Budget 2013 « Ambitieux mais rigoureux »

Sur fond de campagne électorale, le mandat du maire sortant Pierre Cohen arrive à son terme. Il est temps alors de dresser un bilan économique de l’équipe municipale, de revenir sur les projets phares mis en œuvre et d’initier une ébauche de perspectives pour un éventuel second mandat. Joël Carreiras, adjoint au maire de Toulouse, en charge des finances, se prête à l’exercice.

 

 

Joël Carreiras, en tant qu’adjoint en charge du budget, pouvez-vous dresser un bilan économique du mandat de Pierre Cohen à la tête de la ville de Toulouse ?

Sur l’ensemble du mandat, nous avons fait le choix d’un investissement soutenu. Dans le même temps, nous sommes parvenus à contenir la fiscalité. Nous avons maîtrisé les dépenses de fonctionnement, sujet d’actualité dans le débat sur les finances publiques. Dès le début du mandat, nous avons eu une approche consolidée des finances : il ne fallait pas envisager le budget de la ville indépendamment de celui du SMTC (Syndicat mixte des transports en commun) et de la Communauté urbaine, l’investissement étant divisé en 3/3 sur les trois entités. Cette vision était nécessaire pour sauver le syndicat de transports qui était dans une situation catastrophique à notre arrivée au Capitole, tout en assurant les moyens de son développement. A ce titre, je précise que la ville a consenti un effort annuel pour les transports de 15 millions d’euros supplémentaires sur son budget au-delà de ces compétences.

 

Le budget de Toulouse, en 2013, est de 760 millions d’euros. Comment est-il réparti ?

40% sont attribués à ce que l’on appelle « Toulouse solidaire ». On y retrouve le Grand projet de ville (GPV), l’action sociale (les CCAS), les crèches et les écoles, le logement social. Le rôle des collectivités locales est aujourd’hui d’amortir les effets de la crise et les besoins augmentent. Ensuite, 23% du budget sont alloués à « Toulouse créative ». On y retrouve la culture avec de nombreux équipements nouveaux mais aussi l’aide aux structures. « Toulouse ville durable », qui recense l’environnement, les espaces verts mais aussi la tranquillité et les maisons de la citoyenneté, représente 15% du budget. Enfin, 22% de ce dernier sont alloués aux moyens supports. L’heure est venue de cocher les cases de ce que nous avons promis et ce qui a été engagé. Je pense que 95% de nos objectifs ont été tenus.

 

« La dette 0 est un mythe »

 

Qui dit investissement et développement, dit embauche de personnel supplémentaire alors que la Cour des Comptes vient de dénoncer la gestion des dépenses de fonctionnement des collectivités, en citant Toulouse pour exemple…

Qu’appelle-t-on dépenses de fonctionnement ? Vous évoquez à juste titre les dépenses de personnel. Elles représentent à Toulouse 55 % du budget et une progression de 2.3% seulement en 2012. Faut-il regretter la hausse du SMIC ou les créations de postes dans les crèches ou la police municipale ?  Par ailleurs, si l’on admet que les collectivités locales n’empruntent que pour investir, contrairement à l’Etat qui lui emprunte pour payer ses charges courantes, l’analyse de la dépense de fonctionnement est différente. Ce n’est donc pas comparable !

 

Justement, Toulouse s’apprête à contracter son premier emprunt, après une politique de la « dette 0 » menée par la mandature précédente. Pourquoi ?

La « dette 0 » est un mythe ! Si Toulouse n’était pas endettée, le Toulousain l’était, à hauteur de 2 000 euros par tête. La précédente majorité a menti. La dette était transférée, elle n’était pas dans le budget de la ville. Quand l’épargne de Toulouse augmentait de 100 euros, celle du SMTC baissait de 150 euros, ils avaient transféré le mistigri. La dette a donc été logée à Tisséo et son assèchement financier fut programmé pour mieux justifier une future privatisation avec 1.3 milliards d’encours de dette. La dette 0 n’a jamais existé ! Elle fut l’enfant caché du marketing politique de l’époque et on a trompé les Toulousains. Je ne conteste pas l’utilité de l’emprunt dès lors qu’il finance de l’investissement. Mais il faut alors organiser la solvabilité de l’emprunteur. De ce point de vue, le SMTC était à Toulouse ce que la Grèce était à l’Europe, particulièrement du fait de la défaillance de son financeur principal. Nous y avons remédié avec une progression de plus de 200 % depuis 2008 de la contribution publique. On revient de loin. Cette année, la ville de Toulouse va emprunter. Nous l’assumons totalement ! L’opposition passe son temps à nous dire que les caisses sont vides, ce qui est outrancier. Mais à quoi sert-il de remplir la caisse avec l’argent des Toulousains si c’est pour aboutir au dépôt de bilan du transport public ? Nous n’avons pas été élus pour ça. Si nous avions continué son œuvre, nous ne ferions peut-être pas d’emprunt à la ville mais Tisséo aurait mis les clefs sous la porte.

 

Vous pensez donc maintenir les investissements tout en maîtrisant la pression fiscale ?

