est gérée par des banquiers, des industriels, des hauts fonctionnaires et des hommes politiques qui décident seuls des affaires monétaires et financières. Or, la situation actuelle est arrivée à une crise de confiance car le sentiment général est “qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion”.

 

Pourquoi la confiance est si dure et si longue à se rétablir

En effet la crise actuelle est une crise de confiance dans les marchés boursiers. Pour reconstituer la confiance il faut certes quelques gestes forts des gouvernements : fournir de la liquidité, fixer les prix planchers aux marchés déboussolés en reprenant ou en assurant certains des actifs les plus risqués, baisser les taux directeurs, et faire des exemples en diminuant les revenus des traders et des grands patrons par les stock options… La sortie de crise ne peut commencer que de cette façon-là. Cependant, l’investisseur ne peut reprendre la confiance aussi rapidement car il s’est senti “dupé”. Ce sentiment de duperie va durer car chaque personne se méfie de l’autre (ou chaque Etat). En terme technique cela s’appelle une asymétrie d’information (théorie de Stiglitz). Cependant, c’est la première fois que cette asymétrie est très forte car elle persiste. On a toujours de l’asymétrie d’information, même si l’information publique est connue par tout le monde. En effet, les petits investisseurs (épargnants) n’ayant ni le temps, ni la connaissance pour analyser la valeur des actifs, n’utilisent pas l’information comme les spécialistes. On devine donc facilement qui subit les pertes en cas de crise avec ou sans intervention de l’Etat, (les petits investisseurs). Ce phénomène est connu mais là, il se prolonge. Dans cette crise, un autre élèment intervient est que l’information nécessaire pour évaluer la qualité des titres financiers est à la fois incomplète en plus d’être asymétrique. Elle est incomplète car le prix d’un bien refléte le passé et le prix d’un titre est une promesse de revenu futur c’est-à-dire la vision que se fait un investisseur dans le futur. Aussi, les marchés financiers ne peuvent fonctionner efficacement qu’avec une information précise et partagée sur la qualité des produits. Or, les analystes financiers comme Enron n’ont pas donné satisfaction et les agences de notation ne sont plus trop crédibles depuis qu’elles ont échoué ou omis de donner l’information sur la qualité des obligations adossées à des crédits immobiliers. Autre point qui retarde la confiance des investisseurs aux marchés financiers est le caractère mondial de la crise qui touche en même temps tous les Etats. Chaque pays s’interroge sur la possibilité de défaillance d’une banque aux USA, en Europe, dans un pays émergent. Cette mondialisation n’est pas sans conséquence. Si les marchés mondialisés coordonnent spontanément leur défiance, il n’existe aucune autorité internationale dont la légitimité permettrait de redonner la confiance.

Orientation pour éviter les crises

Il faut une coordination internationale qui peut faire quelque chose car le FMI n’a pas les moyens financiers, les USA ne sont plus crédibles, l’Europe n’a pas de ligne commune.
Il se pourrait que l’on revienne à un autre moyen bien connu : l’inflation pour disséminer les risques et les pertes que ces titres engendrent. Cependant, l’inflation ne doit pas s’emballer car elle est aussi aveugle et inéquitable que les crises de marché mais beaucoup plus répartie et indolore, c’est une politique tentante pour les gouvernements.
Mais, il faut surtout une réforme de la finance de marché pour éviter la crise comme nous sommes en train de la subir. Les épargnants devront être mieux informés en contraignant les institutions financières à plus de responsabilité dans la prise de décision des risques.

Genevieve Nouyrigat
Maître de Confèrences
Laboratoire du CERAG (Grenoble)
Université Pierre Mendes France
www.univpro.com


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