CGPME 31: Anouk Déqué en appelle au bon sens

Pour la quatrième fois consécutive, Anouk Déqué a été réélue à la présidence de la CGPME 31, à l’unanimité. Avec une envie farouche de promouvoir et défendre le tissu économique que représentent les petites et moyennes entreprises, elle revient sur les missions de son organisme et en avance les objectifs.

 

Anouk Déqué, à l’aube de votre quatrième mandat, quelle est la conjoncture économique des PME en Midi-Pyrénées?

Nous avons vécu la crise et subissons désormais une véritable mutation économique dans laquelle la visibilité des entreprises est divisée par deux, de même que les marges qui restent nécessaires pour l’investissement, l’innovation, le recrutement, l’emploi et la formation. De 2008 à 2010, les entreprises défaillantes l’ont été car elles ne disposaient pas de fonds propres, mais aujourd’hui les sociétés en difficulté sont les plus grosses en termes de salariés (jusqu’à 100 employés), celles qui bénéficient d’un historique et d’une gestion équilibrée. Nous sommes donc dans le cœur du typhon. Les difficultés conjoncturelles deviennent aujourd’hui structurelles. Actuellement, un grain de sable peut faire chavirer une entreprise. Les délais de paiement s’en trouvent rallongés, y compris ceux des collectivités qui restent une ressource importante pour certains. Tout ceci engendre un climat de défiance et de réticence, et une tension relationnelle entre clients et fournisseurs. Depuis 2012, la CGPME lance des signaux d’alarme. Nous avions annoncé que le nombre d’entreprises en difficulté serait en augmentation et le Tribunal de commerce de Toulouse nous a malheureusement donné raison puisqu’il a annoncé 33% de défaillances supplémentaires. Nous n’avons pas envie d’être négatifs mais il s’agit d’une réalité que nous prenons aujourd’hui en pleine figure.

 

Quelles sont alors les actions de la CGPME 31 pour accompagner les entreprises ?

Nous avons mis en place une cellule de soutien, animée par des bénévoles experts-comptables, avocats, fiscalistes… destinée aux chefs d’entreprises. Nous y examinons leur dossier et si l’on estime qu’il mérite d’être défendu, que l’entreprise se trouve simplement dans une mauvaise passe, nous intervenons auprès des organismes financiers. Nous sentons que le soutien psychologique et sociologique que nous apportons est aujourd’hui important. Cela se répercute sur les adhésions puisqu’à la fin 2012, nous en enregistrions 200 supplémentaires.

Nous avons également mis en place, en 2012, une commission innovation pour proposer des outils pratiques aux entreprises innovantes, mais aussi un groupe de travail concernant les finances pour apporter des informations pratiques sur la gestion d’un patrimoine, le rapport au banquier, les business plan… Dans un même temps, nous tentons de sensibiliser les chefs d’entreprises à la gestion et aux ressources humaines, lors de petits-déjeuners dont nous allons augmenter la cadence en passant de 35 par an à 45. Et beaucoup d’autres actions seront votées en septembre.

 

Toutes les entreprises ne disposent pas des mêmes moyens

 

Quels sont les dossiers prioritaires de votre nouveau mandat ?

Je vais m’appliquer à ce qu’il soit compris que les PME de moins de 100 salariés, qui représentent 98,6% du tissu économique, ont des problématiques autres que les grosses entreprises. Il ne peut pas leur être exigé les mêmes contraintes. La structuration des entreprises est différente en fonction de leur taille, pourtant certaines lois s’appliquent de façon uniforme. Il va falloir comprendre que les petites et grosses entreprises n’ont pas les mêmes fonctionnements car elles ne disposent pas des mêmes moyens.

De même, nous devons redonner ses lettres de noblesse à la production, qu’elle soit industrielle, sociale ou de service, et ne pas se contenter d’une redistribution. J’en appelle au bon sens ! C’est par une volonté entrepreneuriale que l’on crée de la richesse, des bénéfices pour pouvoir créer de l’emploi. Ce n’est pas parce que l’on crée de l’emploi que l’on crée de la richesse, mais l’inverse.

 

Vous débutez donc votre 10e année à la tête de la CGPME 31, et avez vu les inquiétudes des chefs d’entreprises évoluer. Quelles sont-elles ?

Il existe aujourd’hui un fossé entre les discours, les actions et la réalité concrète, une défiance vis-à-vis de ceux qui nous gouvernent ou nous ont gouvernés. Il faut arrêter de « taper » sur les entreprises, dans tous les sens du terme. Quand Mr Cahuzac disait ne pas comprendre que les patrons ne veuillent pas participer à l’effort national, c’est absurde ! Les chefs d’entreprises sont là pour créer de la richesse sur leur territoire et le promouvoir. Ceci devrait être reconnu et les politiques devraient leur donner du crédit, moral et sociétal. Ce n’est pas le cas ! La moyenne d’âge des chefs d’entreprises souhaitant céder leur société ou tout arrêter est de 54 ans alors qu’elle était de 62 ans il y a six ans.

 

Cette reconnaissance justement, vous l’avez obtenue de vos pairs en étant réélue à la présidence de la CGPME 31…

En réalité, je ne suis que la porte-parole des PME, l’aiguillon qui pique ! Les décisions sont prises collégialement et ce sont d’ailleurs mes collaborateurs qui ont souhaité que je me représente, pour finalement m’élire à l’unanimité. Il s’agit d’une preuve de confiance partagée, avec les membres du conseil mais aussi avec les adhérents. Si la situation économique n’était pas ce qu’elle est, je n’aurais peut-être pas brigué un quatrième mandat, mais les choses étant ce qu’elles sont, la continuité est nécessaire. Alors, je suis là… par conviction, passion et en gardant une grande humilité. Je ne suis que la représentante de ceux qui travaillent.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat



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