Bernard Moreau: Le besoin de reconnaissance des artisans

Bernard Moreau, nouveau président de L’Union Professionnelle Artisanale de Haute-Garonne

L’Union Professionnelle Artisanale profitait d’un séminaire tenu la semaine dernière, pour faire le point sur les préoccupations quotidiennes économiques et sociales de ses adhérents. L’emploi, la formation, la protection sociale et la santé au travail, autant de thèmes abordés qui inquiètent aujourd’hui les artisans. Bernard Moreau, président de l’UPA 31 témoigne.

 

Bernard Moreau, quelles sont les principales conclusions qui émanent du séminaire que l’UPA a tenu ce week-end ?

L’objectif était de rassembler une grande partie des élus des trois confédérations de l’UPA 31, à savoir les métiers de bouche, ceux du bâtiment ainsi que des services, ce qui représente plus de 23 000 entreprises et 40 000 salariés sur la Haute-Garonne. Lors de ces rencontres, la DIRRECTE était présente, ainsi que Pôle Emploi afin de passer les différents secteurs en revue et travailler au plus près des artisans. L’emploi a réellement été le temps fort de ce séminaire, avec notamment, pour la première fois, les chiffres de l’emploi dans l’artisanat apportés par Pôle Emploi, qui, jusqu’ici, mélangeait l’industrie, l’entreprise et l’artisanat. Il en résulte un besoin de main-d’œuvre qualifiée. Aujourd’hui, nombre de demandes d’emploi que nous recevons sur les métiers de l’artisanat sont portées par des personnes qui n’ont pas les qualifications nécessaires. Nous avons donc proposé de mettre en place un partenariat avec le Pôle Emploi. L’idée est actuellement testée sur la branche «coiffure» à la Chambre de métiers de la Haute-Garonne : 470 demandeurs d’emploi ont été conviés, ainsi que des entreprises de coiffure et des agents Pôle Emploi pour animer des ateliers et recevoir, de manière individuelle, les postulants. Nous souhaitons développer ce système sur une majorité des métiers de l’artisanat, en identifiant les publics, en leur proposant des formations adaptées et en assurant un suivi personnalisé. Ce partenariat sera signé à la fin du mois pour l’ensemble des professions de l’artisanat.

 

Lors de ce séminaire, quelles ont été les principales préoccupations dont vous ont fait part les artisans ?

La santé au travail était également un sujet prédominant et les services de santé au travail (DIRRECTE, CARSAT) étaient parmi nous pour expliquer les nouveaux comportements à tenir pour améliorer la qualité de vie au travail. Les artisans sont également inquiets quant à la protection sociale et notamment le Régime Spécial des Indépendants (RSI), dont les élections se déroulent en ce moment, car nous savons que, demain, les cotisations vont augmenter et que les petites entreprises seront très impactées. Et, globalement, c’est le problème des charges sociales qui a été le plus soulevé.

 

Besoin de soutien

 

En parlant de protection sociale, ce séminaire a-t-il contribué à établir des pistes de réflexions pour préserver des prélèvements que votre organisation jugerait acceptables?

En ce qui concerne le social, nous disposons quand même des Commissions Paritaires Régionales Interprofessionnelles de l’Artisanat qui ont permis de négocier avec les partenaires sociaux et de réfléchir sur les jeunes et l’emploi. Nous allons communiquer un maximum pour assurer la promotion des métiers de l’artisanat et ainsi favoriser l’insertion des jeunes. Pour ce faire, nous avons besoin de la reconnaissance des pouvoirs publics pour que les petites entreprises que nous représentons, puissent bénéficier d’une assiette de cotisations sociales allégée. Plus nous serons impactés, plus il sera difficile de donner du confort à nos salariés.

 

Votre organisation souhaite ainsi être reçue par le Premier Ministre, suite à l’annonce du projet de loi de finance et de financement de la sécurité sociale. Que craignez-vous exactement ?

Nous avons peur que le travail soit encore plus taxé, que les charges sociales augmentent car, même si les heures supplémentaires sont encore possibles dans les petites entreprises, les charges salariales amputeront le bénéfice que les salariés pourraient en retirer. Il est déjà difficile d’attirer des collaborateurs dans nos corps de métiers, il serait donc bienvenu que notre gouvernement se mobilise car l’artisanat est une richesse, une économie de proximité. Nous avons besoin d’être soutenus et reconnus.

 

«Nous souhaitons être rassurés»

 

Que pensez-vous justement de la place qui est faite aux artisans par le gouvernement Ayrault ?

Nous souhaiterions rencontrer notre ministre (Sylvia Pinel, ndlr), qui est également celle du tourisme, pour discuter de pistes qui amélioreraient notre quotidien. Nous sommes en attente mais elle n’est pas positive. Nous sommes inquiets et aimerions que, comme ils se déplacent pour des rassemblements du Medef, les ministres assistent aux nôtres. Il s’agit d’un manque de reconnaissance flagrant !

 

Dans quel état d’esprit entamez-vous alors votre rentrée ?

La période reste compliquée ! Nous sommes des hommes de terrain et nous ne nous laissons pas prendre par la morosité. Par contre, nous allons mener une attaque de front pour mettre en place des actions économiques, de communication et de partenariat. Nous avons besoin de retrouver une certaine confiance, et pour le moment, nous n’avons aucun signe allant en ce sens. Nous souhaitons être rassurés sur l’avenir, sur les emplois.

Propos recueillis par Séverine Sarrat

 

Repères

Les cinq métiers les plus recherchés par les demandeurs d’emploi dans l’artisanat en Midi-Pyrénées :

-          Conduite de transport de marchandises sur longue distance : 2 800

-          Electricité bâtiment : 1 550

-          Coiffure : 1 300

-          Installation d’équipements sanitaires et thermiques : 1 200

-          Montage d’agencements : 900



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