Conjoncture: L’économie toulousaine fait grise mine

« Pour Christine Le Galo, présidente de la commission Commerce à la CCIT, le temps maussade aura eu un fort impact sur l’économie locale

 

Tout comme le soleil, les terrasses ne sont pas encore sorties et quand bien même, les cafetiers commenceraient à les étaler devant leur seuil, elles ne feraient pas long feu sur les trottoirs. Pas plus de trois jours de beau temps consécutifs, rendent les Toulousains moroses mais pas que… l’économie locale est également en berne. « En hiver, il est normal et prévisible pour les restaurateurs et les cafetiers, de ne pas réaliser le même chiffre d’affaires qu’en été car souvent, ceux qui peuvent déplier leur terrasse par beau temps doublent ainsi leur nombre de clients et par la même occasion, leur bénéfice », précise Willy Bardin, président du Synhorcat, le Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs. Toutefois, les commerçants de ce secteur d’activité comptent en général sur le printemps pour amorcer leur saison. Cette année, ces derniers ont fait une croix sur les parasols en mai et juin, mois où traditionnellement, les Toulousains commencent à se retrouver en terrasse. Et le manque à gagner reste conséquent : « concernant les restaurants et les bars, nous observons une baisse de 20 à 40% du chiffre d’affaires sur les deux mois d’avril et mai », constate le président du Synhorcat. Autant de perte que les commerçants ne parviendront sûrement pas à compenser, car, même si les mois d’été restent ensoleillés, « il ne faut pas oublier que les Toulousains partent en vacances et ne seront plus là pour consommer », rajoute-t-il. Ainsi, seuls les touristes pourraient venir grossir les rangs des consommateurs estivaux. Mais les espoirs restent minimes car « la crise vient s’ajouter au mauvais temps ! Même si la fréquentation touristique est conséquente cet été, les gens ne consomment plus beaucoup, leur pouvoir d’achat ayant nettement diminué », déplore Willy Bardin.

 

Les pertes ne seront pas compensées

 

Et si les restaurateurs et les cafetiers restent les plus touchés par l’influence du temps, d’autres accusent également le coup ! Les commerçants, même ceux ayant pignon sur rue, « sont incontestablement impactés par le mauvais temps et plus précisément par la pluie », explique Christine Le Galo, présidente de la commission Commerce à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Toulouse. L’influence du temps sur les chiffres d’affaires des commerçants est d’abord directe : « dans un premier temps, les potentiels clients ne sortant qu’avec le soleil, la pluie engendre forcément une chute de la fréquentation. Dans un second temps, la grisaille amène une certaine morosité chez les gens, ce qui renforce clairement la baisse de la consommation, déjà bien impactée par la crise », constate Christine Le Galo. Mais les conséquences peuvent également être indirectes : « lorsqu’il fait froid en avril ou mai, les Toulousains ont tendance à rallumer le chauffage et donc à devoir ménager un budget qu’il n’auraient pas prévu en temps normal. C’est d’autant plus d’argent qu’ils n’auront pas à dépenser dans les commerces », analyse la présidente de commission, « et c’est sans compter sur le fait que les Toulousains préfèrent désormais épargner que dépenser. » Ce qui, bien sûr, n’arrange pas les affaires des commerçants. Cependant, tous ne sont pas touchés de la même manière. Les boutiques d’habillement féminin, déploreraient une baisse de 20% de leur chiffre d’affaires, quand les magasins de prêt-à-porter pour hommes observent une chute de 30%. En ce qui concerne l’alimentaire, les commerçants accusent également un recul de 30%, mais parmi ces derniers, ce sont bien sûr les glaciers (-20%) et les vendeurs d’articles pour barbecue et jardins qui qui voient leur CA en chute libre. Encore une fois, ces pertes ne pourront pas être rattrapées, notamment pour les commerçants alimentaires. Propriétaire d’une boulangerie située sur la place St Georges, Christine Le Galo, a elle enregistré « une baisse de 5% » de son chiffre d’affaires, depuis le début de l’année.

 

Les soldes en dernier espoir

 

Mais si l’alimentaire ne peut plus endiguer l’hémorragie, il reste encore les soldes pour redresser les comptes des commerçants de l’habillement. « Hélas, s’ils parviennent à bien écouler leur stock et ainsi dégager un bon chiffre d’affaires, leur marge restera dérisoire, c’est bien là l’inquiétant », déplore la présidente de la commission Commerce à la CCIT. Ainsi, l’organisation de ventes privées ou de promotions exceptionnelles vont sûrement fleurir et la période des soldes, prévue du 26 juin au 30 juillet en Haute-Garonne, s’annonce intense. « Nous nous attendons à des premières démarques à -50% », annonce Christine Le Galo. Mais en attendant, les commerçants restent anxieux, voire pessimistes quant au mois de juin dont les premiers jours pourraient faire illusion, il n’est a priori pas prévu d’amélioration notable, la pluie devrait refaire son apparition. « Cela devient vraiment problématique pour ceux qui ne disposent que d’une petite trésorerie et à qui les banquiers refusent des prêts et je n’exclus pas des dépôts de bilan », assène la membre titulaire de la CCIT. Les conséquences restent donc importantes, cependant elles ne sont pas totalement imputables au temps, la crise et la baisse du pouvoir d’achat y étant pour beaucoup. Quant aux prochains mois, impossible de prévoir la moindre tendance : « Il serait très hasardeux de faire des prévisions pour cet été et tous ceux qui prétendent pouvoir en faire et annoncent un été catastrophique n’ont que peu de crédibilité », explique Anne Orliac de Météo-France. Les acteurs économiques devront donc attendre pour savoir si oui ou non, leur saison sera sauvée.

Séverine Sarrat



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