Oui. Nous y sommes parvenu depuis 2008 ! Nous poursuivrons donc la trajectoire de l’investissement en intelligence avec la Communauté Urbaine et avec l’objectif d’une fiscalité modérée. Depuis le début du mandat, en moyenne, le budget de la ville a progressé d’environ 3%, alors que le taux de taxe d’habitation voté par la municipalité n’a augmenté que de 0.3%. En 2013, c’est 0%. Mais les Toulousains ne le ressentent pas forcément car cet impôt est calculé sur une base (revalorisée chaque année par l’Etat), que nous ne contrôlons pas. Je les invite d’ailleurs à regarder de près l’évolution de la ligne strictement imputée à la commune. On est loin des 60 % de hausse que prédisait la démagogie du maire sortant en 2008.

 

 « Notre objectif de modération fiscale demeure »

 

Vous dites que les impôts n’augmentent plus à Toulouse, pourtant le produit de la fiscalité directe se situe à plus de 200 M€ alors qu’il était de 196 M€ en 2012…

Cela est dû à l’augmentation en valeur et en nombre des bases physiques et non au taux d’imposition. Chaque année, cette évolution indépendante du taux fait progresser le produit. Ainsi, même si la ville de Toulouse vote une stagnation, le produit de l’impôt progresse quand même. Nous essayons donc d’anticiper ce produit pour construire le budget.

 

L’emprunt contracté aura-t-il un impact sur les impôts locaux ?

L’emprunt pèsera, pour partie, sur notre budget de fonctionnement. Nous allons donc anticiper la charge d’intérêts liée à cet emprunt. Les conditions devraient être favorables pour un impact de taux d’intérêt limité préservant notre pratique de modération fiscale.

 

C’est donc ce que vous appelez « gérer avec rigueur tout en restant ambitieux » ?

La rigueur n’est pas l’austérité ! Nous avons été rigoureux dans notre stratégie financière et nous le sommes toujours. Mais construire un budget est un exercice politique, pas simplement comptable. Nous avons donc modernisé son élaboration et fait des choix en fonction d’objectifs clairement annoncés aux Toulousains en 2008. Au début du mandat, nous avons passé du temps en salle des machines à dépoussiérer le moteur et les toiles d’araignée ! Je saurai rappeler, en temps voulu, de quelle situation nous avons héritée car cela pèse aujourd’hui et on oublie trop vite. Nous avons dû combler un passif et être ambitieux ! Tout cela supposait de la rigueur. Et la rigueur a moins vocation à empêcher qu’à permettre d’agir.

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat



4 COMMENTAIRES SUR Budget 2013 « Ambitieux mais rigoureux »

  1. AllisterToulouse dit :

    Monsieur l’adjoint aux finances cache toutefois la vérité aux Toulousains.
    Beaucoup de dépenses, et donc de l’endettement, ont été orientées sur de l’exploitation et non pas sur des investissements structurants. Avec des recrutements conséquents et un absentéisme qui a grimpé en proportion. Le dernier rapport de la Cour des Comptes, dont parle le journaliste dans l’article, l’a d’ailleurs très nettement mentionné. Or vous ne répondez pas à la question, visiblement agacé par le peu de cohérence de votre politique.
    Toulousains, votre argent est gaspillé !

    Le mythe du “0 endettement” que vous dénoncez a été la marque de fabrique de la ville, pour autant appréciée par des milliers de personnes qui sont venues rejoindre notre ville depuis trente ans. Et qui l’ont qualifié pendant près de vingt ans comme de la ville de France où il fait vraiment bon vivre et sans un budget confiscatoire.
    Aujourd’hui, vous laissez au terme de ce quinquennat une ville avec davantage de dettes, beaucoup moins sûre, en perpétuels travaux, sale, et qui n’a toujours pas attiré de nouvelles sociétés emblématiques. Sans compter le mécontentement de votre politique des transports, que même vos syndicats “amis” dénoncent.

  2. Gold31 dit :

    Votre façon de répondre, M. Carreiras, que vous allez augmenter les impôts locaux…sans toutefois le dire, tient de la prouesse dans l’usage que vous faites de la langue de bois. Que les lecteurs en jugent par eux-mêmes, je vous cite:

    A la question : L’emprunt contracté aura-t-il un impact sur les impôts locaux…voici ce que vous répondez:

    “L’emprunt pèsera, pour partie, sur notre budget de fonctionnement. Nous allons donc anticiper la charge d’intérêts liée à cet emprunt. Les conditions devraient être favorables pour un impact de taux d’intérêt limité préservant notre pratique de modération fiscale”.

    C’est justement de ce langage inaudible, le vôtre, dont ne veulent plus les électeurs.

  3. Lattes Jean-Michel dit :

    Le rapport de la chambre des comptes traduit un effondrement de la capacité d’épargne de la ville, une baisse de l’investissement, le retour de l’emprunt et la hausse des coûts de fonctionnement…
    Mais pour monsieur Carreiras… Tout va bien !

  4. rj dit :

    Le titre est erroné, il s’agit du budget 2014.

    Pour le reste, effectivement un choix a été fait : celui d’utiliser la réserve amassée par une fiscalité surdimenssionnée sous les mandats précédents alors qu’il y avait peu de projets. Un endettement limité permet de lisser les dépenses en phase de fort investissement.

    Il faut continuer à mettre la pression sur les dépenses de fonctionnement, et à bien choisir les projets pour préparer l’avenir.

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