Conjoncture du marché de l’automobile: Le low cost donne un coup d’accélérateur


A l’image de la situation nationale, Midi-Pyrénées enregistre des chiffres en constante baisse depuis plusieurs années en ce qui concerne la distribution et l’après-vente automobile. 2012 n’a pas dérogé à la tendance et les ventes de véhicules neufs, comme d’occasion, sont en berne. Raymond Vié, président du Conseil national des professions de l’automobile Haute-Garonne revient sur un bilan 2012 en demi-teinte et des perspectives peu optimistes.

 

Raymond vié, pouvez-vous dépeindre un premier bilan de l’année écoulée, concernant les ventes de véhicules sur la région Midi-Pyrénées?

Le chiffre d’affaires des professionnels de l’automobile de la région diminue une nouvelle fois et perd 2.5% depuis un an et demi. Cet indicateur ne cesse de reculer, confirmant ainsi la lente érosion de l’activité. Tous les métiers du commerce et de la réparation sont en difficulté. Pour être plus précis, les ventes de véhicules neufs régressent et le chiffre d’affaires a baissé de 8% sur le neuf, en particulier cet été, et de 1% sur les occasions. Cela ne paraît pas excessif mais il faut être logique ; pendant plusieurs années, nous avons affiché des scores très importants, notamment grâce à la prime à la casse, et les entreprises se sont adaptées à ces chiffres, tant concernant l’emploi que les infrastructures. Aujourd’hui, ces mêmes sociétés se retrouvent en difficulté. Toutefois, la région se trouve dans la norme nationale.

 

Concrètement, quel est l’impact des difficultés de la filière automobile sur les emplois ?

Sur l’ensemble du territoire français, nous observons une réduction de 3 000 postes depuis le début de l’année, ce qui doit représenter environ une trentaine d’emplois dans la région Midi-Pyrénées.

 

Comment limiter l’impact de la baisse des ventes de voitures sur les sociétés de distribution de véhicules ?

Ces chiffres vont être difficilement modifiables ! Par contre, la rentabilité ne pourra être améliorée qu’en diminuant les charges d’exploitation. Sinon, les entreprises se verront obligées de modifier leur structure, tant au niveau de leurs effectifs que de leur surface d’exploitation et des bâtiments. Certaines entreprises établies, il y a sept ou huit ans, ont construit des bâtiments importants pour pouvoir stocker des véhicules et se retrouvent aujourd’hui avec une surface trop importante pour le trafic actuel. De même, une diminution des surfaces induit une baisse des loyers et des impôts, ainsi que des charges fixées par l’Etat. Tout cela peut permettre de revenir à une forme de rentabilité ou, au moins, d’équilibre.

 

La prime à la casse désuète

 

Le salut viendrait donc plus d’une baisse des taxes que des mesures incitatives telles la prime à la casse ?

Cette dernière a permis de sauver les constructeurs et les importateurs, en sachant que les distributeurs étaient contraints de l’appliquer avec des obligations administratives si importantes que le moindre grain de sable pouvait retarder les indemnisations par les services concernés. Elle aura permis également de dégorger des stocks chez les distributeurs et les constructeurs et à l’Etat de récupérer les TVA sur les marges qui n’étaient pas encaissées jusque-là. Tout le monde en a profité mais aujourd’hui, nous arrivons à saturation puisque les utilisateurs possèdent désormais des voitures récentes. Cette mesure n’a donc plus son utilité ; il faut stopper la fuite en avant.

 

Qu’en est-il du marché de l’occasion ?

Il est également en baisse parce que les consommateurs n’achètent plus autant de véhicules neufs, ce qui implique peu de reprises et donc peu d’occasions. Ce marché reste quand même important… tout en sachant que 60% des voitures d’occasion sont échangées entre particuliers et 40% vendues par des professionnels. Il y a cinq ans, la tendance était à l’inverse.

 

Si les utilisateurs achètent moins de véhicules neufs, cela signifie qu’ils gardent leur voiture plus longtemps… ce qui implique une sollicitation du secteur de la réparation. Ce dernier est-il en progression ?

Théoriquement, les réparateurs devraient en effet, avoir du travail en grosse quantité, mais ce n’est  pas le cas. En cause, la diminution importante du nombre de kilomètres parcourus en moyenne par les automobilistes : nous sommes passés de 15 000 km/an à 13 000 km/an et descendons aujourd’hui à 10 000 km/an. Sur cette base, une voiture neuve n’aura besoin d’un premier contrôle que trois ans plus tard, ce qui implique une diminution des prestations et des fréquentations des ateliers. L’activité après-vente accuse donc un repli de 5%, notamment au deuxième trimestre 2012.

 

L’avenir se trouve dans le low cost

 

Si les ventes de véhicules neufs ne font plus recette, les stocks en sont-ils pour autant plus importants ?

Les stocks se sont rationnalisés. Les producteurs ont ajusté leur fabrication en fonction des commandes et n’immobilisent plus d’argent en matière première, en main d’œuvre ou en outillage industriel pour stocker les véhicules sur un parking en attendant d’hypothétiques achats. La limitation des stocks est à la fois un avantage pour les distributeurs et une contrainte puisqu’ils ne peuvent fournir rapidement leurs clients.

 

Plus précisément, certaines marques s’en sortent-elles mieux que d’autres ?

Les marques dites « de luxe » ont l’avantage de ne pas avoir de contraintes de prix puisqu’elles s’adressent à un public aisé. Quant aux marques « généralistes », leur volume de vente reste élevé mais le panier moyen se positionne plus bas. En ce qui concerne les marques françaises, seule Dacia est en progression de 4.25% grâce à son exploitation du marché low cost. Citroën et Peugeot n’ont pas su sortir ce type de véhicules et le payent aujourd’hui, mais ils réagissent et je pense qu’ils vont rapidement s’engouffrer dans ce marché du bas prix. Dans tous les cas, l’avenir se trouve dans le low cost, mais aussi dans l’électrique et l’hybride.

 

C’est là que se trouve l’avenir des distributeurs automobiles ?

La filière automobile est le témoin de l’éclosion d’une nouvelle société de consommation, les besoins actuels ne sont plus les mêmes. Les usagers privilégient maintenant le prix au confort et sont prêts à retirer des options pour tirer les prix vers le bas. D’où le succès des véhicules low cost… C’est sûrement là que se trouve l’avenir de la filière. A chacun de s’y adapter.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat

 



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