Baromètre économique en Midi-Pyrénées ; Midi-Pyrénées, la robuste

Chabrol Jean-Marc Directeur d'Histoire d'Adresses
Chabrol Jean-Marc Directeur d'Histoire d'Adresses

En 2011, la région Midi-Pyrénées a connu 23 021 créations d’entreprises, mais aussi 2 556 défaillances et un taux de survie à trois ans de 65.3%. Jean-Marc Chabrol, Directeur d’Histoire d’Adresses, agence de marketing relationnel, analyse ces données et affine les connaissances des marchés pour optimiser les opérations commerciales.

Vous faites état de 23 021 créations d’entreprises en Midi-Pyrénées, soit 4,61% des créations en France. Ce chiffre reflète-t-il la moyenne nationale ?

Certaines régions connaissent des volumes de créations d’entreprises beaucoup plus importants que Midi-Pyrénées en particulier l’Île-de-France ou Rhône-Alpes mais Midi-Pyrénées reste une région plutôt dynamique par rapport aux vingt autres régions.

Comment peut-on expliquer cet intérêt pour les créations d’entreprises en Midi-Pyrénées ?

La principale explication possible réside en l’existence, sur place, de moyens favorisant la création d’entreprise que ce soit par les dispositifs administratifs ou par les infrastructures, les disponibilités de bureaux, les aides du Conseil Régional, du Conseil Général mais aussi par les activités industrielles très fortes qui appellent à la création de structures de sous-traitance. On pense à l’aéronautique en premier lieu mais pas que.

Parallèlement, 2 556 entreprises de Midi-Pyrénées ont cessé leur activité, c’est moins que la moyenne nationale. Cela signifie-t-il que la Région offre de meilleures conditions aux entreprises qu’ailleurs ?

Cela peut effectivement être une explication mais cela est dû surtout au fait que les entreprises qui se créent sur Midi-Pyrénées sont plus solides et les secteurs sur lesquels elles sont enregistrées, ont une prise avec le marché plus rapide, ce qui leur permet de consolider leurs actifs. Lorsque nous observons les taux des autres régions, il est clair que les créations d’entreprises en Midi-Pyrénées parviennent mieux à s’en sortir au bout de trois ans.

2556 Défaillances ont été enregistrées en Midi-Pyrénées en 2011
2556 Défaillances ont été enregistrées en Midi-Pyrénées en 2011

 Le manque de trésorerie est le principal problème

 Le taux de survie à trois ans des entreprises dans la région s’élève à 65,3%, cela signifie que 35% n’y parviennent pas. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

De plusieurs manières ! La première, la plus significative, est bien entendu le fait qu’une entreprise n’ait pas réussi à trouver son modèle économique et qu’après quelques mois, faute de chiffre d’affaires suffisant pour couvrir les charges, elle doive fermer. Une autre explication réside en la constitution des entreprises dans le but d’être vendues. Quand elles disparaissent, ce n’est donc pas suite à une défaillance mais à une cession. Nous recensons également des entreprises à vocation beaucoup plus courtes comme, par exemple, des sociétés destinées à favoriser, à mutualiser les charges, je pense à tout ce qui est «Sociétés Civiles Professionnelles» ou, dans les milieux agricoles, les GAEC qui permettent de mutualiser les moyens de production. Ces «associations» peuvent être beaucoup plus fragiles car si l’un des associés souhaite la quitter, la société sera vouée à disparaître.

 13,23% des créations d’entreprises se sont faites dans le secteur des «travaux de constructions spécialisées». Comment expliquer une telle attractivité quand le risque de défaillance de ce secteur est de 30% ?

Ce secteur regroupe toutes les entreprises de gros œuvres du bâtiment. Il s’agit de la voirie, les réseaux électriques, les constructions de maisons… tout ce qui se distingue des travaux généraux du bâtiment.

Par nature, le secteur du bâtiment est plus fragile en ce qui concerne les créations d’entreprises pour deux raisons simples : la première est que les entrepreneurs peuvent avoir un déficit de connaissance en termes de gestion d’entreprises. Les créateurs de petites entreprises sont plus souvent sur le terrain à essayer de diriger les chantiers que de mettre en place une stratégie commerciale.

L’autre aspect, beaucoup plus problématique, est la difficulté que certains entrepreneurs peuvent avoir à se faire régler rapidement les travaux qu’ils réalisent. Ils dépendent des délais de paiement des clients. En France, le respect du délai de paiement est à 60 jours pour 30% des entreprises seulement ; ce qui signifie que 60% payent leurs fournisseurs à plus de 60 jours. Pour le coup, l’entrepreneur a bien souvent, lui-même, fait des achats de matériels pour ses chantiers et doit les payer avec un délai beaucoup plus court.

 2011, 2012, même combat

 Depuis 2010, l’auto-entreprise connaît un vif succès. Pensez-vous que ce statut va continuer à séduire?

Je pense qu’il continuera à attirer mais que cela ne se traduira pas de la même manière dans les chiffres. Les avantages liés à ce statut du point de vue charges et fiscalités sont combattus, notamment par les artisans qui jugent qu’il s’agit de concurrence déloyale. Le gouvernement a déjà commencé à modifier certaines dispositions favorables aux auto-entrepreneurs pour ne pas créer de distorsions concurrentielles entre un artisan et les auto-entrepreneurs.

Ce statut attirera encore des gens grâce à la simplicité et la rapidité des démarches. De plus, vous ne commencez à payer des charges que lorsque vous facturez et même si vous êtes limités dans le chiffre d’affaires que vous pouvez réaliser pour bénéficier des exonérations, cela vous permet de tester des projets.

 Quel bilan général peut-on tirer de cette année 2011 ?

Midi-Pyrénées est une de celles qui reste la plus dynamique en termes de créations d’entreprises comme de défaillances. Elle est la 3ème région de France ayant le moins de défaillances ; ce qui témoigne de la robustesse de son économie. De plus, depuis l’annonce d’EADS qui souhaite regrouper ses activités sur Toulouse, un véritable appel a été émis, au travers de pépinières, à la création d’entreprises et de projets liés à l’aéronautique, à l’électronique et à toute l’ingénierie.

 Aujourd’hui, peut-on se projeter sur 2012 ?

Sur les trois premiers mois, nous sommes en mesure d’affirmer que les chiffres sont relativement stables par rapport à 2011. Même si la situation économique n’est pas au beau fixe, 2012 devrait au minimum être à l’identique des années précédentes, voire peut-être un peu meilleure.

Propos recueillis

par Séverine Sarrat



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