Caravane des Entrepreneurs ; “ La transmission d’activité, un enjeu essentiel ”

La Caravane des entrepreneurs, véritable «pôle d’expertise itinérant», a été créée en 2003 par Jean-Paul Debeuret, ancien expert comptable. Elle vient de terminer son périple à travers la France, avec entre autres étapes Toulouse le 17 septembre. Bilan de cette 7ème édition avec le créateur de la Caravane.

 
Jean-Paul Debeuret, pourriez-vous revenir sur la création de la Caravane des Entrepreneurs en 2003 et sur vos motivations ?
Je suis chef d’entreprise depuis toujours. Après 10 ans de salariat, je me suis installé en tant qu’expert-comptable à mon compte et j’ai fait 60 opérations de reprise de cabinets d’expertise comptable pour créer à l’époque le troisième cabinet de France, c’est-à-dire 14 000 clients, 700 collaborateurs et 80 bureaux dans le pays. N’ayant pas d’enfant expert-comptable, j’ai vendu mon cabinet. Parallèlement à mon activité, je me suis intéressé à l’entreprenariat avec l’écriture de 18 livres : le guide du créateur, le guide du repreneur, du franchiseur… J’ai eu envie de faire partager mon savoir autrement en remplissant deux objectifs : aider les créateurs et les repreneurs à assurer des entreprises fiables car 50 % d’entre eux cessent leur activité dans les 5 ans, ce qui est dramatique ; et s’occuper de la transmission d’entreprise car on sait qu’il y en aura 500 000 dans les 10 ans à venir. Elles représentent 20 % des entreprises françaises et si elles venaient à disparaître, l’économie en serait sérieusement impactée. C’est l’un des enjeux essentiels aujourd’hui.

Quel est le principe de cette Caravane ?
Nous travaillons dans toute la France et partons sur les routes avec pour principe : une étape, une ville. Cette année, nous en avons fait 46. Nous nous installons sur des places publiques sous des chapiteaux et chaque visiteur est reçu individuellement par les consultants de la Caravane. Ces derniers établissent un diagnostic à l’entrée pour cibler le projet puis les visiteurs sont orientés vers des experts (avocats, banquiers, assureurs, conseillers…) et aussi vers des conférences. Ces experts sont toujours locaux donc ils connaissent parfaitement le tissu économique de la région et vont pouvoir suivre les différents dossiers dans le temps. Et bien évidemment, toutes les consultations sont gratuites.

Le fait de réunir plusieurs types de conseillers est donc votre principal atout face à d’autres structures classiques de conseil en entreprise…
On trouve tout sous le même toit, tous les experts nécessaires à la création ou la reprise d’une activité. De plus, comme les gens sont guidés, ils vont voir les bons experts. Vu qu’un projet entrepreneurial dure environ une année, les visiteurs peuvent être accompagnés.

 

S’adapter pour la retraite

Depuis 2003, le paysage économique français a changé. Quelles sont aujourd’hui les problématiques rencontrées par vos visiteurs ?
Les problématiques des créateurs, des repreneurs et des cédants, même s’il y a eu une crise et des changements législatifs, demeurent les mêmes. Les créateurs viennent nous voir pour des problèmes juridiques, fiscaux, comptables, alors que leur vrai problème est commercial et marketing : en clair, «comment faire bouillir la marmite». Ils ne se posent donc pas forcément les bonnes questions. Pour les repreneurs, la problématique est la suivante : comment trouver une entreprise ? Notamment pour les PME, car il s’agit d’un marché très fermé et opaque. Enfin, les cédants sont inquiets par rapport au prix de vente de leurs entreprises, aux impôts qu’ils vont devoir payer et à leur retraite. Toutes ces questions sont encore vraies aujourd’hui même si de nouvelles apparaissent autour du statut d’auto-entrepreneur et de la crise.

Justement, quel a été l’impact de la crise sur le comportement de vos interlocuteurs ?

L’année dernière, les repreneurs et les cédants étaient très attentistes mais nous avons eu 30 % de visiteurs supplémentaires ! Cela est lié à la création du régime d’auto-entrepreneur. Beaucoup de gens sont venus s’informer.

Les actuels ou futurs chefs d’entreprise sont-ils inquiets pour leur retraite ?
Ils ne sont pas inquiets, ils savent qu’ils devront bosser plus longtemps ! On observe beaucoup de chefs d’entreprise qui ont fait valoir leur droit à la retraite au moment de la crise mais qui continuent à travailler aujourd’hui ! On assiste donc à une adaptation plus qu’à une inquiétude.

 
Dynamisme évident à Toulouse

Quel bilan faites-vous de l’édition 2010 de la Caravane ?
Il est positif mais on a senti le cap des vacances passer. Dès la rentrée, les visiteurs ont été plus nombreux. Nous avons vu moins d’auto-entrepreneurs qu’en 2009 et plus de personnes avec un vrai projet. Certains auto-entrepreneurs ont tout de même réussi et sont venus nous voir pour passer par exemple en microsociété. Depuis septembre, les cédants sont moins attentistes et les repreneurs ont un peu plus le moral.

Observez-vous des disparités économiques entre les différentes régions françaises au cours de votre itinéraire ?
Il existe d’une manière générale beaucoup plus de TPE et PME dans le Sud. Dans le Nord, on a une habitude de salariat avec l’implantation de grands groupes alors que dans le Sud, au début du siècle, il y avait moins d’entreprises. C’est une tradition historique. En Midi-Pyrénées, il y a une volonté d’entreprendre plus forte qu’en Picardie par exemple.

Justement, quel bilan tirez-vous de l’étape toulousaine ?
Elle s’est très bien déroulée et on a senti un dynamisme évident. Par contre, on ne ressent pas la prédominance de l’aéronautique. Les entreprises les plus en vue sont dans le secteur des services. Airbus traîne derrière lui toute une kyrielle de structures donc la place est déjà prise.

Préparez-vous déjà la prochaine édition ?
Nous reprenons en mai 2011, toujours avec les mêmes objectifs, mais avec de nouvelles conférences, notamment sur des conseils pour trouver de nouveaux clients sans se ruiner. Car le développement économique est un réel problème. Et nous espérons être place du Capitole à Toulouse !

Propos recueillis
par Sophie Orus


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