Auto-entreprise « Laissez-nous travailler »

Après quatre ans d’existence, le régime de l’auto-entreprise peut établir un bilan et surtout commencer à s’interroger sur sa pérennité à la vue des intentions du nouveau gouvernement à le réformer. Créateur d’une auto-entreprise spécialisée dans la communication, Cyrille Darrigade est également le vice-président de la Fédération des auto-entrepreneurs (FEDAE) pour laquelle il revient sur les points positifs mais aussi sur les inquiétudes de ceux qui ont choisi ce régime particulier.

 

Avec plus d’un million de bénéficiaires, le régime de l’auto-entreprise connaît un franc succès ; comment l’expliquer ?

Il s’explique par quatre raisons essentielles. La première est liée au fait que, dans le régime ordinaire, les heures supplémentaires ne sont pas toujours possibles. La deuxième raison réside dans le fait que l’auto-entreprise offre la possibilité de créer un complément de revenus. La troisième se trouve dans la simplicité sociale et fiscale du régime, et le dernier point, dans la facilité de lancement d’un business projet.

 

Plus précisément, en Midi-Pyrénées, l’auto-entreprise est-il un régime qui fonctionne ?

En Haute-Garonne 17 736 auto-entreprises ont été recensées, en Hautes-Pyrénées 2 815, en Aveyron 2 578, dans le Lot 2 371, dans le Tarn 4 365, dans le Tarn-et-Garonne 3 325, en Ariège 2 275 et dans le Gers 2 524. La région affiche donc une moyenne tout à fait estimable, même si les chiffres montrent une disparité selon les départements. Il existe même un profil type puisque 57% des auto-entrepreneurs midi-pyrénéens ont entre 30 et 40 ans, et, sur le million d’auto-entrepreneurs en France, la majorité est issue de Pôle Emploi.

 

Quels sont les corps de métiers les plus représentés sous ce régime de l’auto-entreprise ?

En Midi-Pyrénées, on recense une forte activité liée à l’industrie manufacturière, au petit bâtiment, et à la petite industrie artisanale. La restauration, les activités scientifiques, techniques et de services sont également bien représentées, de même que les  activités financières et immobilières.

 « Nous sommes inquiets ! »

Jusqu’à présent les recettes sociales et fiscales collectées par l’Etat servaient à pallier aux exonérations de charges des heures supplémentaires mais avec leur abrogation, où va être investit cet argent ?

Malheureusement, je ne sais pas du tout. Peut-être dans le financement d’autres dispositifs mais dans l’immédiat, nous n’en avons pas connaissance. Cependant, la FEDAE a été reçue par Sylvia Pinel, ministre de l’artisanat, du commerce et du tourisme. Malheureusement, elle a fait preuve de fermeture idéologique en défendant les lobbys de l’artisanat et du commerce, en affirmant que nous sommes des concurrents déloyaux. Elle explique que les systèmes ne sont pas identiques entre les auto-entreprises et les sociétés ordinaires, ce qui pour moi est absolument faux. Elle ne maîtrise pas son dossier ! Je l’appelle à revoir sa copie.

 

Dans quel état d’esprit ressortez-vous de ce rendez-vous ?

Je suis dubitatif. Quand on analyse les choses d’une manière factuelle, il existe notamment une différence sur la TVA. Les auto-entrepreneurs ne la mentionnent pas sur les factures aux clients, en revanche quand ils achètent du matériel, il est certain qu’ils la subissent et nous sommes donc obligés de la répercuter. De plus, selon Sylvia Pinel, nous serions favorisés par un taux d’imposition plus faible mais c’est omettre qu’une auto-entreprise est imposée sur le chiffre d’affaires quand les autres entreprises le sont sur leurs bénéfices. Il existe aujourd’hui une confusion entre la simplification et la dérèglementation.

 

En tant que représentant de la FEDAE, vous parcourez la France pour rencontrer des auto-entrepreneurs et identifier les difficultés de chacun…

Oui, car nous sommes inquiets ! Nous voulons faire ressortir l’utilité de ce régime dans les banlieues où les jeunes y trouvent la traduction de leurs attentes mais aussi dans le milieu rural où les auto-entreprises ont permis de refaire apparaître des activités très marquées par la saisonnalité. Nous ne demandons rien d’autre au gouvernement que de nous laisser travailler. Quelques 70 000 auto-entreprises, deviennent, par an, des SARL, ce qui signifie qu’elles constituent un modèle de start-up qui doit conduire à alimenter les PME-PMI de France. L’auto-entreprise a un rôle socio-économique important à jouer!

 

Propos recueillis par Séverine Sarrat



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