Clin avenir Pour lutter contre les fonds d’investissement

Médipole Garonne
Médipole Garonne

Depuis plusieurs années, les cliniques privées subissent de profondes mutations et dénoncent leur «rachat par des fonds d’investissements étrangers guidés par une logique financière». Dans ce cadre, les cliniques Pasteur, Médipôle Garonne, St-Exupéry et Monié se sont unies pour créer «Clinavenir», une alliance d’établissements privés. L’un de ses instigateurs, Henri Gémar, président de Médipôle Garonne, revient sur cette initiative.

Pourquoi avoir choisi de créer ce groupement de clinique ?

Cette alliance a été créée avec la clinique Pasteur, positionnée en cardiologique et cancérologique, la clinique Médipôle Garonne, qui garde majoritairement une activité orthopédique, la clinique Saint-Exupéry qui prend en charge le traitement de l’insuffisance rénale chronique et, pour finir, la clinique Monié, spécialisée en médecine gériatrique et de soins de suite.

La première des raisons qui nous ont poussés à officialiser ce rapprochement est notre historique traditionnel commun, aussi bien entre les médecins qu’entre les directions. La seconde, étant d’offrir une troisième voie, entre le secteur public et le secteur privé qui, aujourd’hui, est majoritairement détenu par des fonds d’investissement souvent à capitaux étrangers. Nous souhaitons montrer qu’il existe un autre modèle, hors de toute logique financière et capitaliste.

Comment cette alliance se met-elle en place concrètement ?

Nous ne fusionnons pas nos sociétés mais avons créé une filiale appelée «Clinavenir» qui a pour vocation de porter des projets communs sur trois axes de travail : d’une part, la stratégie des établissements au niveau de l’offre de soin, d’autre part, la coopération médicale et, enfin, la mutualisation économique pour mettre en commun des moyens nous permettant d’améliorer notre performance. Chaque clinique va conserver sa structure actuelle, son propre mode de gouvernance, simplement, au niveau de Clinavenir, nous installerons un Conseil de Surveillance où l’on retrouve les présidents des quatre établissements et un Directoire dans lequel les directeurs des cliniques concernées seront présents.

Vous dénoncez le rachat des cliniques privées par des fonds d’investissement étrangers, savez-vous combien de cliniques sont dans cette situation ?

Au plan national, on recense 1100 à 1200 établissements sanitaires et à peu près 50% sont détenus par des fonds d’investissement ou des fonds de pension. Au niveau régional, la répartition est la même. Il y a quelques années, nous étions 120 établissements dans la région, mais aujourd’hui, il n’en reste que 54 suite aux regroupements, aux fusions et aux fermetures administratives. Sur ces 54 cliniques, là aussi, à peu près 50% sont détenues par des fonds d’investissement. Ce phénomène s’explique par la période de difficulté du secteur privé liée au gel des tarifs, mais aussi, je pense, par un changement de génération des actionnaires qui, atteignant un certain âge, se sont retirés.

Clinique Pasteur
Clinique Pasteur

 «Nous sommes responsables»

Que redoutez-vous, concrètement, de ces investissements étrangers ?

Aujourd’hui, leur possible monopole sur des bassins de santé reste un danger. Nous redoutons de ne plus avoir la possibilité de poursuivre nos activités dans le cadre qui est le nôtre, c’est-à-dire en préservant l’indépendance médicale des médecins, leurs conditions de travail et le développement de projets médicaux. Les investisseurs sont dans une logique financière et ne répondent pas, je pense, aux mêmes exigences que nos établissements puisqu’ils ont vocation à une certaine performance économique aux services des actionnaires, au détriment des patients.

Mais ne pensez-vous pas que tout établissement privé est nécessairement en recherche de rendement ?

Si, bien sûr, mais la différence réside dans la finalité. Il faut savoir si l’investissement est fait en vue  d’une rentabilité pure ou de la qualité et la sécurité des soins. Nous sommes des établissements responsables et mettons au cœur de nos préoccupations, la qualité de l’offre de soins plutôt que la rentabilité. C’est, je crois, la principale différence entre ces fonds d’investissement et nous, clinique privée.

Vous pensez donc rendement également… Dans quelle mesure ?

Nous souhaitons réinvestir dans notre outil de travail, pour sa maintenance et son développement. Notre vocation première n’est pas d’augmenter la rentabilité. Et cela n’est qu’un aspect des choses. Ce qui reste important, c’est que ces établissements puissent continuer à être reconnus pôle d’excellence sur la Région.

Vous pensez que, les charges augmentant, les cliniques auront besoin de s’allier pour ne pas devoir se tourner vers des fonds d’investissement. Quelles sont ces charges ?

Nous subissons des augmentations de charges mais nous ne les répercutons pas sur la tarification ; ce qui explique que notre chiffre d’affaires soit reconduit d’une année sur l’autre. Nous devons faire face aux charges qui pèsent sur toutes les entreprises, les achats, l’électricité et les consommables qui augmentent ainsi que le gaz et la pharmacie. Nous avons aussi des augmentations de salaires tous les ans et tout ceci crée un déséquilibre entre des recettes qui restent constantes et les coûts qui augmentent. Pour exemple, à Médipôle Garonne, le chiffre d’affaires est de l’ordre de 23 millions d’euros mais cette année, nous sommes encore dans une situation déficitaire car nous n’avons pas réussi à rétablir nos comptes malgré les efforts consentis.

Clinique Monié
Clinique Monié

«Être force de proposition»

Dans ce cadre-là, quels sont les avantages de Clinavenir ?

Dans une logique d’alliance, nous faisons d’abord appel aux efforts propres à chaque établissement pour retrouver une situation économique équilibrée mais nous offrons aussi la possibilité de mettre en commun les dépenses, grâce à cette alliance, pour tenter d’améliorer les performances en négociant des conditions d’achat plus favorables que celles auxquelles nous pouvons accéder seuls. Être plusieurs, nous rend plus fort. L’autre avantage non négligeable, se traduit en stratégie d’établissement. Nous devons être capables, demain, dans le cadre du plan régional de santé et des schémas régionaux, d’être force de proposition, de pouvoir mener des actions communes.

Justement, cette logique régionale serait créatrice d’emplois, quel est votre point de vue ?

Elle peut l’être, c’est vrai, dans la mesure où, si nous développons des projets communs, nous aurons beaucoup plus de chance de pouvoir les mener à bien. Ainsi, nous serions amenés à créer des emplois. Notre secteur est de toute manière, quels que soient les établissements, créateur d’emplois. Je parle d’emploi, tous postes confondus mais je ne peux toutefois pas les quantifier encore !

Vous êtes en contact avec d’autres cliniques. Pensez-vous élargir votre alliance rapidement ?

Nous devons rencontrer deux cliniques toulousaines intéressées par notre projet mais, pour des raisons de confidentialité, je tairais leur nom. Nous ne sommes pas dans une situation de fermeture, au contraire, nous sommes tout à fait ouverts à ce que d’autres établissements nous rejoignent. Nous avons invité d’autres cliniques indépendantes, qui partagent les mêmes valeurs et ont un actionnariat de même forme que le nôtre, à se rapprocher de nous. Nous espérons que ce projet continuera à se développer et à se consolider.

Propos recueillis

par Séverine Sarrat



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